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Patrice Guézou : "On ne peut pas écarter la privatisation de certaines écoles consulaires"

Cécile Peltier
Publié le
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Élections CCI
Alors que les chambres de commerce viennent de renouveler leurs représentants, elles dénoncent la réduction de leurs ressources fiscales. // ©  HAMILTON/REA
Mi-novembre, le monde consulaire a dénoncé, via les réseaux sociaux, les effets dévastateurs d'une nouvelle réduction de ses recettes fiscales. Patrice Guézou, directeur emploi formation entrepreneuriat à la CCI France, alerte sur les risques qui pèsent sur ses 150 établissements d'enseignement supérieur.

Patrice Guézou,  directeur emploi formation entrepreneuriat au sein de CCI France n'écarte pas la possibilité de nouvelles privatisations dans le secteur des écoles consulaires.CCI France et les écoles consulaires ont, de manière inhabituelle, multiplié ces derniers jours les cris d'alarme sur les réseaux sociaux. Pourquoi une telle mobilisation ?

Le PLF (projet de loi de finances) 2017 laisse planer la menace d'une nouvelle diminution de 60 millions d'euros des recettes des chambres de commerce et d'industrie, via les taxes sur la valeur ajoutée et les cotisations foncières collectées auprès des entreprises par le ministère de l'Économie.

Cette nouvelle réduction de nos ressources fiscales, conjuguée aux ponctions antérieures – notamment les 670 millions d'euros prélevés sur nos fonds propres en 2014 et 2015 – porterait à plus de 40 %, la chute de nos recettes en trois ans. Nous avons encore un mois pour peser sur le débat parlementaire et tenter de limiter cette baisse, avant le vote définitif du budget fin décembre 2016.

Quel est l'impact de cette baisse des ressources sur les 150 établissements d'enseignement supérieur gérés par les CCI ?

Les dernières ponctions ont contribué à accélérer la vente ou la fermeture de certains établissements, à opérer des coupes budgétaires importantes sur les exercices 2015, 2016 et bientôt 2017. Par exemple, les Nuits de l'orientation [salons organisés par les CCI] sont passées de 83 en 2013 à 43 prévues en 2017.

Elles ont aussi sérieusement entamé nos capacités d'investissement : ici, c'est un fablab qui n'a pas vu le jour, là, une pépinière, ailleurs, une école... Cette baisse annoncée met en péril, encore un peu davantage, nos établissements d'enseignement supérieur.

Ces dernières années, les 20 écoles de commerce consulaires ont connu un désengagement financier croissant des chambres. Faut-il craindre des fermetures ou des privatisations ?

Peut-être. Face à la baisse des ressources, les chambres tentent de continuer à jouer leur rôle d'investisseur, même si elles ne contribuent en moyenne qu'à 8 % du budget des ESC, abondé à 62 % par les frais de scolarité.

Selon les territoires, on observe trois grandes voies. La première, la plus favorable pour l'école, consiste pour la chambre à sacrifier certains autres investissements pour donner la priorité à son développement.

Une deuxième logique consiste, via la création d'un EESC (établissement d'enseignement supérieur consulaire), à faire entrer de nouveaux investisseurs au capital, tout en gardant la maîtrise de la gouvernance. HEC, Burgundy School of Business (ex-ESC Dijon), Toulouse Business School ou Grenoble École de management sont récemment passées sous ce statut. 

C'est un tour de table difficile à constituer.
Tout dépend du poids de l'école à l'échelon territorial, de la valeur de sa marque, des entreprises de l'écosystème et de leur intérêt à rentrer dans le conseil d'administration, mais aussi de la présence d'un réseau d'alumni puissant et d'une fondation. En tout cas, ce n'est certainement pas la recette miracle pour lever les moyens colossaux nécessaires aujourd'hui au développement d'une business school.

Une troisième voie se situe dans des rapprochements, de l'ordre de celui à l'œuvre actuellement entre Novancia et ESCP Europe.

Certains établissements restent fragiles, faute de financements ou de perspectives de croissance clairement établies.

Un "rapprochement" ? Dans cet exemple, il s'agit plutôt d'une "absorption"...

Oui, si voulez, mais cette situation, qui n'amuse personne au sein de la CCIP Île-de-France, est le meilleur moyen trouvé pour valoriser au maximum le potentiel de ces écoles. À l'heure où les Bachelors représentent un facteur de croissance pour beaucoup d'écoles de management, celui qui sera proposé à compter de la rentrée 2017 sur le campus parisien d'ESCP Europe est très prometteur.

Une dernière solution consiste, pour les CCI, à rester partenaire minoritaire de l'école en s'adossant à un établissement privé, comme récemment Brest Business School avec le groupe chinois Weidong Cloud Education.

Ce scénario a-t-il des chances de se reproduire ?

Les CCI sont indépendantes, il n'y a pas de consigne nationale qui consisterait à fermer ou à fusionner certaines écoles, mais l'on ne peut pas écarter des logiques de privatisation...Certains établissements restent fragiles, faute de financements ou de perspectives de croissance clairement établies.

Les CCI gèrent aussi 142 CFA (centres de formation d'apprentis). Courent-ils les mêmes risques ?

La baisse des recettes issues des CCI (taxe pour frais de chambres et taxe d'apprentissage, qui assurent en moyenne 60 % de leurs ressources) menace l'équilibre des CFA. Et va les contraindre à se tourner davantage vers les Conseils régionaux et les branches professionnelles, avec la possibilité de voir de nouveaux centres fermer leurs portes...

Quoi de neuf après les élections consulaires ?

Du 20 octobre au 2 novembre 2016, les entreprises étaient appelées à élire leurs représentants dans les chambres de commerce et d'industrie pour un mandat de cinq ans. Même si le taux de participation au scrutin n'a pas dépassé 12,4 % au niveau national, c'est chose faite.

Ces changements de visages pourraient signifier des inflexions dans la gouvernance de certaines ESC. À surveiller d'autant plus près que les écoles sont fragiles. À Clermont-Ferrand, la nouvelle mandature s'était engagée dans ses promesses de campagne à soutenir son ESC.


Cécile Peltier | Publié le

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