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OpenClassrooms : "Écoles et universités ne sont pas des concurrentes, mais des partenaires"

Marie-Caroline Missir
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Pierre Dubuc et Mathieu Nebra, co-fondateurs d'OpenClassrooms
OpenClassrooms affiche une croissance de 150 % par an, selon Pierre Dubuc, cofondateur de la start-up avec Mathieu Nebra. // ©  Julien Faure / R.E.A
La start-up EdTech, qui propose des parcours de formation en ligne diplômants, a annoncé le 16 mai 2018 une levée de fonds de 60 millions de dollars auprès d'un groupe d'investisseurs. Quelles sont les ambitions d’OpenClassrooms, et quel sera le retentissement pour la filière EdTech française ? Pierre Dubuc, son cofondateur, répond à EducPros.

Vous venez de réaliser une nouvelle levée de fonds d'un peu plus de 50 millions d'euros [60 millions de dollars] auprès d'un groupe d'investisseurs emmené par le fonds américain General Atlantic, avec Alven Citizen Capital et le fonds Ambition numérique, géré par Bpifrance. Comment l'avez-vous préparée ?

À l'origine, nous voulions l'effectuer un peu plus tard, plutôt d'ici à la fin de l’année 2018. De fil en aiguille, les choses se sont accélérées ces derniers mois. Nous avons reçu de nombreuses marques d’intérêt de la part d’investisseurs.

L’un d'entre eux est le fonds américain General Atlantic. Le lancement d’une bourse avec Google a-t-il contribué à votre visibilité aux États-Unis ?

Cela nous a aidés, en effet, mais cela n’a pas été le déclencheur. Je passe beaucoup de temps aux États-Unis, en Californie notamment, pour développer et faire connaître notre activité.

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Quels sont vos objectifs de développement ?

Notre offre s'articule autour de deux axes : un premier, d'ordre thématique, et un second, d'ordre géographique. S’agissant des thématiques, nous allons couvrir, via nos formations, tous les métiers du numérique, en français et en anglais, ainsi que les fonctions transverses de l’entreprise transformées par le numérique.

Nous allons également augmenter fortement notre offre à destination des entreprises, dans le domaine de la formation des salariés, de leur reconversion et de l’aide au recrutement dans les métiers en tension.

Nous aidons les entreprises à identifier les métiers dont elles ont besoin et à partir de là, nous créons des formations sur mesure. Nous formons ainsi les salariés à la transformation digitale ou au marketing digital. Nous proposons aussi des formations aux salariés dont les métiers vont disparaître dans les trois prochaines années afin qu'ils puissent rebondir.

Sur le plan géographique, nous allons accélérer notre déploiement dans les zones francophones (France, Benelux et Afrique) ainsi qu'au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Nous allons couvrir, via nos formations, tous les métiers du numérique, en français et en anglais.

Vous annoncez le recrutement d'une centaine de personnes dans l’année qui vient. Dans quels secteurs ?

Nous recherchons beaucoup de pédagogues : des ingénieurs pédagogiques, des enseignants, des experts vidéo. Nous allons aussi recruter sur des fonctions plus pointues, comme des responsables des accréditations, des responsables commerciaux et des responsables marketing, en France et à l’étranger. Enfin, nous embauchons également dans les métiers de la data, de l’ingénierie, du développement, de l’UX design, du service client et du coaching afin d’orienter les étudiants.

Avez-vous l’ambition de concurrencer les fleurons de l’enseignement supérieur français sur le terrain de la formation ?

Certains nous voient comme des concurrents. Mais, en réalité, les grandes écoles, d’ingénieur ou de commerce, sont plutôt nos partenaires, comme tous les acteurs de la formation.

On travaille plutôt en coopération, comme dans le cadre de notre partenariat avec CentraleSupélec ou d’autres établissements. Mais nous ne faisons pas de présentiel et nous nous positionnons sur la formation continue. En matière de formation initiale, nous visons plutôt des publics dits "empêchés" : décrocheurs, publics ruraux ou éloignés de l’emploi.

Au fond, je crois qu aujourd’hui, un bachelier se dit : "Tiens, je vais faire l’EM Lyon ou GEM". Il ne se dit pas qu’il va "faire OpenClassrooms" en commençant ses études supérieures ! Nous aidons les établissements d’enseignement supérieur, grandes écoles ou universités, à développer la brique digitale de leur formation ou à développer le blended learning [une approche conjuguant le présentiel et le digital dans l’offre de formation]. Nous comptons beaucoup de partenariats en France et nous sommes en train de les développer fortement.

Vous revendiquez une méthode de construction d’offres de formation ciblées. Comment procédez-vous ?

Qu’il s’agisse de notre offre BtoB ou de notre offre grand public, nous proposons les mêmes contenus de formation. Pour les créer, notre méthodologie spécifique part des besoins qualitatifs et quantitatifs des employeurs. Nous identifions les secteurs en tension et analysons les offres d’emploi sur Internet : nombre d’offres sur un métier, durée de leur mise en ligne, analyse sémantique pour identifier très finement les compétences requises. Cela nous permet de créer des cursus en parfaite adéquation avec les besoins des entreprises.

Quels sont vos objectifs financiers et le montant votre chiffre d’affaires annuel ?

Nous ne communiquons pas le montant de notre chiffre d’affaires, mais nous affichons une croissance de 150 % par an. Je peux vous dire aussi que, cette année, la part du BtoB dans notre activité atteint 40 % du chiffre d’affaires. Nous communiquons davantage sur notre ambition : former et insérer professionnellement 1 million de personnes d’ici à 2025.

Dans les prochains mois, d’autres acteurs de la filière EdTech vont réussir des levées importantes.

Qui sont aujourd'hui vos concurrents ?

Nous n’avons pas de concurrent frontal. Le fait de proposer des diplômes ou des formations accréditées en ligne est assez unique. Aujourd'hui, nos concurrents sont des géants, comme Coursera ou Udacity. De fait, l’alignement dans l’offre entre les standards de l’enseignement supérieur et les compétences "métiers" est très rare. Il faut rapprocher ces deux mondes : amener l’enseignement supérieur vers l’employabilité et l’employabilité vers l’enseignement supérieur.

Cette importante levée de fonds est-elle, selon vous, un bon signal pour la filière Edtech française ?

Oui, c’est un événement positif pour l’écosystème EdTech français, susceptible de lui faire gagner en visibilité à l’étranger. Dans les prochains mois, d’autres acteurs de la filière vont réussir également des levées importantes. Peu de fonds généralistes s’intéressent au secteur de l’éducation : de ce point de vue, cette levée donnera aussi un signal à d’autres fonds.

L’éducation est le plus gros marché au monde, mais c’est un secteur très régulé avec une évolution très lente : il faut donc savoir être patient.


Marie-Caroline Missir | Publié le

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