Comment Kedge compte doubler son nombre d’apprentis

Etienne Gless
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Kedge Marseille // DR
Kedge parie sur l'apprentissage pour son programme grande école.
Décryptage. En pleine crise économique, la business school fait le pari d'augmenter le nombre de places offertes en alternance à ses étudiants et de leur trouver un contrat. Kedge veut profiter du nouveau système de financement de l'alternance pour convaincre les PME et TPE de prendre de nouveaux apprentis. Educpros s'est entretenu avec Christophe Mouysset, directeur des relations entreprises sur les actions mises en place pour réussir ce pari.

"Notre école a décidé cette année de doubler le nombre de ses contrats d’apprentissage en 1 an au sein du programme grande école", déclare Christophe Mouysset, directeur des relations entreprises de Kedge business school. Pour la prochaine rentrée, l’école de commerce a annoncé le 29 avril qu’elle réservait plus de 180 places en apprentissage pour les étudiants en admission parallèle.

"C’est une nécessité pour faire face à la période actuelle de troubles et d’incertitudes économiques : des étudiants vont se retrouver en difficulté financière et vont devoir accéder à l’apprentissage pour pouvoir continuer leurs études", explique Christophe Mouysset. Contrats d’apprentissage ou de professionnalisation, Kedge BS table au total sur quelque 2.000 alternants à la rentrée prochaine pour ses différents programmes. Une gageure car il va falloir redoubler d’efforts pour trouver une entreprise d’accueil à ces alternants supplémentaires.

Traquer les offres de contrats chez les partenaires de longue date

L’alternance est très sensible à la météo économique et celle-ci est particulièrement sombre en cette période. Nombre d’entreprises anticipent de graves difficultés financières et gèlent tout recrutement. Mais le challenge n’inquiète pas Christophe Mouysset :"Une école des territoires comme Kedge a plus de chance de remplir ses places d’apprentissage".

L'apprentissage, victime collatérale du Covid-19 ?

Quelques jours après le début du confinement, fin mars, l’école a sondé ses 250 entreprises partenaires avec lesquelles elle fait régulièrement de l’apprentissage. "Environ 40% d'entreprises nous disent qu’elles continuent à prendre des apprentis et nous recevons des offres dans les mêmes proportions que l’an passé même si nous constatons une légère baisse, 20% nous disent qu’elles n’en prendront pas ou très peu. Enfin, les autres attendent de voir comment va évoluer la situation", confie le directeur des relations entreprises de Kedge“.

Pour cette cible d’entreprises en portefeuille, Kedge multiplie les actions pour aller traquer les offres, organiser des jobs datings dématérialisés : trois forums alternance sont programmés d’ici fin juin avec plus d’une centaine d’entreprises et 1.300 étudiants. "Ces partenaires historiques ne vont peut-être pas faire croître le nombre d’alternants mais ils vont privilégier les nôtres car nous avons l’habitude de travailler ensemble". Pour réussir son pari, l’école doit néanmoins aller prospecter d’autres terrains.

Prospecter et évangéliser le marché des PME-TPE

La loi du 5 septembre 2018 sur la liberté de choisir son avenir professionnel (dite "Avenir pro") réforme en profondeur les formations en alternance. "Cette réforme va permettre aux TPE et PME, de s’offrir plus facilement des étudiants d’écoles comme les nôtres", escompte Christophe Mouysset. Jusqu’ici cette catégorie d’entreprises ne recrutait que très peu d’apprentis dans les écoles de commerce car elles n’en avaient pas les moyens.

Apprentissage : la réforme booste déjà les formations du supérieur

"Dans l’ancien système, les entreprises étaient tributaires de leur taxe d’apprentissage et une PME en avait très peu. Recruter un apprenti pouvait lui coûter jusqu’à 10.000 € soit plus de 70% du coût de la formation. De notre côté, nous ne pouvions brader les prix de nos formations sauf à mettre la clé sous la porte. Aujourd’hui le coût national de nos formations permet à une PME d’y accéder avec un reste à charge négligeable de l’ordre de 200 à 300 €". Même s’il reste tout de même la rémunération de l’apprenti, le coût n’est pas exagéré pour une PME-TPE : entre 27 et 100% du Smic selon l’âge et le niveau d’études de l’alternant.

Appeler à la rescousse la communauté des diplômés

Kedge BS prospecte donc depuis quelques mois cette cible de dirigeants de petites et moyennes entreprises en leur vantant les mérites du nouveau système de financement de l’alternance et l’intérêt d’investir dans de la main-d’œuvre qualifiée. Le coût réduit d’un apprenti peut appâter celles des PME qui auront encore assez de trésorerie d’ici deux ou trois mois et souhaitent se positionner pour profiter de la reprise économique qui pourrait intervenir d’ici deux ou tros ans : "Un étudiant de master qui arrive dans une PME apprend vite et il est multitâche : il peut intervenir sur de la finance, du marketing, des ressources humaines…", argumente Christophe Mouysset.

Enfin pour placer son surcroît d’alternants et remporter son challenge, Kedge parie aussi sur sa communauté de diplômés – les alumnis – souvent en responsabilité dans leur domaine d’expertise ou à la tête d’entreprises qu’ils ont créées ou reprises. “Nos diplômés connaissent la qualité de nos formations. Ils sont en position de nous aider. Nous leur demandons de penser à recruter nos étudiants. Depuis qu’on les sollicite nous avons de très bons retours“, conclut Christophe Mouysset.


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