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Un imprévisible "choc démographique des universités" ?


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Des étudiants de l'université Paris 3 // © Sorbonne-Nouvelle / E.Prieto
Des étudiants de l'université Paris 3 // © Sorbonne-Nouvelle / E.Prieto // ©  Sorbonne-Nouvelle / E.Prieto

Sur le site de "The Conversation France", Sophie Orange, maître de conférences en sociologie à l'université de Nantes, et Romuald Bodin, maître de conférences en sociologie à l'université de Poitiers, soulignent "le décalage récurrent entre un discours très ancien sur les filières du supérieur en général et sur l'université en particulier et la réalité du fonctionnement de l'enseignement supérieur".

"En cette rentrée 2015, l'Université française bat un nouveau record. On annonce une augmentation d'environ 50.000 étudiants en première année. La surprise est telle pour certains que le secrétaire d'État chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Thierry Mandon, n'a trouvé d'autres termes que ceux d'"alerte" et de "choc" pour décrire cette rentrée ("Je lance une alerte, le choc démographique de l'université aujourd'hui mérite qu'on soutienne financièrement de manière pérenne et sécure les établissements").

Cette hausse des demandes d'inscription a par ailleurs, dans un contexte d'autonomie des Universités et d'austérité budgétaire, entraîné de nombreux problèmes : plusieurs milliers d'étudiants encore sans réponse pour leur affectation à la fin de l'été, amphithéâtres et salles de cours surchargés en ce premier mois de septembre (laissant parfois des étudiants dans les couloirs ou les obligeant à travailler à même le sol), tirage au sort et autres formes de sélection implicites en amont.

À première vue, pourtant, cette hausse aurait pu être anticipée. Elle n'est en effet ni incompréhensible, ni tout à fait soudaine. De fait, le nombre d'élèves entrant à l'Université augmente chaque année depuis 2009. En 2010, la hausse était déjà de 10.000 étudiants, en 2013 et 2014 de 30.000 chaque année. Sans parler du récent dispositif APB (Admission Post-Bac) qui est censé faciliter la gestion des nouveaux flux de bacheliers.

Comment expliquer alors et la surprise des commentateurs et le manque d'anticipation de nos responsables ? Tout simplement par le décalage récurrent qui existe entre un discours très ancien sur les filières du supérieur en général et sur l'Université en particulier et la réalité du fonctionnement de l'enseignement supérieur.

En projetant son écran de fumée sur la dynamique réelle des filières du supérieur, ce discours et ces idées reçues nous conduisent à voir se reproduire inlassablement, décennie après décennie, les mêmes débats et les mêmes aveuglements.

La crise des vocations universitaires

La chose semblait donc entendue depuis longtemps : il y a une crise des vocations universitaires. Seule filière (ou ensemble de filières) non sélective de l'enseignement supérieur, organisée autour de disciplines bien trop éloignées de la réalité du marché du travail, l'Université aurait perdu tout crédit.

Et les bacheliers, dès qu'ils en auraient l'opportunité, opteraient pour un cursus non universitaire. Dès lors, les universités seraient condamnées non seulement à recueillir de moins en moins d'étudiants, mais aussi des étudiants de plus en plus faibles scolairement car s'inscrivant faute d'avoir pu accéder à une filière sélective (ce qui expliquerait par ailleurs les forts taux d'abandon et de redoublement en première année de licence – la boucle est ainsi bouclée). À y regarder de près, les choses sont pourtant bien moins simples. Sans pouvoir entrer ici dans le détail, soulignons quelques points importants.

La baisse des inscriptions dans les premiers cycles universitaires observée dans les années 2000 est bien plus liée à un effet d'offre qu'à une hypothétique crise des vocations. En effet, de nombreuses écoles et formations ont vu le jour, notamment au sein d'un secteur privé de l'enseignement supérieur florissant, produisant 'mécaniquement' une dispersion des orientations à l'issue du baccalauréat.

Ceci étant, cette concurrence d'écoles et de formations sélectives, n'a pas contribué, contrairement à ce que l'on dit souvent, à détourner prioritairement les meilleurs bacheliers (du point de vue de leur profil scolaire, mais aussi social) de l'Université, ni à voir les premiers cycles universitaires envahis par des étudiants les plus fragiles et les moins bien préparés.

Cette diversification de l'offre a surtout absorbé une large part des 'nouveaux bacheliers' (bacheliers technologiques et professionnels) aspirant à une poursuite d'études, et ce au sein des STS (Sections de technicien supérieur), des écoles paramédicales et sociales, ou encore de très nombreuses petites écoles de commerce et de gestion."

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The Conversation
The Conversation vient de lancer son site en français. Ce nouveau média veut "éclairer l'actualité" grâce à "une collaboration étroite" entre journalistes, universitaires et chercheurs. Il vit grâce aux financements d’institutions universitaires, de dons et de subventions. Ses membres fondateurs : la CPU, l’Institut universitaire de France, PSL, l'université Paris-Saclay,  l'université de Lorraine et Sorbonne Paris Cité.

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