S. Stourdzé (Villa Médicis) : "Les filières professionnelles sont des formations d’excellence dont on peut être fier"

Etienne Gless
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S. Stourdzé (Villa Médicis) : "Les filières professionnelles sont des formations d’excellence dont on peut être fier"
La Villa Médicis en accueilli en résidence pendant une semaine 300 lycéens professionnels de Nouvelle-Aquitaine. // ©  Etienne Gless
La Villa Médicis a accueilli en mai 300 lycéens professionnels de la filière bois de Nouvelle-Aquitaine en résidence pour une semaine. Pour EducPros, Sam Stourdzé, son directeur, revient sur la création de ce programme pédagogique construit dans le cadre d'un partenariat public-privé. Une initiative de revalorisation de la voie professionnelle qui a vocation à perdurer et monter en puissance. A terme, La Villa Médicis compte accueillir 1.200 élèves par an.

En mai, vous avez accueilli des élèves de la filière bois de Nouvelle-Aquitaine en résidence pour une semaine. Aviez-vous déjà l'habitude d’accueillir des publics scolaires à la Villa Médicis ?

Sam Stourdzé, directeur de la Villa Médicis // © Etienne Gless

Absolument. La Villa Médicis dispose d’un service pédagogique et fait visiter ses lieux. Nous accueillons 100.000 visiteurs par an parmi lesquels 12.000 scolaires, 6.000 Français et 6.000 Italiens.

Ce sont des classes qui viennent pour des visites de deux heures très classiques. Mais avec ce programme de "résidence pro", la Villa Médicis sort de sa zone de confort.

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer ce programme à destination d’un jeune public des filières professionnelles ?

Il y a un an et demi, nous avons eu la volonté de mener un projet plus inclusif et soucieux de l’égalité des chances. Nous avons décidé de nous ouvrir à un public qui n’a pas forcément la chance de découvrir Rome avec sa famille. C'est ainsi qu'est venue cette idée de créer une semaine de résidence à la Villa Médicis pour 300 élèves de lycées professionnels accueillis en même temps.

Nous avons décidé de nous ouvrir à un public qui n’a pas forcément la chance de découvrir Rome avec sa famille.

La Villa Médicis est très connue dans les milieux autorisés et notamment à Paris. Mais plus on s’enfonce dans les territoires et moins elle est connue. Ce projet nous permet d’aller dans des zones auprès de populations et d’acteurs locaux pour lesquels la Villa Médicis est très éloignée. Les classes qui reviennent de "résidence professionnelle" la font connaitre et partageront leur expérience.

VIDEO : 300 élèves de la voie professionnelle présentent leurs projets de chefs-d'œuvre à la Villa Médicis

En quoi ce programme est-il différent des traditionnelles visites scolaires ?

Les "résidences pro" sont une approche très semblable à celle de notre mission d’accueil d’artistes pensionnaires qui viennent y travailler et pratiquer leur art durant un an. Nous parlons aux lycéens accueillis en "résidence pro" de nous et de ce qui se passe à la résidence. Nous leur parlons d’eux et de leur futur métier.

Nous avons organisé cette première résidence avec la région Nouvelle-Aquitaine et l'avons thématisée autour de la filière d’excellence du bois. Les élèves ont travaillé depuis le mois de septembre avec leur classe et dans leur établissement à préparer ce voyage, à construire et imaginer un chef-d’œuvre.

Le séjour à Rome à la Villa Médicis du 9 au 13 mai a donc été un peu l’aboutissement de cette année de travail ?

Tout à fait. Ce voyage a commencé dès le dimanche dans chacun des 15 établissements sélectionnés sur tout le territoire de la Nouvelle-Aquitaine. Le lendemain, après 25 heures de bus, ils arrivent le lundi après-midi à Rome. Commence alors pour eux une semaine d’émerveillement. Il fallait voir l'effet de sidération chez certains quand ils sont arrivés ici dans ce lieu qui est un des plus beaux du monde !

Sur le sujet de la revalorisation des filières professionnelles, il faut agir de manière massive. En vitesse de croisière, nous voulons accueillir 1.200 jeunes par an en résidence.

Leur maison pendant une semaine c’est la Villa Médicis et ses jardins. Mais évidemment, nous n'avons pas pu tous les loger sur place. Les lycéens ont été répartis un peu partout dans la ville mais c’est bien la Villa le point de ralliement.

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Quel programme d'activités avez-vous concocté pour cette semaine de résidence ?

