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Coronavirus : les laboratoires de recherche universitaires se mobilisent

Guillaume Mollaret
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Coronavirus : les laboratoires de recherche universitaires se mobilisent
Un fonds d'urgence de 50 millions d'euros pour soutenir la recherche contre le Covid-19 vient d'être débloqué. // ©  DEEPOL by plainpicture/Christian Vorhofer
Pour faire face à la pandémie, les laboratoires de recherche se mobilisent. Ils sont nombreux à avoir répondu aux appels à projet lancés par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Vingt projets ont été retenus à ce jour.

Pandémie oblige, la plupart des laboratoires de recherche universitaire et autres UMR sont aujourd’hui fermés. Il en reste cependant certains pleinement actifs pour trouver des solutions à la pandémie de Covid-19.

Un fonds d’urgence débloqué

Mi-mars, lors de leur visite à l’Institut Pasteur, Emmanuel Macron, président de la République et Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, ont annoncé un fonds d’urgence de 50 millions d’euros pour les recherches engagées contre l’épidémie, ainsi que l’augmentation de 5 milliards d'euros du budget annuel de la recherche publique à horizon dix ans. "A terme ce seront donc 25 milliards d’euros supplémentaires qui seront investis dans la recherche publique", précise le ministère.

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Rapidement, les services de Frédérique Vidal ont donc lancé Reacting, un appel à projets où 20 travaux de recherche ont été sélectionnés avec financement à la clé. Quatre grandes thématiques scientifiques sont visées :

  • Projets de recherche à visée diagnostique, clinique et thérapeutique ;
  • projets de recherche en épidémiologie ;
  • projets de recherche fondamentale ;
  • projets de recherche en sciences humaines et sociales.

Financer plusieurs axes de recherche

Parmi les premiers dossiers retenus, deux sont réalisés en partenariat avec l’université Paris-Saclay, dont l’UVSQ et l’Université d’Evry-Val d’Essonne sont membres associés. L’un d’eux concerne la "mise au point d'un réplicon pour le coronavirus Covid-19". Ce travail de recherche fondamental est mené par le Pr Jean-François Eleouët au sein d’un laboratoire associant Inraé et UVSQ. "Nous avons reçu immédiatement un soutien de 30.000 euros de la part du ministère, ce qui est, dans un premier temps, suffisant", explique-t-il.

"Au total une vingtaine d’équipes a postulé à des appels d’offre ou bien est en passe de le faire", précise Thierry Doré, vice-président recherche et valorisation à l’Université Paris-Saclay. L’établissement expérimental a, dans le contexte sanitaire actuel, décidé de positionner sa recherche sur trois axes.

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"Il s’agit d’une part de soutenir les équipes pouvant éventuellement fournir une réponse immédiate ; de soutenir d’autre part des équipes travaillant sur les aspects sociologiques et économiques de la remise en route de nos sociétés après la crise ; et enfin de mener une réflexion sur la façon dont cette pandémie va redessiner notre politique de recherche", précise-t-il. Ainsi, pour financer des travaux, l’université, vise, avec ses composantes, à réunir environ 800.000 euros sur fonds propres qui lui permettraient de travailler pleinement sur ces trois dimensions.

A l’Université Grenoble Alpes (UGA), une autre stratégie, hors appel à projets Reacting, est mise en œuvre. Ici, l’UMR TIMC-IMAG (CNRS, UGA, Vetagro Sup, Grenoble INP, CHU) a sollicité la fondation de l’université pour financer une étude clinique pilote sur les biomarqueurs d’aggravation du covid-19.

"En cinq jours, nous avons réussi à lever 150.000 euros auprès de nos partenaires de la fondation Air liquide, fondation bioMérieux, des caisses régionales de la caisse d’Epargne et de la Banque populaire", explique la directrice de la fondation, Anne-Catherine Ohlmann, qui poursuit cette collecte sur le site de la fondation par un appel aux particuliers et aux autres entreprises.

De son côté, l’université Jean-Monnet de Saint-Etienne a débloqué 300.000 euros pour acheter un microscope confocal à balayage laser promis au laboratoire Groupement sur l'immunité des muqueuses et agents pathogènes (GIMAP) installé au sein de la faculté de médecine.

La recherche sociale également en première ligne

Sur le plan pratique, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, un robot Pepper, équipé d’un système audio et vidéo, programmé par l’Institut des systèmes intelligents et de robotique (Sorbonne Université, CNRS et Inserm) permet aux familles de visiter virtuellement leurs proches dans le service de réanimation du Pr Jean-Michel Constantin. Un outil précieux alors que 130 personnes environ (contre une capacité de 60 lits en temps normal) sont actuellement hospitalisées dans ce service de l’AP-HP, un établissement hospitalo-universitaire.

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Par ailleurs si les sciences dites "dures" liées au secteur médical sont en première ligne, le champ de la recherche sociale n’est pas en reste d’initiatives. A l’instar du travail engagé par l’Université Paris-Saclay, le réseau national des Maisons des sciences de l’homme (MSH) poursuit ses activités.

Sous l’impulsion de la MSH-Alpes (Grenoble), en partenariat avec l'Observatoire de la Parentalité et du Soutien à la Parentalité (OPSP) de la MSH, une plateforme, destinée aux parents et aux professionnels de la petite enfance, est mise en ligne sur un site Internet dédié : www.enfance-et-covid.org. Il propose des fiches pratiques et des vidéos à partager réalisées par des spécialistes (pédiatres, professionnels de la petite enfance, psychologues), tels que Boris Cyrulnik, afin de "proposer des astuces bénéfiques et positives en cette période de confinement."

Par ailleurs, l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), dans son rôle, vient de publier quatre articles dans ses Carnets, tout en proposant une bibliographie destinée à nourrir les réflexions sur la pandémie en cours.

Une solidarité à tous les étages
Au-delà des laboratoires, de nombreuses écoles d’ingénieurs élaborent, dans leurs fab labs, des montures pour visières de protection à destination des personnels soignants, des bobines de fils polymères pour alimenter les réseaux d’imprimantes 3D (IMT Mines Alès), des valves à destination sanitaire (Pôle Léonard de Vinci), du gel hydroalcoolique (faculté de pharmacie de l’université de Rouen). D’autres établissements offrent des masques et équipements personnels de protection (Université de La Rochelle, Montpellier BS). De grandes écoles, à l’instar de Polytechnique, font don de masques FFP2 et collectent des fonds et matériels médicaux.


Guillaume Mollaret | Publié le

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