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L’éducation prioritaire, bientôt une affaire locale ?

Thibaut Cojean
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L’éducation prioritaire, bientôt une affaire locale ?
Le rapport "Mission territoires et réussite" préconise la refonte du système des réseaux d'éducation prioritaire. // ©  DEEPOL by plainpicture/Astrakan Images
Dans leur rapport remis en novembre 2019, Ariane Azéma et Pierre Mathiot suggèrent de supprimer les réseaux d’éducation prioritaire. A la place, des politiques d’accompagnement pour les établissements en difficulté pourraient être mises en place, mais sans cadre national et directement par les rectorats.

Dans le rapport "Mission territoires et réussite", remis le 5 novembre 2019 au ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, Pierre Mathiot (directeur de Sciences po Lille) et Ariane Azéma (inspectrice générale de l’Education nationale) proposent de revoir profondément le système des réseaux d’éducation prioritaire (REP). Leur idée : décentraliser la gestion des REP, actuellement nationale, en donnant ce pouvoir aux rectorats.

La réussite n'est pas au rendez-vous

Le rapport Azéma-Mathiot, également remis au ministre auprès de la ministre de la Cohésion des territoires, Julien Denormandie, et au secrétaire d’Etat à la jeunesse auprès du ministre de l'Education nationale, Gabriel Attal, fait état d’un "sur-enseignement" dans les établissements en REP et REP+ (réseaux d’éducation prioritaire renforcée). Du côté de l’école par exemple, les 13,4% des établissements classées REP ou REP+ mobilisent 21,3% des enseignants. Un écart moindre au collège : 18,9% des collèges pour 21,6% des enseignants.

"Les écarts de résultats scolaires (…) demeurent supérieurs de dix points en moyenne entre les élèves de l’éducation prioritaire et les autres élèves.

Or, la réussite n’est pas au rendez-vous : "Les écarts de résultats scolaires (…) demeurent supérieurs de dix points en moyenne entre les élèves de l’éducation prioritaire et les autres élèves, cet écart pouvant atteindre vingt points pour les élèves de l’éducation prioritaire renforcée", écrivent les rapporteurs.

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Pour eux, ce "faible impact" des politiques d’éducation prioritaire peut s’expliquer par deux facteurs. D’abord une mauvaise gestion des budgets, avec des créations de postes mais pas de formation pour les nouveaux enseignants. Ensuite, par "la stigmatisation" des établissements REP et REP+, notamment auprès des classes moyennes et favorisées.

Supprimer les REP et laisser les rectorats agir localement

Face à ce constat, Ariane Azéma et Pierre Mathiot n’hésitent pas à proposer la suppression des REP, mais pas des REP+, pour lesquels ils préconisent de poursuivre les efforts en cours. Concrètement, six mesures d’accompagnement des REP+ sont proposées, ainsi que 19 mesures de refonte des REP, tournant autour du recrutement des professeurs et de leur formation, de l’élaboration des cartes prioritaires, du transport des élèves ou encore du renforcement des politiques sociales.

On retiendra surtout qu’ils proposent de décharger l'Etat de ces responsabilités et de donner aux rectorats le pouvoir d’allouer des aides aux établissements en difficulté, qu’ils soient aujourd’hui en REP ou non.

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Les syndicats refusent ces propositions

Ces propositions vont être discutées par le gouvernement, pour une application à la rentrée 2021. Les syndicats enseignants n’ont en tout cas pas attendu pour exprimer leurs craintes : perte de moyens et augmentation des inégalités territoriales.

Pour le Snes-FSU, une telle décentralisation "entraînerait une diminution des moyens qui pèserait sur les conditions d'enseignement pour les élèves qui en ont le plus besoin. La politique d'éducation prioritaire doit rester cadrée nationalement, les moyens doivent être attribués sur des critères transparents afin de garantir l'égalité."

Il est important de conserver une carte nationale. Sinon, les moyens des REP s’effilocheront au bénéfice d’autres priorités. (SE-Unsa)

Le SE-Unsa est du même avis : "Il est important de conserver une carte nationale. Sinon, les moyens des réseaux d’éducation prioritaire s’effilocheront au bénéfice d’autres priorités, donnant naissance à autant de politiques éducatives que d’académies."

En outre, "l’évaluation de l’éducation prioritaire ne peut se résumer à la mise en avant d’une réussite insuffisante et de risques de stigmatisation", estime le Snes, qui demande plutôt des moyens pour améliorer ce qui existe déjà, notamment "sur le plan de la formation des enseignants".


Thibaut Cojean | Publié le

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