Combien gagne un président d’université ?

Malika Butzbach
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Combien gagne un président d’université ?
La rémunération des présidents d'université varie fortement selon l'indice prenant en compte la carrière et l'ancienneté. . // ©  Evgeny Burgasov/Adobe Stock
En tant que fonctionnaires, la rémunération des présidents d’université se compose de leur traitement indiciaire et de la prime d’administration, identique pour tous. Ce salaire peut varier de 30.000€ brut annuel à 100.000€ voire 156.000€ pour ceux qui sont également praticiens hospitaliers. Mais les récentes évolutions du paysage universitaire français, marquées par des politiques de regroupement d’établissements, changent parfois la donne.

Alors qu’université rime souvent avec précarité, la question du salaire reste taboue dans l’enseignement supérieur. Preuve en est, les présidents et anciens présidents d’université interrogés ont tous demandé à garder l’anonymat. En tant que fonctionnaires, les présidents d’université voient leur rémunération encadrée par le régime de la fonction publique d’État qui se compose de leur traitement indiciaire, auquel s’ajoutent les primes.

L’indice de salaire varie selon la carrière

Ce traitement indiciaire varie selon le statut de chacun. Pour les maîtres de conférences, il s’échelonne de 26.000 euros brut annuel pour ceux de classe normale à 54.000 euros pour les hors classe. Mêmes différences pour les professeurs d’université : leur grille indiciaire va de 37.500 euros brut annuel (2e classe) à 73.000 euros brut annuel (classe exceptionnelle). Ces statuts donnent également droit à la prime de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) qui, en 2021, s'élevait à 1.840 euros pour les professeurs et de 2.300 euros pour les maîtres de conférence.

À part, les professeurs d’université – praticiens hospitaliers (PU-PH) ont, en plus de leur traitement indiciaire, leurs émoluments hospitaliers qui sont fixés par décret et varient de 33.000 euros à 55.000 euros brut par an. Ils touchent également leurs indemnités de services (un peu moins de 500 euros mensuels) pour leurs responsabilités de chefs de service au sein de l’hôpital.

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Une prime identique pour tous les présidents d'université

La prime d’administration demeure le point commun à tous les présidents d’université. Depuis 2015, cette prime est élargie aux présidents des Communauté d'universités et établissements (Comue). Elle correspond à 27.600 euros mais peut être majorée de 50% pour les établissements passés aux responsabilités et compétences élargies (RCE) ou de 20% en fonction de la réalisation d’objectifs et des résultats d’indicateurs fixés par le ministère. Outre ces deux caractéristiques, cette prime est identique pour tous : elle ne prend pas en compte la taille ou l’importance de l’établissement.

"Si elle paraît importante par son montant, il faut bien avoir à l’esprit qu’elle représente une charge de travail et de responsabilités importantes, souligne un président d’université qui a souhaité conserver l'anonymat. D’ailleurs, elle a été augmentée avec la LRU (la loi relative aux libertés et responsabilités des universités de 2007). Certes, les présidents sont déchargés de leurs activités d’enseignement mais il y a beaucoup à faire lorsqu’on gère un établissement au quotidien."

Certains avantages vont de pair avec la fonction de président : note de frais, voiture voire chauffeur personnel. "C’est une pratique qui remonte aux années 70, et qui avait pour but de montrer le rang de la fonction, contextualise Christophe Bonnet du Sgen-CFDT. Aujourd’hui, la tendance est davantage dans la mutualisation de ces avantages. Par exemple, la voiture devient celle de la présidence de l’université, partagée entre le président et ses vice-présidents".

Des salaires en deçà d’autres établissements français et internationaux

Ainsi, le salaire annuel brut d’un président d’université peut varier de 30.000 euros brut annuel jusqu’à 100.000 euros voire 156.000 euros pour les PU-PH. Des chiffres importants mais moindres au regard des rémunérations dans d’autres établissements du supérieur, pointe une ancienne présidente d’université : "Dans les business schools, le salaire du directeur peut dépasser les 200.000 euros. La Cour des comptes précisait que le salaire du directeur de l'emlyon avoisinait 240.000 euros par an entre 2005 et 2009."

Même sur le plan international, les présidents d’universités françaises sont loin derrière leurs homologues anglophones. Le Times Higher Education publie régulièrement les salaires des présidents d’universités britanniques ou américaines. En 2016, ceux-ci gagnaient respectivement 400.000 euros et 1,36 million d’euros en moyenne.

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Avec les regroupements universitaires, des salaires à la hausse ?

Un épisode a cependant marqué les esprits en France. Lors d’une séance du Cneser en 2015, le salaire de Thierry Coulhon, alors président de la Comue PSL, a été divulgué et provoque le débat. Il atteignait 180.000 euros brut par an.

La création de nouveaux regroupements universitaires, tels que les Comue ou les établissements publics expérimentaux, ont pu faire évoluer les choses. "Dans un premier temps, parce que les statuts de certains regroupements précisent que le président peut être choisi hors de l’université, ce qui implique qu’il ne rentre pas dans les cases de la fonction publique", explique Christophe Bonnet du Sgen-CFDT. Certains sont ainsi contractualisés et, dans le cadre d’un contrat, le salaire est libre à la négociation."

A ce titre, plus récemment, en novembre dernier, la liste "Démocratie et intérêt général au cœur de PSL", soutenue par la CGT, la FSU et Sud Éducation, qui siège au CA de l'établissement a publié le salaire du président actuel Alain Fuchs, sur un groupe Facebook. Celui-ci serait de 160 000 euros bruts annuels hors primes éventuelles.

Pour autant, si ces nouvelles formes d’établissements dérogent aux cadres juridiques, cela ne signifie pas que les rémunérations des dirigeants sont libres. "Le conseil d’administration de l’établissement vote des salaires et les comptes sont certifiés", souligne le syndicaliste. "C’est le paradoxe, sourit un président d’université. Les rémunérations ne sont pas cachées, mais le sujet reste tabou."


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