Newsletter

"Ma thèse en 180 secondes" : les doctorants sous le feu des projecteurs

Morgane Taquet
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Les seize finalistes de l'édition internationale 2015 de "Ma thèse en 180 secondes".
Les seize finalistes de l'édition internationale 2015 de "Ma thèse en 180 secondes". // ©  Morgane Taquet

Dans une ambiance surchauffée, les seize finalistes de "Ma thèse en 180 secondes" sont venus pitcher leurs thèses, à la Sorbonne, lors de la soirée du 1er octobre 2015. Quelques heures sous les feux des projecteurs qui ne font pas oublier aux doctorants venus de huit pays qu'ils sont partout confrontés à la même problématique de financement de leurs recherches.

Ambiance de stade ce 1er octobre dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne pour la finale internationale de "Ma thèse en 180 secondes", ce concours qui invite les doctorants à pitcher leurs sujets de thèse en trois minutes maximum.

Ils sont seize à avoir passé toutes les étapes de la compétition dans leur pays pour arriver enfin à la finale, organisée à Paris par la CPU (Conférence des présidents d'université) et le CNRS. Comme l'année dernière, les chercheurs belges, québécois, marocains  et français (d'Aix-Marseille université, de Grenoble Alpes et de Sorbonne Paris Cité) sont largement représentés, avec trois candidats pour chaque pays. Nouveauté cette année : la participation du Cameroun, du Burkina Faso, du Sénégal et de la Tunisie.

Un sons et lumières

Construit comme un véritable sons et lumières, le spectacle est rythmé, ponctué de pauses pour découvrir les dessins en live d'une caricaturiste ou les retours des réseaux sociaux. Au son du buzzer, il y a l'un des doctorants marocains qui se presse d'arriver au bout, et son compatriote qui s'est laissé de la marge.

Il y a aussi le candidat grenoblois qui monte sur scène comme sur un ring, qui joue un one-man-show, et la doctorante québécoise plus tranquille qui se repose sur sa diapositive. Tous jouent la carte de l'humour et tous sont copieusement applaudis avant et après leur présentation.

Après une bonne heure de show, c'est finalement un des candidats belges qui remporte le vote du jury, Adrien Deliège, de... l'université de Liège. Doctorant en mathématiques, il s'intéresse à la prévision des catastrophes naturelles via l'étude du phénomène El Niño.

Plus jeune candidat de la compétition, Alexandre Artaud, le petit génie français de la physique de Grenoble Alpes université, remporte le prix du public et le deuxième prix du jury. "N'oublions pas l'importance de la recherche fondamentale, notamment en physique... et n'oublions pas ses besoins !" glisse-t-il malicieusement à la salle – et à Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Éducation présente au premier rang – au moment de recevoir son prix.

Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, Gregory Pacini, candidat de Sorbonne Paris Cité, présente sa thèse en 180 secondes pour la finale de MT180 2015

La quête des financements au cœur des préoccupations

Une manière d'amener gentiment la question du financement de la recherche sur le devant de la scène. Car si le temps d'une soirée, ils sont sous les feux des projecteurs, au quotidien la quête de financements est une préoccupation commune et permanente à ces doctorants, qu'ils soient québécois, camerounais ou tunisien.

À l'image de Victoria Amba Esegni, doctorante camerounaise à l'université de Ngaoundéré. "Je ne suis pas ici pour trouver un poste, il y a du travail au Cameroun, assure la thésarde en chimie de 30 ans. Ce concours est plutôt l'occasion de mettre en lumière ce que nous faisons et d'améliorer les financements dans les laboratoires. Car si, au Cameroun, les doctorants sont perçus comme appartenant à une élite, c'est aussi un parcours du combattant, car la recherche est très peu financée."

Difficulté d'accès aux séminaires internationaux, mais aussi manque de matériel. "Un dosage simple prendrait quelques heures en France, dans mon laboratoire, il nous faut trois jours, voire une semaine", explique la doctorante.

