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Le Campus Condorcet, futur Saclay des sciences humaines et sociales ?

Amélie Petitdemange
Publié le - Mis à jour le
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Le Campus Condorcet, futur Saclay des sciences humaines et sociales ?
Le bâtiment de recherche Sud du nouveau campus Condorcet accueille des unités de recherche de plusieurs établissements. // ©  Vincent Bourdon/Campus Condorcet
Le Campus Condorcet, porté par onze établissements, ouvre à la rentrée 2019. Ce site de 7 hectares, situé à Aubervilliers, est dédié aux sciences humaines et sociales.

C’est un projet qui mûrit depuis plus de dix ans. Le campus Condorcet a ouvert ses portes à la rentrée 2019. Ce pôle dédié aux sciences humaines et sociales (SHS) accueille plusieurs milliers d'étudiants en master et en doctorat sur son site d’Aubervilliers. Après l’ouverture du second site à la Chapelle prévue pour 2023, ils devraient être 18.000 étudiants. Ce campus de 7 hectares dispose de 2 auditoriums et 11 bâtiments, dont 5 dédiés à la recherche, de 450 logements étudiants et de 88 logements pour les chercheurs invités.

Un projet d’envergure qui a été lancé en 2007 par l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et l’École pratique des hautes études (EPHE). En parallèle, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne programmait l’ouverture d’un campus en sciences humaines et sociales porte de la Chapelle. En 2008, les deux initiatives ont fusionné pour donner naissance au Campus Condorcet.

Lire aussi : Campus Condorcet : objectif 2019

Depuis, huit autres établissements ont rejoint l’initiative : l'université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, l'université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, l'université Paris-Nanterre, l'université Paris 13, l'École nationale des chartes (ENC), la Fondation maison des sciences de l’homme (FMSH), le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et l'Institut national d'études démographiques (Ined).

Visibilité des sciences humaines et sociales

"La France souffrait d’un déficit de visibilité en sciences humaines et sociales. Il n’existait pas de campus comparable à celui de Saclay en sciences dures. La nécessité de donner des infrastructures et des outils de travail pour produire de la recherche à un niveau mondial a été négligé pendant des années", explique Hubert Bost, président de l’EPHE pendant la construction de Condorcet et aujourd’hui vice-président recherche et formation graduée à PSL.

L’objectif affiché de ce campus est de favoriser les échanges entre les établissements et de tisser des liens entre formation et recherche. Si le site est principalement constitué d'un pôle de recherche, certaines universités ont aussi délocalisé leurs masters. "Paris 13 installe son nouveau master en psychologie à Condorcet et Paris 1 un master d’histoire. Les étudiants bénéficieront d’une formation plus imprégnée par la recherche et pourront plus facilement continuer en doctorat", affirme Jean-Marc Bonnisseau. Pour le président du Campus Condorcet, qui a annoncé sa démission depuis la rédaction de cet article, "l’enseignement universitaire est intimement lié à la recherche". Le président restera en poste jusqu'en décembre 2019, dans l'attente de la désignation de son successeur.

Une "nécessité non suffisante"

Un avis partagé par Georges Haddad, président de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Pour lui, cependant, le côté formation n’est pas assez présent sur ce campus. "Condorcet apporte des éléments de réponse à l’enjeu des SHS parisiennes dans le domaine de la recherche. Mais c’est une nécessité non suffisante : ce défi commence dès la licence".

Lire aussi : Les ambitions affichées de l'Université Paris-Saclay

Le président de Paris 1 craint que ce campus "ne soit qu’un regroupement structurel sans réelle ambition scientifique de recherche". "Ce n’est pas par une politique de site qu’on innove. Les institutions doivent se mettre d’accord sur de grands projets de développement", affirme-t-il. Selon lui, le CNRS profite davantage de ce projet que les universités, qui n’auraient pas suffisamment préparé le projet. "J’ai hérité de ce projet mais si j’avais été à la tête de Paris 1 à ce moment-là, j’aurais hésité à le rejoindre. L’idée, c’est de regrouper pour mieux exister. Je ne voudrais pas que ça devienne une auberge espagnole des sciences humaines et sociales".

Inventer les formation de demain

Un des objectifs du campus Condorcet est en effet de gagner en visibilité et en attractivité, notamment à l’international. Mais son président l’assure, l’idée est aussi "d’inventer les formations en SHS de demain". Un "hôtel à projets" a ainsi été créé pour accompagner la création de nouvelles formations ou l’hybridation de formations existantes. L’Institut Convergences Migrations, qui réunit notamment l’EHESS et l’Université Paris 1, s’est installé dans ce bâtiment. "Nous voulons un campus ouvert, qui interagit avec les autres disciplines", assure Jean-Marc Bonnisseau.

Dix ans après les prémisses de ce projet, le contexte a en effet changé. Le campus Condorcet va s’adapter, avec le lancement d’une deuxième phase qui prendra fin en 2025. "Les sciences humaines et sociales s’articulent désormais autour des questions médicales, de biologie, d’écologie… Nous ne sommes plus dans une bulle, nous allons promouvoir l’interface entre les SHS et les sciences", affirme Hubert Bost.

Une volonté commune à celle de Georges Haddad, qui appelle à la "définition de stratégies pluriannuelles sur des thèmes porteurs, en relation avec les sciences dures ou les humanités numériques par exemple". Les onze établissements du campus ont six ans de plus pour se saisir de ces enjeux.


Amélie Petitdemange | Publié le - Mis à jour le

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Sirius.

Saclay est une université. Pas Condorcet. Ce projet, poussé par la ville de Paris pour des raisons d'urbanisme, n'a pas de logique autre que l'entassement, d'établissements, de m2, d'étudiants. Mais ce n'est pas un établissement avec un projet scientifique et une stratégie. La question est donc : comment éviter que le Campus Condorcet soit une simple zone universitaire, comme il existe des zones industrielles ?