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L'orientation de bacs pro en BTS sur avis du conseil de classe trace sa route

Laura Taillandier
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L'orientation de bacs pro en BTS sur avis du conseil de classe trace sa route
En 2017-2018, plus de vingt académies expérimenteront l'orientation des lycées professionnels en BTS sur avis du conseil de classe. // ©  ©Gilles ROLLE/REA
En Bourgogne – Franche-Comté, les premiers retours sur l'orientation des bacheliers professionnels en BTS sur avis du conseil de classe sont positifs. Un bilan sur lequel s'appuieront les dix-huit rectorats qui se lancent à leur tour dans l'aventure.

De 5 à 23 académies. L'expérimentation de l'orientation des bacheliers professionnels en BTS sur avis du conseil de classe passe à la vitesse supérieure dès cette année. Dix-huit nouveaux rectorats ont répondu à l'appel des ministères de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur pour déployer cette mesure, soit une quasi-généralisation, un an à peine après la phase test.

Si le gouvernement veut aller vite, c'est qu'il y voit le moyen d'améliorer la poursuite d'études des bacheliers professionnels, à l'heure de la concertation sur le premier cycle universitaire et des débats sur les prérequis. D'autant que, sur le terrain, les échos sont globalement positifs.

Un coup de pouce

En Bourgogne – Franche-Comté, l'une des trois régions pionnières qui regroupe les académies de Besançon et Dijon, l'heure est au bilan. "Cette première étape s'est bien passée. Il faut maintenant voir ce que cela donnera dans la durée", déclare Pierre Filet, le proviseur du lycée professionnel des Huisselets, à Montbéliard. Dans son établissement, l'expérimentation n'a pas "fondamentalement" bouleversé la procédure d'orientation. Ni les flux : 56 élèves ont obtenu une place en BTS, contre 57 l'an passé.

Concrètement, les élèves ont formulé leurs souhaits d'orientation, lesquels ont été examinés lors d'un conseil de classe exceptionnel en mars, regroupant les enseignants, ainsi que des représentants des parents d'élèves et des délégués de classe. Un avis favorable ou défavorable pour le passage en BTS a été émis à l'issue de cette réunion, ouvrant de fait le droit à une place dans un BTS de la région académique. Auparavant, c'étaient les équipes enseignantes des BTS qui sélectionnaient leurs étudiants sur dossier.

"Il n'y a pas eu de déception chez les lycéens. Les règles du jeu leur ont été expliquées dès le départ et puis cela ne les disqualifie pas dans APB. C'est une phase zéro de la procédure, en quelque sorte." Pour le proviseur, cet avis du conseil de classe aura surtout permis de "donner un petit coup de pouce à des élèves motivés".

Sécuriser le parcours vers l'enseignement supérieur

"Les équipes enseignantes ont pu se rappeler que l'enjeu n'est pas uniquement le bac mais également la préparation de la poursuite d'études et qu'il est important de se projeter dans cette continuité", ajoute Pierre Filet. Un avis partagé par Adrien Garde, cosecrétaire académique du Snuep-FSU à Besançon : "L'expérimentation sécurise le parcours du bachelier vers l'enseignement supérieur tout en faisant confiance à l'équipe pédagogique de l'élève qui, elle, connaît bien sa capacité de travail."

C'est en effet la principale caractéristique de l'expérimentation : inverser le processus. C'est désormais le conseil de classe qui prend position sur l'entrée du bachelier professionnel en BTS. "Le regard d'une équipe qui a suivi le jeune tout au long de l'année est plus légitime que celui de quelqu'un qui découvre le dossier lors de la procédure d'admission", confirme Maurice Dvorsak, le chef du service académique de l'information et de l'orientation de Besançon, qui pilote le dossier.

Le regard d'une équipe qui suit le jeune tout au long de l'année est plus légitime que celui de quelqu'un qui découvre le dossier lors de la procédure d'admission.
(M. Dvorsak)

Une fiche de compétences pour classer les lycéens

Pour bâtir son projet, la région académique s'est appuyée sur le travail mené depuis 2014 sur la liaison entre les bacs pros et les BTS. "Nous nous sommes très vite mis d'accord sur une fiche de compétences pour aider les équipes à se décider lors du conseil de classe", expose Maurice Dvorsak.

Les enseignants ont ainsi dû renseigner dans une application informatique un niveau d'acquisition pour chaque compétence listée (niveau 1 : maîtrise insuffisante, niveau 2 : maîtrise fragile, niveau 3 : maîtrise satisfaisante, et niveau 4 : très bonne maîtrise). L'application s'est ensuite chargée de calculer le score de l'élève et de déterminer si l'avis d'orientation était ainsi positif ou négatif.

"Pour que l'élève obtienne satisfaction, il faut qu'il atteigne au moins le niveau 2 pour chacune des compétences des trois premiers volets", illustre le chef du service académique. Cette grille aura surtout permis au rectorat de classer les lycéens en fonction du score obtenu. Un score qui peut faire la différence s'il n'y a pas assez de places dans le BTS demandé.