Si, au Cameroun, les doctorants sont perçus comme appartenant à une élite, c'est aussi un parcours du combattant, car la recherche est très peu financée.
(V. Amba Esegni)

Même retour de la candidate burkinabé, Alizeta Sawadogo, chercheuse à l'université polytechnique de Bobo-Dioulasso, au sud ouest de Ouagadougou. Son sujet de thèse répond à une demande de l'agence Adecia qui œuvre pour le développement de la coopération internationale dans les domaines de l'agriculture, de l'alimentation et des espaces ruraux.

Adecia a financé une partie de la thèse, sans compter un abondement via la bourse FISA (Femmes ingénieurs et scientifiques d'Afrique) pour l'achat du matériel. "J'ai commencé avec 65.000 francs CFA (environ 100 euros) pour terminer avec 100.000 francs CFA (environ 150 euros)", rapporte la chercheuse de 33 ans. "C'est difficile partout, sauf qu'au Burkina, il ne faut pas compter sur les financements publics...", dit la jeune femme.

Mohamed Oussama Ben Salem, le finaliste tunisien, est également venu en solo. "Je suis la délégation tunisienne à moi tout seul ! C'est un grand honneur et une forte pression !" D'autant qu'habituellement, il ne peut se rendre qu'à un séminaire par an pris en charge par son université. Doctorant en informatique à l'université de Carthage, il a le sentiment d'être plutôt privilégié car dans le cadre de sa thèse en entreprise, son financement est au-dessus de la "toute petite bourse" de 130 euros par mois réservé aux jeunes chercheurs.

Outre-Atlantique, Marius Chiasseu, candidat québécois de l'université de Montréal, voit, lui, la quête de financements comme un atout. Puisque l'université ne finance pas les activités de recherche sur son budget de fonctionnement, "par tradition, chaque chercheur va lui-même trouver ses financements qu'ils soient à un niveau provincial, fédéral ou privé. Cela nous oblige à vulgariser nos sujets", estime le doctorant en neurosciences de 29 ans.

Un public conquis

Mettre ces jeunes chercheurs dans la lumière le temps d'une soirée et montrer qu'ils ne sont pas que "des petits rats de laboratoire" selon les termes du gagnant belge, c'est un peu cela l'esprit de "Ma thèse en 180 secondes".

Un pari qui semble réussi tant le grand amphithéâtre est bondé. Si dans la salle, la famille, les amis et les collègues sont nombreux, beaucoup de doctorants sont présents, à l'image de ces trois jeunes chercheuses venues de Paris-Sud pour voir "comment cela se passe si jamais nous tentons l'aventure", mais aussi de personnes venues "juste pour le plaisir".

"Cela me rappelle mes études scientifiques il y a trente ans", explique Philippe Carlier, venu avec son fils Antoine étudiant en géosciences à l'UPMC. Chez eux, la science est une passion familiale. "J'ai découvert le concours par hasard sur un site de vulgarisation scientifique. Nous sommes venus par curiosité pour tous ces sujets de disciplines très différentes, mais aussi pour la forme très courte qui permet de ne pas s'ennuyer !" Le père et le fils ne sont pas déçus : "Habituellement, le milieu de la recherche est très fermé, le concours, c'est comme une porte ouverte, une invitation à y entrer".

Et les gagnants sont...
- Adrien Deliège, doctorant en mathématique à l'université de Liège (Belgique), pour sa thèse intitulée "Analyse de séries temporelles climatiques basée sur les ondelettes"

- Alexandre Artaud, en thèse de chimie à Grenoble Alpes Université, pour son travail intitulé "Spectroscopie tunnel à très basse température de graphène sur rhénium supraconducteur". Il remporte également le prix du public.

- Abdelkader Meni Mahzoum, doctorant marocain en biologie de l’université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, pour sa thèse "Étude de l'impact du capocapse causé par Cydia pomonella L chez les variétés de pommier dans la région de Fès".


Morgane Taquet | Publié le

Vos commentaires (3)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
Jaziri.

Et apres la these c est le grand problème pour nos thésard en Tunisie

DESGRANGES.

Quel bel exemple donne cette jeunesse internationale !

pujol.

bravo !