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P. Cordazzo : « Face à la hausse des effectifs d’étudiants, il faut davantage d’enseignants »

Marie-Alix Maes
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Université Paris Descartes Paris 5
Les prévisions démographiques anticipent une surpopulation étudiante, qui n'est pas suffisamment accompagnée d'une hausse des effectifs des enseignants. // ©  Camille Stromboni
Philippe Cordazzo, professeur de démographie à l’université de Strasbourg, revient sur les facteurs de croissance de la population étudiante, les perspectives à venir et les moyens à mettre en œuvre pour répondre à la croissance des effectifs.

En 2017, il y avait 2,7 millions d’étudiants en France, contre 1,7 million en 1990. Quels sont les facteurs de cette forte croissance ?

 // © Photo fournie par le témoin

Depuis les années 1990, règne l'idée que 80% d’une génération doit obtenir le bac et que le diplôme est la première protection contre le chômage, ce qui est vrai. Or, si davantage de personnes obtiennent leur bac, davantage poursuivent dans l’enseignement supérieur. Par ailleurs, depuis 1995, le taux de fécondité est élevé : autour de deux enfants par femme. Les deux plus fortes générations de ces dernières années, les enfants nés en 2000 et 2001, arrivent actuellement dans le supérieur.

L'allongement de la durée des études n'est-il pas aussi en cause ?

Tout à fait. Les générations récentes poursuivent plus fréquemment après le bac. Il existe des parcours pour chacun, notamment avec le développement de l’apprentissage. La durée des études s’est petit à petit allongée. Auparavant, il existait le DEUG (bac+2), désormais il y a la licence (bac+3).

Lire aussi : Un imprévisible "choc démographique des universités"

Lorsqu’on interroge les jeunes aujourd’hui, ils déclarent viser le Master. Ils restent donc dans le supérieur plus longtemps ce qui fait mécaniquement augmenter la population étudiante. La réorientation contribue aussi à l’allongement de la durée de vie étudiante.

Quelles sont les conséquences d'une telle croissance sur l'accueil des étudiants ?

Les universités commencent à voir leurs capacités d’accueil dépassées. Outre la question des capacités d’accueil, se pose celle des capacités d’encadrement : ces dernières années, des politiques de non-remplacement des enseignants et encadrants partis à la retraite ont été menées.

Il faut s’attendre à environ 300.000 étudiants en plus en 2034

Par ailleurs, on constate que certaines filières – médecine, droit, STAPS – sont particulièrement en tension. Des efforts en faveur de l’orientation sont réalisés au lycée mais cela ne semble pas suffisant.

A quoi peut-on s'attendre pour les années à venir ?

D’après les calculs réalisés à partir des projections de l’INSEE, la population étudiante au sens large (18–29 ans) devrait continuer à augmenter jusqu’en 2034. Cette année marquera un seuil à partir duquel le nombre d’étudiants devrait commencer à décroître. J’ai réalisé ces calculs en formulant l’hypothèse que la proportion de la population des 18–29 ans qui a son bac et poursuit en études supérieures va rester stable par rapport aux dernières années, il semble difficile d’atteindre plus de 80% d’une classe d’âge au bac.

Cela signifie qu’il faut s’attendre à environ 300.000 étudiants en plus, en 2034. Il peut toujours y avoir des effets de conjoncture qui perturbent ces prévisions mais nous ne pouvons pas les prévoir. Je vois une autre hypothèse qui pourrait affecter à la baisse la croissance de la population étudiante : la hausse des coûts des études supérieures. Pour l’instant, les frais de scolarité restent stabilisés pour les étudiants français, mais la Cour des comptes préconise de les augmenter.

On peut répondre à la hausse des effectifs sans construire de nouvelles universités mais en augmentant le nombre d’enseignants

Quelles mesures faudrait-il mettre en œuvre pour accueillir sereinement cette population étudiante en croissance ?

Je ne pense pas qu’il faille construire plus d’universités. Déjà, parce qu’on considère qu’il faut environ 5 ans pour construire un bâtiment qui ne soit pas du préfabriqué. Ensuite, parce que la construction nécessite de l’espace. Certains campus sont saturés et, pour des raisons environnementales, on ne peut pas construire partout non plus. Enfin, si de nouveaux amphis et salles sont construits mais qu’il n’y a pas plus d’enseignants pour donner les cours, cela ne sert à rien.

Je pense donc qu’on peut répondre à la hausse des effectifs sans construire de nouvelles universités mais en augmentant le nombre d’enseignants, de chargés de cours et autres encadrants. On peut également jouer sur l’organisation à l’université. Les grandes promotions peuvent être séparées en deux groupes et les emplois du temps organisés en conséquence : l’un a cours le matin, l’autre l’après-midi. Si l’on veut mener une politique d’excellence et croire que le futur, c’est la jeunesse, alors il faut davantage d’enseignants pour les encadrer.


Marie-Alix Maes | Publié le

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