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Pédagogie dans le supérieur : faut-il vraiment miser sur l’autonomie des étudiants ?


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Pédagogie dans le supérieur : faut-il vraiment miser sur l’autonomie des étudiants ?
Si, dans certains dispositifs, les professeurs sont désormais placés plus en coulisses que sur l'estrade du cours magistral, leur rôle n’en demeure pas moins essentiel pour guider les étudiants dans leurs apprentissages. // ©  plainpicture/Maskot
Sur le site de "The Conversation", Yann Roche, ingénieur-chercheur en pédagogie à Grenoble École de Management (GEM), s'interroge sur la validité de l'autonomie comme condition d'un bon apprentissage.

Étymologiquement, le mot pédagogie veut dire "l’art d’enseigner aux enfants" – "paidos", en grec ancien, signifiant "enfant". Mais alors que l’enseignement supérieur est en pleine croissance et que la formation continue se développe, on peut remarquer qu’aucun autre terme ne s’est imposé pour désigner la manière d’enseigner à un public adulte, pas même "andragogie" – du grec "andros" désignant l’homme ou l’adulte. On continue à parler de pédagogie sans distinction d’âge, qu’il s’agisse du système scolaire ou des cursus postbac.

"Lorsqu’une chose n’existe pas, il n’existe pas de mot pour la désigner ; et s’il n’existe pas de mot pour nommer une chose, c’est que cette chose n’existe pas", selon Aristote. Peut-on appliquer ce précepte à la pédagogie ? Peut-on dire que la pédagogie pour adultes n’existe pas ? Inspiré par la proximité entre le psychisme de l’adulte et celui de l’enfant, voici ce qu’Antoine Léon, auteur d’une "Psychopédagogie des adultes", répondait à cette question dans les années 1970 :

"L’andragogie apparaît beaucoup plus comme une aspiration que sous les traits d’un ensemble doctrinal ou méthodologique en voie d’élaboration. En d’autres termes, l’opposition entre andragogie et pédagogie relève davantage du domaine de l’opinion que de celui de la démarche scientifique ou même empirique."

Un cadre nécessaire

Qu’en est-il quarante ans plus tard, alors qu’on invoque de plus en plus l’autonomie ? Celle-ci peut-elle être une base autour de laquelle s’étoffe un enseignement spécifique aux adultes, bien distinct des méthodes destinées aux jeunes enfants ? Des dispositifs comme les MOOCs, et leurs cours diffusés en ligne, ou la classe inversée – où l’élève découvre le cours chez lui avant de l’approfondir en classe – semblent placer les apprenants seuls face aux savoirs. Mais, de là à conclure que l’autonomie est la condition d’un bon apprentissage, il y a un pas.

C’est ce que montre l’exemple de la classe inversée d’Éric Mazur. La lecture individuelle annotée est l’une des activités emblématiques du programme dispensé dans la prestigieuse université de Harvard, aux États-Unis. Elle consiste, pour chaque étudiant, à lire sur son ordinateur les chapitres d’un livre, à en surligner les passages mal compris, puis, via une plate-forme de mise en réseau, à décrire ses problèmes à ses collègues étudiants et à répondre aux éventuelles questions posées par ces derniers.

Une coopération qui s’établit spontanément ? Non, puisque le travail effectué sur la plate-forme, commentaires inclus, est supervisé et noté. Au cœur de l’une des plus grandes universités au monde, accueillant des étudiants parmi les meilleurs de la planète, on a ainsi compris que c’est sous l’influence de son milieu que l’individu devient ce qu’il est, et que ce n’est qu’au travers d’une histoire sociale qu’il développera au mieux ses aptitudes. Et cette histoire, il appartient aux enseignants de la créer.

Des interactions sociales décisives

En réalité, l’autonomie dont on vante à l’envi les vertus ne peut être considérée comme une compétence clé dans l’acte d’apprendre. Elle ne constitue que l’aboutissement de l’apprentissage et non son prérequis : à tout âge, en effet, l’individu n’est autonome que pour ce qu’il a déjà appris. Aller au-delà de ce qu’il sait déjà faire, nécessite, à chaque fois, de nouvelles relations sociales avec des tiers aidants – un enseignant, un collègue étudiant, un parent. Pour progresser, il est nécessaire d’être confronté à de nouvelles interactions sociales qui vont permettre d’être guidés vers de nouvelles acquisitions. Le vrai moteur de l’apprentissage n’est donc pas l’autonomie de l’apprenant, mais les liens sociaux inédits pouvant naître d’un milieu humain stimulant.

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 // © The Conversation
// © The Conversation

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