P. Berta : "Le Covid-19 relance le débat sur la création d’un grand institut des sciences médicales"

Guillaume Mollaret
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P. Berta : "Le Covid-19 relance le débat sur la création d’un grand institut des sciences médicales"
La recherche française espère que la crise sanitaire actuelle permettra de mener un travail de fond. // ©  DEEPOL by plainpicture/Phil Boorman
Philippe Berta, député du Gard, préside le groupe de travail sur la recherche sur le Covid-19. Généticien, et professeur des universités attaché à l’université de Nîmes, il revient sur sa mission et les enjeux de recherche autour du virus qui paralyse le monde. Entretien.

Comment s’organise votre groupe de travail ?

 // © Photo fourni par le témoin

L’objectif de notre mission est d’informer les 70 députés de la Commission "culture, éducation, enseignement supérieur et sport", et son président, des avancées de la recherche sur le Covid-19. Il s’agit d’une mission purement informative. Dans ce cadre, nous menons, en visioconférence, des auditions de personnalités que nous invitons. Je réalise également des auditions non officielles pour essayer de récupérer un maximum d’informations que je restituerai également.

La recherche est souvent une affaire de temps long. Dans le cadre du Covid-19, l’opinion publique et les décideurs politiques mettent une pression particulière pour des résultats rapides. L’organisation de la recherche française est-elle adaptée à cette urgence ?

Gilles Bloch, le président de l’Inserm, nous a expliqué qu’il y avait eu une réactivité forte du monde scientifique… Je reste cependant un peu dubitatif. Il me semble un peu compliqué en France de mettre rapidement en cohésion, universités, institut Pasteur, CNRS, Inserm, IRD (institut de recherche pour le développement)…

Il faut à mon sens rééquilibrer les crédits de recherche.

Cela relance un vieux débat sur la création d’un grand institut des sciences médicales qui soit le couvert de l’ensemble de ces activités. Vous me direz qu’il existe l'Alliance pour les sciences de la vie et de la santé (Avisan) mais on voit bien qu’elle n’est pas très opérationnelle.

Coronavirus : les laboratoires de recherche universitaires se mobilisent

Concrètement, que peut changer cette pandémie au financement de la recherche ?

Au début des années 2000, les financements de recherche autour du SRAS, qui emprunte le même chemin que le Covid-19, se sont brutalement arrêtés car la pandémie – et c’est heureux – ne s'est pas répandue de manière aussi grave que prévu. On sait aujourd’hui que ces recherches, si elles s’étaient poursuivies, auraient fait gagner un temps fou à nos chercheurs. Aussi, il faut à mon sens rééquilibrer les crédits de recherche.

On le sait, aujourd’hui sans financement de l’ANR (agence nationale de recherche), un laboratoire vivote. Le fonctionnement récurrent des laboratoires doit être financé. Les crédits contractuels de l’ANR doivent être un plus, pas une condition de survie. Le constat est cruel car l’école de virologie française est une des meilleures du monde. Pourtant, aucun antiviral français n’a récemment été mis sur le marché car les moyens d’une recherche de phase II ou de phase III se trouvent aux Etats-Unis et en Asie.

Quelle suite envisagez-vous à cette mission dite d’information ?

Une telle décision ne m’appartient pas mais je souhaiterais poursuivre cette mission afin de mener à bien un travail de prescription vis-à-vis de l’exécutif gouvernemental. Certaines articulations entre le monde académique, industriel et politique se font mal. Le travail mené durant ces deux mois doit nous servir à voir plus loin.


Guillaume Mollaret | Publié le

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