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L’hôtel de l’Artillerie, future vitrine pédagogique de Sciences po Paris

Natacha Lefauconnier
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La Cour Gribeauval, ancien potager du couvent, accueillera en sous-sol le learning center de Sciences po.
La Cour Gribeauval, ancien potager du couvent, accueillera en sous-sol le learning center de Sciences po. // ©  Sciences po Paris
Fin de la bataille pour l’hôtel de l’Artillerie : il sera, d’ici à décembre 2016, la propriété de Sciences po. Un lieu hautement stratégique pour l’Institut d’études politiques, qui compte agréger dans ces 14.000 m2 ses dix centres de recherche et les masters de ses écoles professionnelles, afin d’encourager l’apprentissage multidisciplinaire et collaboratif.

Mettre l’ancien noviciat dominicain à l’heure du numérique : telle est l’ambition de Sciences po, qui a annoncé, vendredi 17 juin 2016, avoir l’accord de l’État pour acheter l’hôtel de l’Artillerie. Montant de la transaction : 87 millions d'euros hors taxes. Implanté en plein cœur du 7e arrondissement de Paris, ces bâtiments du 17e siècle appartenaient jusqu’alors au ministère de la Défense.

Avec cette acquisition, qui a suscité la polémique en raison de la somme proposée qui était inférieure au prix du marché, l’institut d’études politiques parisien se donne les moyens de déployer son projet stratégique Sciences po 2022. Au cœur de ses préoccupations : l’innovation pédagogique et la professionnalisation.

une newsroom, une salle de plaidoirie, un incubateur d'entreprises

Les 14.000 m2 que comptent les bâtiments seront reliés au 13, rue de l’Université pour former un ensemble de 22.000 m2. Cet espace accueillera la recherche – toutes disciplines confondues – et les étudiants en master de six des sept écoles que compte l’établissement.

L’école hébergera aussi dans ses murs des actions menées conjointement avec ses partenaires universitaires, comme l’UPMC ou Paris-Descartes, pour mettre en valeur des programmes interdisciplinaires de recherche.

Pour incarner la professionnalisation de ses cursus, Sciences po veut doter l'Artillerie de plusieurs lieux emblématiques : une newsroom pour les étudiants en journalisme, une salle de plaidoirie pour les étudiants en droit et un incubateur d’entreprises, auxquels s’ajoutera peut-être une salle des marchés.

Des modes d’apprentissage innovants

Autre nouveauté : l’établissement bénéficiera de salles de cours modulables, dotées d’outils interactifs. Le site de l’Artillerie offrira 150 places supplémentaires en bibliothèque, notamment grâce à un "learning center" de près de 1.000 m2. Une bibliothèque universitaire améliorée, intégrant ressources en ligne et espaces adaptables au travail individuel ou en groupe.

Les étudiants seront également amenés à travailler davantage ensemble dans des "tiers lieux". À mi-chemin entre salle de cours et lieux de vie, "ils permettront le dialogue, le partage et la concrétisation d’idées", fait valoir l’établissement.

UN CAMPUS À L’AMÉRICAINE

L’objectif : créer un lieu d’apprentissage doublé d’un lieu de vie. Une dizaine de salles seront dédiées aux projets collectifs, tandis qu’une cafétéria de 500 m2 devrait voir le jour, dans un ensemble s’inspirant des campus américains. 

"Il va s’agir d’un campus urbain qui sera comparable, en termes de fonctionnalité, de capacité d’accueil et de conditions de travail et de vie, à ceux de nos grands partenaires internationaux que sont Columbia University à New York, la London School of Economics ou Hong Kong University", détaille Frédéric Mion, directeur de Sciences po, qui a repris le dossier de l’Artillerie fin 2013.

La nouvelle organisation n’aura pas d’incidence sur la stratégie des autres campus : Reims sera bien, à l’horizon 2018, le plus gros campus du Collège universitaire. "Il y aura moins d’élèves de premier cycle à Paris, confirme le directeur de l’IEP parisien. Et ceux qui resteront auront de meilleures conditions d’études."

L’espace offert par l’Artillerie permettra à Sciences po de mettre fin à seize locations de sites franciliens, pour ne conserver que sept propriétés. Une concentration dans les 6e et 7e arrondissements que l'Institut contrecarre en affichant sa politique de mixité sociale : 50 à 100 logements sociaux lui permettront, pour la première fois, d’accueillir dans ses murs des étudiants boursiers.

Les travaux commenceront début 2018. L’Artillerie devrait accueillir ses premiers élèves à la rentrée 2021.

200 millions d'euros entièrement financés par Sciences po
Achat, travaux et déménagement coûteront 200 millions d'euros que l'Institut compte financer seul, "sans aucune subvention publique", insiste Frédéric Mion. La Fondation nationale des sciences politiques empruntera 160 millions d'euros auprès de la Caisse des dépôts, de bpifrance et de banques privées, somme qui sera couverte à 85 % par les économies de loyer réalisées. La somme restante proviendra pour moitié de fonds propres et pour l’autre moitié d’une levée de fonds. 

Quant à l’éventualité d’augmenter les frais d’inscription pour financer une partie de l’hôtel ou des travaux, "il n’en est absolument pas question", répond fermement le directeur de la rue Saint-Guillaume. 

Natacha Lefauconnier | Publié le

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