Nous avons prévu un programme dense avec des ateliers pratiques, des conférences, des parcours exploratoires dans la ville, des visites des sites romains, des rencontres avec les pensionnaires de la Villa et bien sûr des moments festifs et conviviaux. Un des ateliers pratiques était consacré à l’éloquence, la prise de parole en public.

L'objectif : leur apprendre à se saisir d'un sujet, le synthétiser et le restituer à une audience que l’on soit un manuel, un intellectuel, un jeune ou un vieux. Maîtriser cette compétence est un plus dans la vie. Les élèves sont venus ainsi parler de leurs projets de chefs-d’œuvre devant une audience de plus de 300 personnes entre les élèves, les enseignants, les personnels de la Villa.

Pour monter ce projet, vous n’avez pas sollicité les ministères de l’Education nationale ou la Culture. Vous avez choisi de travailler en partant de la base avec les acteurs en régions. Pourquoi ?

Nous aurions pu essayer d’intéresser les plus hautes autorités à ce genre de projet pour tenter de le monter. Mais par expérience cela demande trois ou quatre fois plus de temps. Sur ce projet, on a voulu être extrêmement pragmatique et être réactif. Résultat, il a été monté en un an et demi, entre le moment où l’idée a germé et où les 300 élèves ont été accueillis.

Pour avoir ce niveau d’efficacité, nous sommes passés directement par les régions qui ont la tutelle des lycées et pouvaient valider le projet. Mais je crois que fort de cette première édition, nous remonterons cette expérience auprès des autorités de tutelle – ministère de la Culture pour la Villa Médicis, ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse pour s’assurer qu’ils puissent nous soutenir pour la seconde édition. Pas forcément financièrement.

Ce projet a un coût important. Comment est-il financé ?

Oui cela coûte cher. Nous avons fait venir pendant une semaine à Rome 300 élèves. Il faut les transporter, les loger, les nourrir et créer un programme assez ambitieux d’activités. Les coûts de ce genre de voyage sont toujours les mêmes en Europe. Cela tourne pour une semaine autour de mille euros par élève, ce qui vous donne une idée de l’enveloppe qu’il faut mobiliser…

Ce projet de résidence pro est aussi une manière de rappeler que les formations professionnelles sont des filières d'excellence.

Le premier financement est venu des régions qui ont très vite mobilisé les rectorats des régions académiques. Puis nous sommes allés chercher des opérateurs privés comme la fondation BNP Paribas et la fondation Bettencourt pour compléter le budget dont nous avions besoin. Nous avons aussi eu le soutien de la maison de luxe Cartier.

Les partenaires privés sont certes très importants financièrement mais aussi en termes d’expertise. BNP Paribas a ainsi un fort maillage d’agences bancaires. Ainsi, dans les villes des lycées sélectionnés, l’agence bancaire a pu annoncer les établissements scolaires sélectionnés et parler de ce projet.

Quel est votre retour d'expérience après cette première "résidence pro" ? Que vous apportent ces jeunes de leur côté ?

Les élèves apportent beaucoup en retour aux équipes de la Villa Médicis et à moi-même. D'abord ils nous obligent à nous reposer un certain nombre de questions, à nous remettre en cause pour monter ce type de dispositif. : comment les intéresser, captiver leur attention, comment leur être utile…

Ensuite les discussions, les échanges avec eux ont été très riches. Lors de la soirée de présentation de leurs projets de chefs-d'œuvre, certains élèves ont été très ambitieux et inspirés par Rome. Une des classes a présenté une véritable architecture : un dôme qui s'élève à huit mètres de haut gonflable et installé sur une structure de bois pouvant accueillir 300 personnes. La prouesse technique, l'ingénie derrière ce projet nous rappelle que les formations auxquelles ils se destinent sont des formations à des métiers d'excellence. Ce projet de résidence pro est aussi une manière de rappeler que les formations professionnelles sont des filières d'excellence.

Ce programme a-t-il vocation à être pérennisé ?

Oui, clairement. Il a vocation non seulement à perdurer mais à monter en puissance. Cette année nous avons accueilli 300 élèves et une vingtaine de classes issue d’une région. En vitesse de croisière nous aimerions monter jusqu’à quatre régions accueillies, soit 1.200 élèves sur quatre semaines.

Nous pensons que sur ces sujets de revalorisation des filières professionnelles, il faut agir non pas de manière chirurgicale. Accueillir une ou deux classes et 50 élèves c’est facile. Mais il nous paraît essentiel de pouvoir toucher le plus grand nombre. En tout cas dès l’année prochaine, pour la saison 2022–2023, deux régions seront au rendez-vous : 600 élèves issus de Grand Sud-Paca et de la région Grand Est participeront au dispositif.


Etienne Gless | Publié le