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Parcoursup et réforme du bac : "Une rupture des engagements de l’État"


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Parcoursup et réforme du bac : "Une rupture des engagements de l’État"
// ©  Sebastien ORTOLA/REA
Dans une tribune publiée par EducPros, les organisations syndicales réunies en interfédérale répondent au Sgen-CFDT et à la Fage, qui expliquaient, fin janvier, pourquoi ils ne participeraient pas à la mobilisation contre la réforme de l'entrée à l'université. Pour ces syndicats, la mobilisation doit au contraire se poursuivre et s'amplifier.

Monsieur le secrétaire général adjoint, monsieur le président,

Nous avons pris connaissance de votre tribune parue le 29 janvier dernier sur le site EducPros, et bien reçu votre proposition de discussion sur les conséquences de la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants, dite “loi ORE”. Nous sommes attachés à l’unité de l’action syndicale pour la défense du service public, de ses salariés comme de ses usagers.

Lire aussi. "Tous les jeunes ont droit à la même considération"

C'est pourquoi depuis le mois d’octobre, nous avons fait le choix de nous réunir régulièrement en interfédérale pour confronter nos analyses, élaborer une plate-forme commune et informer largement les jeunes et les salariés sur la réforme en cours. Vous avez été systématiquement invités à venir débattre avec nous, mais nos invitations sont restées sans réponse.

Au regard de votre courrier, nous considérons que votre absence du cadre unitaire de la large interfédérale que nous avons mis en place relève malheureusement d’une certaine logique : vous soutenez la réforme de la ministre Frédérique Vidal et les choix politiques du gouvernement. Certes, nous partageons votre constat de la préexistence d’une forme d'auto-sélection, d’un manque de places qui, entre autres, a débouché sur le scandale du tirage au sort, ainsi que des difficultés de poursuite d’études des bacheliers professionnels.

En revanche, nous ne pensons pas que la "réalité" du projet de loi Vidal "serait bien différente" de l'introduction de la sélection à l'université. Il nous apparaît parfaitement erroné de considérer que la nouvelle loi assure "l'entrée du principe de l'éducation prioritaire dans le supérieur", alors même que le gouvernement refuse de discuter de l'entrée des lycées dans l'éducation prioritaire (ils en sont exclus depuis trois ans maintenant). Enfin nous ne pouvons que réfuter votre analyse selon laquelle le projet qui introduirait la "transparence sur les procédures de sélection des dossiers dans les filières sélectives y compris celles des universités".

Ce constat est en effet contraire à toutes les remontées du terrain et, surtout, à la logique même des attendus et des algorithmes locaux qui se mettent en place. Pour notre part, nous pensons que d’autres choix politiques et budgétaires sont non seulement possibles mais nécessaires, et que ces choix supposent des arbitrages clairs au bénéfice des établissements, ainsi qu’un plan pluriannuel de création d’emplois.

Votre invitation est donc pour le moins étonnante : elle nous est faite au moment où se met en place, dans de très mauvaises conditions, une réforme que vous approuvez. Ce qui se passe aujourd’hui dans les universités et les lycées pour les jeunes et les membres du personnel ne nous surprend pas : une réforme qui ne s’attaque pas à la question cruciale des moyens ne peut pas garantir l’accès de toutes et tous aux formations postbac.

L’objet de la réforme est bien de mettre en adéquation le nombre d’étudiants avec le nombre de places disponibles.

En effet, depuis au moins dix ans, les moyens sont en-deçà des besoins liés à l’augmentation du nombre de bacheliers, dégradant les conditions d’accueil et d’études des étudiants et les conditions de travail des salariés. L’objet de la réforme est bien de mettre en adéquation le nombre d’étudiants avec le nombre de places disponibles, dans un cadre budgétaire contraint et avec des universités toujours plus autonomes. La question des places ouvertes en licence, mais également en BTS et en IUT, figure bien dans notre plate-forme commune.

Les moyens dédiés à la gestion des candidatures sur la plate-forme Parcoursup et ceux censés permettre la mise en place de la remédiation pour aider à la réussite de toutes et tous ne sont absolument pas à la hauteur des besoins. Loin de l’objectif annoncé, ces dispositifs visent à être des outils techniques au service de la sélection.

Un des effets en sera le renforcement des injustices territoriales, du fait d’une véritable ségrégation entre les étudiants, les formations et les établissements. À cet égard, nous ne partageons pas votre certitude selon laquelle la loi permettra à chaque jeune "d'obtenir un accompagnement gratuit, dont la qualité sera assurée par l’établissement".

L’illusion que vous nourrissez que les jeunes n’auraient pas "à payer de coûteux cours de soutien via des officines privées" est ruinée par les faits : celles-ci se multiplient déjà pour proposer un service d’accompagnement au dispositif Parcoursup.

Aujourd’hui les lycéens qui passeront le bac en juin 2018 et les étudiants en attente de réorientation prennent conscience des difficultés qui les attendent pour accéder à la formation de leur choix et de la dimension profondément inégalitaire de la réforme. Nous partageons leur inquiétude ainsi que celle de leurs parents, et nous ne cautionnons pas le “crash test” auquel ils seront soumis dans les mois à venir !

Pour nos organisations, la remise en cause du baccalauréat comme premier grade universitaire, et garant de l’accès à l’enseignement supérieur, marque bien une rupture des engagements de l’État à permettre l’élévation du niveau de formation et de qualification de toutes et de tous.

Si chacune de nos organisations porte des revendications spécifiques sur les évolutions nécessaires de notre système éducatif, notre objectif commun dans l’interfédérale est de faire l’unité autour de ces revendications pour proposer aux lycéens, étudiants, membres du personnel des lycées et des universités, des perspectives de mobilisation en vue d’obtenir le retrait du projet ORE et une amélioration des conditions d’étude et de travail.

Cette mobilisation qui se construit doit se poursuivre et s’amplifier.
C’est pourquoi nos organisations réaffirment :
• La nécessité de travailler tout au long du parcours au lycée à une orientation choisie, construite, accompagnée et évolutive, avec les moyens humains et financiers nécessaires.
• Le maintien du baccalauréat comme diplôme national et premier grade universitaire, garantissant l’accès de tous les bacheliers sur tout le territoire aux filières postbac et aux établissements de leur choix.
• L’exigence d’ouverture massive de places supplémentaires en premier cycle postbac et le refus de toute sélection à l’entrée à l’université.
• Le refus de l’instauration de blocs de "compétences", en lieu et place des diplômes et des qualifications.
• L’abandon du projet de loi sur premier cycle postbac et du Plan étudiants qui l’accompagne, condition pour permettre une réforme ambitieuse qui garantisse le libre accès de chacun au supérieur.

Nous vous invitons, dans l’intérêt des personnels et des jeunes que nous représentons, à participer à l’interfédérale pour vous associer au mouvement engagé dans l’éducation nationale et les universités. En attendant, nous poursuivrons dans les semaines à venir le travail engagé pour informer, alerter et mobiliser les jeunes, les familles, ainsi que les membres du personnel.

Liste des organisations signataires :

– Ases (Association des sociologues enseignants du supérieur)
– Ferc CGT
– Fnec FP FO
– FSU
– SLU (collectif Sauvons l’Université)
– Solidaires étudiants
– Fédération SUD Éducation
– UNEF
– UNL


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