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Mobilisation timide contre l'austérité à l'université

Camille Stromboni
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Manifestation du 16 octobre contre l'austérité
Manifestation du 16 octobre contre l'austérité // ©  Nicolas Tavernier / R.E.A

Près de 4.000 personnes ont manifesté à Paris contre le manque de moyens dans l'enseignement supérieur et la recherche, le 16 octobre 2015 – 1.000 selon la police. Un faible niveau de mobilisation qui ne traduit pas le malaise de la communauté universitaire, estiment les manifestants.

"Les étudiants et les lycéens refusent d’être une génération sacrifiée. Le débat sur le financement des universités est maintenant clairement sur la table : le gouvernement va-t-il mettre les moyens pour la démocratisation qu’il promet, ou va-t-il continuer cette politique d’austérité ?" souligne William Martinet, président de l’Unef, lors de la manifestation contre l’austérité dans l’enseignement supérieur et la recherche, le 16 octobre 2015, à Paris.

4.000 manifestants y ont participé d’après les organisateurs, 1.000 selon la police. L’ensemble des syndicats et collectifs — étudiants, enseignants, chercheurs, administratifs – appelaient à cette marche parisienne, de Jussieu à Bercy, pour dénoncer le manque de moyens à l'université et dans la recherche. Une délégation a été reçue au ministère de l'Économie en fin de journée.

"La mobilisation a été importante, avec bien plus d’étudiants qu’en décembre dernier, estime Alexandre Leroy, à la tête de la Fage. Et nous ne sommes qu’en octobre ! Le ras-le-bol est général."

Cours annulés, rentrée décalée, Amphis surchargés

Au milieu du cortège, Élise et Marion, en troisième année de biologie à l’UPMC (université Pierre-et-Marie-Curie), sont venues battre le pavé pour la première fois. "On a déjà des matières où les TD ont été supprimés parce qu’il n’y a pas assez de profs et les amphis sont surchargés ! déplore Marion. Et nous savons qu’à l’UPMC, en filière scientifique, nous ne sommes pas les plus mal lotis, bien au contraire." "Nous pensons faire ensuite un doctorat, ajoute Élise. Et peut-être travailler dans l’enseignement. Mais on voit qu’il n’y a plus de postes et qu’on ne va avoir que des boulots précaires."

Derrière elles, dans le cortège de la Fage, Lucas est venu de Châlons-en-Champagne pour partager son mécontentement. "En un mois, on a déjà des cours annulés parce qu’il n’y a pas assez de profs. Ou des profs qui ne peuvent pas faire cours parce qu’on n’a plus assez de salles, déplore le jeune homme de 21 ans, en deuxième année d’IUT Carrières sociales. On veut pouvoir suivre tous nos cours !"

Il y a une vraie désespérance chez les enseignants. Ils se disent que cela ne sert plus à rien de manifester.
(M-A. de Suremain)

"Nos effectifs sont passés de 3.200 l’an dernier à 5.600 en cette rentrée, décrit Marie-Albane de Suremain, maître de conférences en histoire à l’Espé de Créteil. Mais le nombre de formateurs a diminué de 40% ! Dans mon centre, nous avons dû décaler la rentrée de trois semaines car c’était impossible d'établir les emplois du temps. Nous ne pouvons plus assurer l’ensemble de la formation : même en augmentant la taille des TD, on y arrive plus. Je n’ai pas pu ouvrir le groupe d’initiation à la recherche en Master 1."

Il a fallu accompagner le double d’étudiants dans une réorientation précoce, confie de son côté Youssef Ettaï, responsable administratif au service Information et orientation à l’université de Nanterre. L'élu Sgen-CFDT confie une petite déception de ne pas voir plus de monde participer à la manifestation.


Manifestation contre l'austérité dans l'enseignement supérieur et la recherche - 16 octobre 2015 - Paris

"Le malaise est pourtant présent chez tout le monde, observe-t-il. Mais je crois que les collègues sont désabusés. Ils ont, pour une partie d'entre eux, voté pour ce gouvernement qui faisait de la Jeunesse sa priorité, alors que cela ne se retrouve pas dans les faits."

Désespérance et fatalisme

"Il y a une vraie désespérance chez les enseignants, confirme Marie-Albane de Suremain. Ils se disent que cela ne sert plus à rien de manifester. Cela fait des années que la situation se dégrade et que nous manifestons. Le plus inquiétant, c’est cette souffrance des collègues qui ne trouve plus de débouchés, notamment dans la mobilisation. On ne sait pas ce qu’elle va devenir…"

Côté étudiant aussi, on ressent "un manque de motivation", estime Marion. "Tout le monde est d’accord pour dire que ça ne va pas, décrit l'étudiante de biologie. Mais il y a une vision un peu fataliste : les étudiants se disent que ça ne sert à rien. Je ne sais pas si ça va servir, mais il faut montrer qu’on n'est pas d’accord !" défend la jeune fille.


Camille Stromboni | Publié le

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Un étudiant.

Comment s'étonner de la faible mobilisation de la manifestation parisienne quand on voit le peu de communication envers les étudiants, ne serait-ce qu'en Sorbonne? Critique qui s'adresse aux syndicats de tous bords.

Denis (un syndicaliste).

Toujours attendre des autres n'a jamais été une solution. On peut effectivement critiquer les syndicats de tous bords, ils ont leur part de responsabilité. C'est indéniable. Mais vous, par exemple, quel est votre implication pour que les choses changent ? Les syndicats ne sont rien sans les personnes qu'ils représentent. Il ne faut pas tout attendre d'eux. La seule solution, c'est de tous s'y mettre et de tracer ensemble les voie d'amélioration. Si nous restons divisés. Alors nous avons déjà perdu ! A très bientôt dans la lutte.