Accusation de racisme : l'Unef peut-elle être dissoute ?

Amélie Petitdemange
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Accusation de racisme : l'Unef peut-elle être dissoute ?
Des parlementaires ont réclamé la dissolution du syndicat étudiant Unef en raison de "réunions non mixtes racisées". // ©  Come SITTLER/REA
Des parlementaires ont demandé, le 18 mars, la dissolution du syndicat étudiant Unef en raison de "réunions non mixtes racisées". Une volonté politique qui est difficilement applicable au plan légal.

Des parlementaires de droite et d'extrême-droite ont demandé la dissolution de l'Unef, jeudi 18 mars, dénonçant la tenue de "réunions non mixtes racisées" au sein du syndicat étudiant.

"C’est profondément scandaleux", a abondé le lendemain le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, sur BFM-TV-RMC. "La République française repose sur des principes que nous considérons comme intangibles (…). On ne distingue pas les gens en fonction de la couleur de leur peau". Jean-Michel Blanquer souhaite porter cette affaire devant la justice et a évoqué "des évolutions législatives" pour faire interdire ces réunions.

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Lutter contre les discriminations

Selon Adrien Liénard, vice-président de l’Unef, ces groupes de parole sont justement des outils pour lutter contre les discriminations au sein de l'Unef. "Il s'agit de libérer la parole des victimes de discrimination. Ces groupes réunissent uniquement des militants de l'Unef, afin de soulever des problèmes de sexisme, de racisme et de LGBT phobie".

Ces réunions ont vu le jour dès 2010, à l'époque entre femmes, afin d'échanger sur le sexisme qu'elles pouvaient observer au sein du syndicat. Le principe a ensuite été élargi aux personnes noires et aux LGBT.

Libérer la parole

"L'Unef n'est pas épargnée par les agressions sexuelles et les viols. Ces rassemblements révèlent aussi des discriminations dont on ne se rend pas compte sans laisser la parole aux victimes. Nous avons réalisé que les femmes sont moins écoutées en réunion, ou qu'elles s'occupent souvent de la nourriture lors des événements", explique Adrien Liénard.

Ces groupes réunissent uniquement des militants de l'Unef, afin de soulever des problèmes de sexisme, de racisme et de LGBT phobie (A. Liénard, Unef)

Selon lui, la présence d'hommes empêcherait certaines prises de parole. Même cas de figure lors de réunion sur le racisme, où une personne blanche pourrait rétorquer que telle phrase "n'était qu'une blague". Il affirme, cela dit, que ces réunions sont ouvertes à toute personne qui se sent discriminée. "Une personne blanche, qui aurait subi de l'antisémitisme, pourrait par exemple s'y rendre".

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"Cette dissolution relève de la science-fiction"

Ce genre de regroupements peut-il être interdit, comme le souhaite Jean-Michel Blanquer ? Peuvent-ils mener à une dissolution de l'Unef ?

"Tant qu'il s'agit d'une réunion pacifique où il n’y a pas de propos haineux, l'arsenal législatif ne permet pas de l'interdire. Avec les textes de lois actuels, la dissolution du syndicat ou l'interdiction de ces réunions relève de la science-fiction", affirme Aurélie Carlier, avocate au cabinet Fidal.

Le texte du code de sécurité intérieure prévoit en effet la dissolution d'un groupement s'il provoque "la discrimination, la haine ou la violence envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée".

Des réunions privées

L'avocate pointe par ailleurs le caractère privé de ces réunions. "Les syndicats sont considérés comme des personnes de droit privé. Les réunions que tiennent les syndicats sont donc des réunions privées. Tant qu'elles ne sont pas organisées dans un lieu mis disposition par une collectivité, comme une salle municipale, le syndicat fait ce qu'il veut", explique Maitre Carlier.

Tant qu'il s'agit d'une réunion pacifique, l'arsenal législatif ne permet pas de l'interdire. (A. Carlier, avocate)

Interrogé sur ce point, le vice-président de l'Unef précise que ces réunions ont en effet lieu "à distance ou dans des appartements de personnes de l’Unef". Il estime par ailleurs que cette polémique est une "grosse caricature qui empêche un débat de fond sur le racisme". Il s'agirait aussi de détourner le regard des questions du financement de l’enseignement supérieur et de la précarité étudiante.

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Une subvention menacée ?

La subvention versée à l'Unef a également été pointée par le député LR des Bouches-du-Rhône, Eric Diard. "Plus de 630.000 euros (…) pour développer le séparatisme?", a-t-il lancé.

Ce point est plus sensible légalement, comme l'explique Aurélie Carlier. "Il faut examiner les conditions légales de ces subventions car elles peuvent être subordonnées à certaines conditions. Mais s’il n’y en a pas, le syndicat fonctionne comme les dirigeants et les membres le désirent".

A ce jour, le député LR du Vaucluse, Julien Aubert a saisi le procureur de la République concernant ces réunions non mixtes mais l'Unef n'a "rien reçu de la part de la justice".


Amélie Petitdemange | Publié le