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"Les réseaux sociaux sont consultés, mais ne sont pas décisifs"

Jean Chabod-Serieis
Publié le
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"Les réseaux sociaux sont consultés, mais ne sont pas décisifs"
D'après l'enquête menée par la sociologue Catherine Lajealle, les jeunes privilégient le partage d'expérience pour mûrir leur choix d'orientation. // ©  Plainpicture/PhotoAlto/Laurence Mouton
Enseignante-chercheure à l’ISC Paris, Catherine Lejealle a réalisé en 2016 une enquête sur les motivations guidant les bacheliers dans leur choix d’établissement d’enseignement supérieur et le rôle joués par les sources d’information dans ce processus. Des conclusions éclairantes, en amont de la conférence EducPros consacrée au bilan de Parcoursup.

Pourquoi avoir réalisé cette étude ?

Catherine Lejealle, sociologue à l'ISC Paris. // © Photo fournie par le témoin

En 2014, je travaillais dans une des écoles du groupe Studialis. Plusieurs établissements du groupe s’interrogeaient sur la place des réseaux sociaux dans le choix d’orientation des lycéens. En effet, il est convenu de dire que la génération Y est toujours connectée mais il fallait déterminer à quel point leurs choix étaient orientés par les informations en ligne.

Les écoles dépensent beaucoup d’argent pour assurer leur présence sur les réseaux sociaux, alors même qu’elles ignorent si ceux-ci – essentiellement Facebook et Twitter – ont une réelle importance dans l’orientation des jeunes et s’ils permettent de les capter. La question se pose pour tous les établissements : met-on les bonnes ressources au bon endroit ? J’ai donc été missionnée pour mener cette recherche.

Qui avez-vous interrogé ?

J’ai interrogé 35 étudiants titulaires d’un bac général, venant de plusieurs régions de France, dont Paris. Ils provenaient surtout d’écoles de commerce et d’ingénieurs, quelques-uns d’universités. J’ai également rencontré cinq directeurs d’écoles de commerce et d’ingénieurs, afin de m’assurer que ce sujet était bien au cœur de leur problématique.

Quels enseignements tirez-vous de votre enquête ?

Pour se décider, les candidats potentiels ont besoin de concret. C’est en visitant les locaux, mais surtout en rencontrant des étudiants de l’école, que leur décision se forme. Si les réseaux sociaux sont consultés, ils ne sont pas pour autant décisifs : ils permettent juste aux jeunes de constater que telle école innove, que telle autre organise des fêtes et qu’il semble y faire bon vivre. À leurs yeux, sur les réseaux, toutes les écoles de commerce de milieu de panier se ressemblent.

C’est en visitant les locaux, mais surtout en rencontrant des étudiants de l’école, que leur décision se forme. Si les réseaux sociaux sont consultés, ils ne sont pas décisifs.

Cela vous surprend-il ?

Non. J’ai toujours défendu la vision d’une génération certes connectée, mais qui désire partager des moments avec d’autres. La génération Y arpente les festivals, cherche les rencontres et ses moyens de déplacement sont plus développés. La réalité révélée par cette étude, c’est qu’ils veulent vivre des expériences, et non pas des stories sur Snapchat. Je fais la comparaison avec Tinder : sur l’écran, la rencontre a l’air géniale mais quand on se rencontre, ça ne le fait pas.

Les chefs d’établissements doivent-ils alors arrêter d’investir dans les réseaux sociaux ?

Ceux-ci sont importants, mais plutôt pour attiser la curiosité, montrer la vitalité, l’ambiance et les innovations proposées. Ensuite – et c’est le plus important – il faut surtout miser sur les prescripteurs que sont les étudiants et les anciens, en les envoyant dans les classes prépas, de terminale, ou en organisant des rencontres avec les futurs bacheliers, qui ont besoin d’une transmission physique avec des personnes auxquelles ils s’identifient.

Les réseaux sociaux sont importants pour attiser la curiosité, montrer la vitalité, l’ambiance et les innovations proposées.

Les vidéos postées sur les sites des écoles ont-elles une réelle utilité ?

Oui, à condition de mettre en valeur des témoignages d’étudiants. Les meilleurs ambassadeurs sont ceux des première année. Les vidéos avec le mot du directeur ne sont efficaces qu’auprès des parents : elles mettent en avant les atouts cognitifs de l’école : les programmes, les contenus.

Les salons d ’orientation aident-ils les jeunes à se décider ?

Pour eux, un salon, c’est d’abord l’opacité et la peur de ne pas savoir faire le bon choix. Ils ramassent donc toutes les brochures, "au cas où". Ce qu’ils retiennent, et qui pèsera dans leur choix, c’est la rencontre avec un étudiant qui, peut-être, leur donnera son mail en disant : "Si tu as une question, n’hésite pas".

J’ai eu l’occasion de parcourir un salon avec trois jeunes. Lorsque nous avons fait le bilan de la visite, le plus important pour eux avaient été deux discussions sur un stand avec des étudiants qui leur apparaissaient comme des futurs parrains-marraines qu’ils connaîtraient déjà en arrivant à l’école. Pourtant, j’étais témoin, les entretiens n’ont pas duré longtemps, à peine trois minutes ! Mais celles-ci se sont révélées pour eux beaucoup plus décisives que tout ce qu’ils avaient pu lire avant sur les réseaux sociaux.

Méthologie
Intitulée "Processus de décision d’un établissement supérieur et rôle des sources d’information", l’étude menée par Catherine Lajealle entre octobre et décembre 2014 est parue sur le réseau de chercheurs Research Gate en décembre 2016.
Sa méthodologie repose sur une démarche qualitative exploratoire par entretiens semi-directifs menés auprès de 35 jeunes Français, âgés de 18 à 23 ans, venant d’intégrer une école postbac ou à bac + 2. Ils ont été recrutés via les réseaux des chercheurs et des étudiants de huit écoles formant aux métiers du management, du marketing, de la communication et de la finance. Les critères de recrutement portaient sur les différentes spécialités choisies, sur l’origine géographique des étudiants et sur leur éloignement par rapport au foyer familial. Toutes les personnes interrogées sont inconnues des chercheurs qui ont conduit l’étude.

Le 27 septembre, une conférence EducPros
Catherine Lejealle interviendra jeudi 27 septembre 20018, lors de la conférence EducPros consacrée au bilan de Parcoursup, sur le thème suivant : "Bacheliers : comment choisissent-ils leur orientation ? Un éclairage psychologique et sociologique". Retrouvez le programme complet de cette journée ici.


Jean Chabod-Serieis | Publié le

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Hervé PIZON.

très circonspect par expérience : les candidats entrent en contact avec les étudiants via les réseaux sociaux (ceux de l’école, qui sont parfois animés par des élèves ou encore ils cherchent les “like” ou commentaires des actuels étudiants puis les contactent en privé). pour un candidat, les réseaux sont ainsi une porte d’entrée non pas vers l’institution mais vers la relation et la conversation en privé avec un étudiant. j’aurais aimé savoir de quels réseaux on parle ? les écoles sont souvent présentes sur des réseaux peu ou pas utilisés par les candidats.