Augmentation des demandes, des propositions... et des places !

C'est le recteur qui a le dernier mot au regard des places disponibles. Sur les 4.800 places en BTS de la région académique, 1.965 sont reservées aux bacs pros. "Les pourcentages minimaux de bacheliers professionnels ont été augmentés avec l'expérimentation – soit 166 places supplémentaires –, mais nous savons qu'il y a plus de demandes que de places dans le secteur sanitaire et social ou dans certaines sections du tertiaire", note Maurice Dvorsak.

Au final, "une dizaine de bacheliers reste encore sans affectation à la rentrée malgré un avis favorable, mais tous devraient rapidement trouver une place vacante dans un BTS", assure-t-il.

Au royaume des chiffres, le premier constat est positif. "Davantage de lycéens tentent leur chance en BTS", observe Maurice Dvorsak. Plus de 3.200 bacheliers professionnels ont demandé une place, soit une augmentation de 45 % par rapport à l'année précédente. En parallèle, les propositions faites aux élèves ont augmenté de 16,4 %.

Seul bémol : "Nous avons toujours un nombre élevé de bacheliers, plus de 30 %, qui n'acceptent pas la proposition d'affectation, regrette Maurice Dvorsak. Il s'agit souvent d'élèves qui demandent des formations éloignées et qui y renoncent au final. Nous devons travailler sur leur parcours d'orientation."

Une première étape à inscrire dans la durée

"Il faudra deux ans, trois ans, pour que l'expérimentation se mette réellement en place et permette d'instaurer un processus continu de la première jusqu'à la fin du BTS", prévient le chef de service académique. "C'est facile d'augmenter le nombre de lycéens en BTS, mais l'important, c'est de les emmener au diplôme", appuie-t-il.

Prochaine étape : se baser sur la fiche de compétences pour bâtir ce parcours. Pierre Filet, le proviseur, en atteste : "On peut imaginer dès la classe de première un point d'avancement chaque trimestre, pour regarder où en est l'élève dans l'acquisition des compétences et profiter de l'accompagnement personnalisé pour combler ses lacunes." De même, cette fiche peut aussi permettre "aux enseignants de BTS d'avoir une idée plus précise du niveau de l'étudiant", souligne Pierre Filet.

Un axe d'amélioration pourrait être "l'intégration des enseignants de BTS à la décision d'orientation dans le cadre d'une commission mixte plutôt que d'un conseil de classe, suggère Adrien Garde, du Snuep-FSU. On le voit dans les lycées professionnels qui comptent également un BTS l'expérimentation se passe encore mieux."

En revanche, Adrien Garde, qui craint une mise en concurrence des bacheliers technologiques et professionnels, attend des précisions. "Où sont passés les bacheliers qui n'ont pas accepté la proposition qui leur a été faite ? Combien de bacheliers technologiques ont-ils eu une place en BTS ?" interroge l'enseignant.

De son côté, la région académique a déjà identifié l'affectation de ces bacheliers comme le prochain chantier. "Nous travaillerons en parallèle sur l'affectation des lycéens technologiques. Un groupe de pilotage avec les IUT sera mis en place", annonce Maurice Dvorsak. L'objectif ? Parvenir à la rédaction d'un vade-mecum afin d'améliorer la liaison entre les lycées et les IUT. 

Qui sont les académies expérimentatrices ?

En 2016-2017 : Bourgogne – Franche-Comté (Besançon, Dijon), Bretagne (Rennes) et Hauts-de-France (Lille, Amiens). 

En 2017-2018 : Grand Est (Reims, Nancy, Strasbourg), Centre-Val de Loire (Orléans-Tours), Île-de-France (Paris, Créteil, Versailles), Normandie (Caen, Rouen), La Réunion, Nouvelle Aquitaine (Bordeaux, Poitiers, Limoges), Auvergne – Rhône-Alpes (Lyon, Clermont-Ferrand, Grenoble) et Occitanie (Montpellier, Toulouse).

Laura Taillandier | Publié le

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FR.

Les bacheliers professionnels vont devoir déchanter à mesure que ce super redoublement de deux ans en STS va se généraliser jusqu'à devenir une norme d'abord et un impératif ensuite. Vidées de leurs bacheliers généraux et technologiques pourtant à l'origine des dynamiques de travail positives, les STS vont désormais prendre l'aspect d'espaces de stockage temporaires pour bacheliers professionnels écartés du marché du travail.. Transposant dans le supérieur les logiques délétères du secondaire, l'Éducation nationale va envoyer un message fort aux employeurs : si vous voulez disposer d'un vivier de condidats fiables, recrutez désormais vos exécutants à Bac+3/Bac+5. Et là, ce sera la douche froide pour les bacheliers généraux et technologiques qui pensaient avoir progressé d'un cran en fuyant les SEGPA du supérieur que seront devenues les STS. Cette politique n'a rigoureusement aucun sens.

P. Gilles.

Les questions qui restent : que deviennent les élèves qui ont un avis négatif ? Qu'est ce qui est prévu pour eux ?