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L'université de Nantes offre une seconde chance à sa licence en quatre ans

Soazig Le Nevé
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Faculté de lettres université de Nantes
À l'université de Nantes, seuls 4 étudiants sur les 20 ayant expérimenté la licence en quatre ans ont validé leur première année. // ©  université de Nantes
Symbole des nouveaux "parcours adaptés" amenés à se développer à la rentrée dans les universités, l'expérimentation de la licence en quatre ans à Nantes pour les bacheliers pros et technos n’a pas été couronnée de succès. L'établissement mise désormais sur une nouvelle formule pour répondre aux lacunes de la première mouture du dispositif.

Le scénario ne s’est pas déroulé comme Arnaud Guével, le directeur de l’UFR Staps à l’université de Nantes, l’avait imaginé. En septembre 2017, alors que se met en place dans les facultés de Staps, sociologie et histoire le parcours baptisé "Reus Tertre", tous les espoirs sont permis : oui, des bacheliers technologiques et professionnels ont leur place à l’université pour peu qu’on leur laisse une année supplémentaire pour valider leur licence.

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Perçue comme une incarnation parfaite des "parcours adaptés" prévus par la loi ORE, l’initiative, financée à hauteur de 30.000 euros par le Conseil régional des Pays de la Loire, est aussitôt saluée par la ministre Frédérique Vidal, qui fait même le déplacement à Nantes à la rentrée.

Un premier bilan décevant

"J’ai sûrement été un peu optimiste à l’époque", concède, un an plus tard, Arnaud Guével. Et pour cause : sur 20 étudiants ayant bénéficié d’une mise à niveau en expression écrite avec des professeurs de lycée professionnel, seuls quatre sont encore dans la course et passent en deuxième année de licence.

"Par rapport aux ambitions initiales, oui, c’est un peu décevant, il faut l’avouer. Mais nous en comprenons les raisons, argumente le directeur de l’UFR. Cette première expérience vient répondre à un problème très complexe, celui de l’échec scolaire, qui se nourrit des lacunes que des élèves peuvent avoir dès la 6e."

"Nous avons recruté des étudiants certes volontaires, mais au sein d’un panel imposé via le tirage au sort que permettait APB", souligne-t-il. Très rapidement après la rentrée, quatre d’entre eux jettent l’éponge. Sur les 16 restants, huit savent qu’ils vont quitter le dispositif mais restent assidus pour préparer leur nouvelle orientation. Seuls huit étudiants passent finalement les examens de fin d’année.

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"Un déclic peut suffire"

Et le bilan s’amoindrit encore ensuite : ils ne seront que quatre, en cette rentrée 2018, à passer en deuxième année. Les quatre autres redoublent leur première année, mais au sein de la L1 de Staps classique. "Un déclic peut suffire pour que ces étudiants s’en sortent", veut croire Arnaud Guével. "C’est quitte ou double, il faut les mettre devant leurs responsabilités. Ils étaient présents mais n’ont pas assez travaillé. On ne peut pas se permettre non plus de passer huit ans pour avoir une licence", tonne-t-il.

Même s’il quitte le navire, Dany Girard n’a en rien le sentiment d’essuyer un échec, bien au contraire. "J’ai fini mon année, mais je savais que je ne poursuivrais pas. J’ai préparé le concours de gendarmerie quand j’ai compris que la fac, ce n’était pas trop pour moi. Mes profs m’ont aidé, ils ont même récupéré les annales du concours pour que je sois prêt. Si j’avais été dans la licence classique, c’est sûr, j’aurais décroché pour de bon", analyse le jeune homme, titulaire d’un bac STL.

Selon lui, la difficulté est venue de son "manque de connaissances en sciences" et de ses "lacunes en français", que le parcours "Reus Tertre" n’aura pas suffi à combler.

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Une maquette remodelée

"Il est difficile d’établir le profil-type des difficultés rencontrées par les étudiants, estime Benoît Huet, directeur adjoint à la formation à l’UFR Staps. Certaines matières sont plus dures mais, de manière générale, ce sont les examens eux-mêmes qui ont posé problème. Nous pensions que des QCM faciliteraient la vie aux étudiants. Or non, souvent ces jeunes doutent d’eux-mêmes et se trompent alors qu’ils ont les connaissances nécessaires pour répondre."

Souvent ces jeunes doutent d’eux-mêmes et se trompent alors qu’ils ont les connaissances nécessaires.
(B. Huet)

Pour améliorer la "L+", l’équipe enseignante a réajusté la maquette en introduisant davantage d’activités physiques (deux activités par semestre au lieu d’une). Mais l’originalité du parcours reste l’accompagnement des étudiants en expression écrite et orale au premier semestre, et l’élaboration d’un projet à caractère culturel en lien avec le sport au second semestre. Des modules spécifiques qui compteront dans l’évaluation des étudiants, contrairement à l’an passé. "C’était un peu paradoxal, car cela représentait plusieurs heures par semaine et donc une somme de travail qui n’était pas valorisée", relève Benoît Huet.

Cette année, les 26 étudiants qui ont été retenus via Parcoursup ont "des résultats académiques moyens et des lacunes en expression écrite et orale, mais ils ont fait valoir leur motivation, leur engagement dans le milieu sportif et leur objectif d’intégrer un métier du sport", affirme Arnaud Guével. Quatre places seront encore proposées à la rentrée aux nouveaux étudiants de Staps qui, à la réflexion, seraient tentés de prendre un peu plus de temps pour réussir leur licence.


Soazig Le Nevé | Publié le

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jpjohet.

Que de fric "dingue" dixit le PdR et foutu en l'air: 30.000 euros pour 20 gugus et 4 à l'arrivée sans compter le déplacement d'un ministre et tout ce qui est autour. Arrêtons, la place des bac pro et techno est en BTS et/ou IUT s'ils sont bons (dossier acceptable et accepté), c'est de la démagogie et se donner bonne conscience ce type d'expérience. En 45 ans de vie professionnelle j'ai rencontré un seul bac pro (jeune fille très intelligente que des profs du secondaire avaient fourvoyé en LP) ayant validé, en 2 ans, le concours du PCEM1 (Paces actuelle)