Affelnet : réforme injuste ou mal comprise ?

Séverine Maestri
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Lycée Louis-le-Grand (Paris) - ©lycée Louis-le-Grand
Le lycée Lous-le-Grand comme celui d'Henri IV intègre la plateforme Affelnet à la rentrée 2022. // ©  Lycée Louis-le-Grand
Depuis sa mise en place en 2008, Affelnet n’a cessé de susciter, année après année, la colère des parents, des élus, du personnel enseignant… Une réussite pour certains, un cauchemar pour d’autres. Comme la vérité est souvent entre les deux, EducPros fait le point sur la réforme d'Affelnet et les enjeux de cette plateforme, à la suite de la conférence de presse du recteur de Paris, Christophe Kerrero.

La réforme d'Affelnet en 2020 continue à faire parler d'elle. Et pour cause deux lycées prestigieux – Henri IV et Louis-le-Grand – ont intégré la plateforme en 2022 alors qu'ils recrutaient jusque-là leurs élèves indépendamment, sur dossier. Cette réforme qui a notamment pour vocation de favoriser la mixité sociale des lycées reste donc en demi-teinte. EducPros fait le point.

Objectif de favoriser la mixité sociale

La réforme d'Affelnet a été menée en 2020 pour une mise en place en 2021. Exit alors la répartition de Paris en districts, qui sont remplacés par trois secteurs, affinant ainsi la carte d'affectation. Ainsi, même si pour l'élève, c'est le collège de secteur qui fait référence dans le choix du lycée (secteur 1), chaque famille peut formuler jusqu'à dix vœux y compris dans des lycées plus éloignés (secteurs 2 et 3).

Des points sont par ailleurs attribués en fonction de trois nouveaux critères : la localisation du collège d'origine en priorité, le bonus IPS (Indice de positionnement social) qui remplace la prise en compte de la zone REP ou REP+ et octroie un certain nombre de points aux collèges les plus défavorisés et, enfin, les résultats scolaires.

Les objectifs de cette réforme visent alors à renforcer le degré de satisfaction des familles, favoriser la proximité géographique, favoriser la mixité sociale des lycées et lutter contre la ségrégation scolaire entre lycées parisiens.

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Une réforme contre les bons élèves ?

Mais cette réforme passe mal. Elle est notamment accusée de "pousser les familles parisiennes à fuir vers le privé", voire pire, de les contraindre à "l’exode" hors de Paris et surtout de pénaliser les bons élèves qui n'obtiennent pas leur premier choix de lycée.

"Nous habitons dans le 11e arrondissement et le lycée de mon fils se trouve dans le 12e. Il aurait pu avoir un lycée à dix minutes à pied de la maison ; là il doit faire un quart d’heure en métro. On a eu l’impression d’une loterie. Les professeurs nous avaient pourtant assurés toute l’année qu’avec ses notes il aurait son premier choix, mais ça a été la douche froide", témoigne ainsi la mère d'un élève dont la moyenne s'élevait à 16 et qui a eu son cinquième choix de lycée.

Cependant, certains collèges notent les améliorations apportées par la réforme. Dans le 12e arrondissement de Paris, le collège Courteline, se félicite de la mise en place du bonus IPS pour corriger un déséquilibre constaté en 2021. Même enthousiasme du côté du collège Ravel, dans le 20e arrondissement, qui se targuait d'avoir 97% des élèves de troisième qui ont obtenu un de leurs trois premiers vœux.

De leur côté, les associations de parents d’élèves concèdent une baisse des réclamations des familles en 2021 par rapport aux années précédentes. Les représentants des principaux et proviseurs partagent aussi des retours plutôt positifs.

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Des objectifs atteints

Lors de sa conférence de presse, organisée le 24 janvier dernier, le rectorat de Paris a estimé que les objectifs de la réforme ont été atteints même si des ajustements et des améliorations doivent encore se faire.

Ainsi, Julien Grenet, pilote du comité de suivi des réformes d'Affelnet, note une hausse de quatre points du taux de satisfaction des familles alors qu'il avait baissé de dix points depuis 2016. Le taux de satisfaction dépasse aujourd’hui les 90% dans la moitié des collèges parisiens.

Sur la proximité géographique, le rectorat note que 92,5% des jeunes collégiens sont affectés dans un lycée situé à moins de 25 minutes de leur collège de secteur. Plus de 700 places ont été offertes dans 31 lycées pour les élèves souhaitant entrer, au-delà de leur secteur, dans un autre lycée, en raison d’une situation personnelle particulière ou du choix d’un enseignement rare.

Le rectorat observe par ailleurs un recul de 33% de la ségrégation sociale entre lycée par rapport à 2020. "Le nombre de boursiers s’est accru dans les lycées favorisés et a diminué dans les moins favorisés", précise le rectorat. Ainsi, le lycée Carnot voit son pourcentage de boursiers passer de 23,4% en 2020 à 29,86% en 2021. Les disparités sociales entre lycées se réduisent nettement par ailleurs, passant de –5% à –17%.

En ce qui concerne le bonus IPS, le rectorat souligne que certains collèges non enregistrés en zone REP en 2020 et qui ont obtenu un bonus IPS, recueillent un excellent taux de satisfaction des familles. Pour exemples, les collèges Françoise Seligmann dans le 10e arrondissement, Germaine Tillion dans le 12e arrondissement ou Léon Gambetta dans le 20e arrondissement ont vu passer ce taux qui oscillait de 55 à 80% en 2020 à 92–98% en 2021.

Enfin, la ségrégation scolaire entre lycées a reculé de 28% par rapport à 2020, selon le rectorat. Une bonne nouvelle lorsqu’on sait que la ségrégation scolaire à Paris est cinq fois plus élevée que dans le reste de la France.

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Des ajustements par étapes

Mais au-delà de ces objectifs atteints, des améliorations doivent se faire par étapes. Ainsi, le rectorat prévoit d'ajuster l’offre des enseignements dans quelques établissements. "Nous avons ouvert des premières générales dans certains lycées où il n’y en avait pas", note Christophe Kerrero et "dans d’autres lycées – comme Victor Hugo ou Hélène Boucher – nous avons proposé des filières technologiques qui n’existaient pas auparavant".

Par ailleurs, le rectorat prévoit :
– de rendre le barème plus lisible et le plus transparent possible pour les familles ;
– de calculer le bonus IPS sur la scolarité de la 6e à la 3e et pas seulement sur l’année de 3e ;
– d'étendre la plateforme à d’autres lycées ;
– de renforcer la mixité sociale avec la mise en place d’une formation des enseignants pour accompagner sereinement des élèves de niveaux hétérogènes.
– d'ouvrir davantage certains lycées du 16e arrondissement aux collèges des 9e et 6e arrondissements pour faire progresser la mixité sociale dans des établissements où la situation n’a pas beaucoup évolué.

Comme dans toutes les transitions, le temps doit faire son œuvre. Christophe Kerrero a rappelé que "l’éducation prenait du temps" : "Nous parlons de l’avenir de notre pays et de la société que nous voulons construire."


Séverine Maestri | Publié le