Face à la pénurie de profs, le gouvernement promet d'améliorer les conditions de travail

Amélie Petitdemange
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Face à la pénurie de profs, le gouvernement promet d'améliorer les conditions de travail
La pénurie de profs inquiète à l'approche de la rentrée 2022, dans le premier et le second degré particulièrement en Ile-de-France. // ©  Mathilde MAZARS/REA
En 2022, le nombre d’admis aux concours de professeurs est en baisse. Le gouvernement tente de pallier cette situation avec le recrutement de contractuels.

Les résultats des concours pour être professeur sont quasiment tous publiés et le constat est sans appel : le nombre d’admis est loin du nombre de postes offerts. En tout, 8.265 candidats sont admis aux concours de recrutement de professeurs des écoles (CRPE), pour 9.951 postes offerts. Au niveau national, le taux de postes pourvus dans le premier degré est ainsi de 83%, contre près de 95% l’année dernière.

Dans le second degré, 11.353 candidats ont été admis aux concours alors que 13.690 postes étaient offerts. Le taux de recrutement s’élève à 83,4% alors qu’il était de plus de 94% en 2021.

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Des régions et disciplines en tension

Des chiffres globaux qui cachent cependant des disparités. Sans surprise, c’est en Ile-de-France que la tension est à nouveau forte cette année. Le manque de professeurs dans le premier degré se fait particulièrement sentir dans les académies de Créteil et de Versailles. Créteil compte 900 lauréats pour 1.665 postes offerts, Versailles 900 lauréats pour 1.600 postes et Paris 173 admis pour 225 postes.

Dans le second degré, c’est en termes de disciplines que les situations divergent. "Nous avons des disciplines à fort effectif dans lesquelles tous les postes ouverts sont pourvus, comme l’histoire-géographie, l'espagnol, les SVT et l'EPS. Dans certaines disciplines comme l’anglais, tous les postes ne sont pas pourvus. Et nous avons de grandes difficultés en lettres classiques, en allemand, en physique-chimie, en maths et en lettres modernes", a indiqué le ministère de l’Education nationale.

Lors d’un briefing à la presse, le ministère a expliqué que deux éléments conjoncturels mènent à cette situation. D’une part, la réforme du master MEEF, qui a fait passer le concours du master 1 au master 2. "Les candidats qui se sont présentés l'année dernière en M1 et ceux qui se sont présentés en M2 cette année représentent le même vivier. Nous savions donc que la session 2022 aurait une diminution du nombre de candidats", pointe le ministère. D’autre part, le "taux de chômage faible et les créations d'emplois nombreuses" créerait une "tension entre les recruteurs".

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Améliorer les conditions des professeurs

Un élément plus structurel explique le manque d’attractivité du métier. Pour les syndicats, le manque de reconnaissance du métier, la rémunération trop faible et la formation insuffisante sont les principales raisons de ce désintéressement. Certains syndicats comme le Snesup-FSU demande ainsi "une entrée vraiment progressive dans le métier : pas de responsabilité seul en classe dès le début de l'année ; une année de stage pensée comme une année de formation ; du temps et des moyens dans les Inspé pour la formation et l'accompagnement".

Les candidats qui se sont présentés l'année dernière en M1 et ceux qui se sont présentés en M2 cette année représentent le même vivier. (Ministère de l'ESR)

Le syndicat national de l'enseignement supérieur l’affirme dans un communiqué : "c’est à ce prix, et en revalorisant les salaires, qu’on pourra espérer attirer davantage de candidats et candidates vers les métiers de l’enseignement".

Lors de son brief, le ministère a assuré qu’il trouverait "des réponses" à ce manque d’attractivité. "Vous connaissez l'engagement du président, du gouvernement et du ministre, sur la revalorisation du métier d'enseignant. Cela passe par la rémunération mais aussi par d'autres éléments pour mieux considérer les professeurs dans la société. C'est un enjeu important". Des mesures devraient être annoncées.

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Miser sur les contractuels

Pour l’instant, le gouvernement mise sur les contractuels pour pallier en urgence au manque de professeurs. "Le recrutement de contractuels n'est pas nouveau même s'il est important cette année. Il représente 1% dans le premier degré et 8% dans le second degré", a précisé le ministère de l’Education nationale. Pour favoriser le recrutement, les rémunérations pourront être augmentées pour les contractuels.

La stratégie du gouvernement vise aussi à fidéliser les contractuels déjà en poste. Alors que les contrats se terminent habituellement à la fin de l'année scolaire, ils peuvent exceptionnellement perdurer au moins jusqu’à l'année suivante. "Ainsi, ils ne se trouvent pas sans rien cet été, situation qui les conduirait à trouver un autre emploi et peut être ne pas revenir à la rentrée", a expliqué le ministère.

Les élèves méritent des professeurs formés, pas des 'faisant-fonction', recrutés comme contractuels en moins de 30 minutes. (Snesup-FSU)

Le recours aux contractuels fait bondir les syndicats, notamment depuis l'organisation de forums de l’emploi et de job datings polémiques dans plusieurs académies dont l'Île-de-France. "Les élèves méritent des professeurs formés, pas des 'faisant-fonction', recrutés comme contractuels en moins de 30 minutes", réagit le Snesup-FSU.

Formation de 10 jours avant la rentrée

Lors de son brief, le ministère s’est défendu d’une formation express des contractuels. "Il ne s'agit pas de les mettre dans une vidéo, c'est véritablement une formation avec des formateurs et des corps d'inspection, un vrai accompagnement dans le corps de métier. Il y aura une forme d'hybridation mais ce n'est pas un parcours que l’on fait seul", assure le cabinet en évoquant une formation de dix jours organisée avant la rentrée.

"Ensuite, il y aura un accompagnement à travers un tutorat, une visite d'un conseiller pédagogique, et des heures de formations sur les fondamentaux pendant l'année. La Dgesco (direction générale de l'enseignement scolaire, NDLR) va aussi mettre en place un programme d'auto-formation et la possibilité d'avoir recours à des hotlines", ajoute le cabinet.

A partir du 22 août, des réunions seront régulièrement organisées entre le ministère et les syndicats pour accompagner la rentrée.


Amélie Petitdemange | Publié le