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Avec la réforme du bac, les enseignants rentrent dans le flou

Thibaut Cojean
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La réforme du bac 2021 inquiète les professeurs en ce jour de rentrée.
La réforme du bac 2021 inquiète les professeurs en ce jour de rentrée. // ©  Adobe Stock / Andrey Popov
Le bac 2021 prévu par la réforme de Jean-Michel Blanquer va attirer son lot de nouveautés dans les classes du lycée. Mais à l’heure de la rentrée, plusieurs éléments ne sont toujours pas définitifs et les enseignants sont contraints de travailler sans visibilité.

Au lycée, l’application de la réforme du bac complique la rentrée des professeurs. En plus de nouveaux éléments à prévoir, comme les emplois du temps, des zones d’ombres obligent les enseignants à rentrer à tâtons.

Le casse-tête des emplois du temps

Avec la mise en place de spécialités choisies par les élèves, l’un des principaux effets de la réforme du baccalauréat en lycée général est la quasi-disparition des classes de première. "Un groupe-classe se retrouve pour l’histoire-géo, les langues vivantes et l’enseignement scientifique, analyse Claire Guéville, responsable lycée au Snes-FSU, soit pour une dizaine d’heures par semaine."

Dans ce lycée nouvelle formule, les élèves seront en réalité éparpillés dans plusieurs groupes. Car en plus du tronc commun, ils ont dû choisir trois enseignements de spécialités parmi un panel total de 11 matières (12 dans les lycées agricoles). Et puisque les meilleurs élèves ont trusté les spécialités scientifiques, il devient difficile de former des groupes à la fois stables et hétérogènes. "On doit composer avec le tronc commun et les spécialités, dont certaines peuvent être enseignées par plusieurs professeurs", souffle Claire Guéville.

La charge de confectionner l’emploi du temps revient pourtant au proviseur. "Les proviseurs adjoints y ont passé beaucoup de temps cet été, raconte aux Echos Philippe Vincent, patron du SNPDEN, le principal syndicat des proviseurs, et les compositions des classes de première ont fini par rentrer dans la boîte, même si c'est parfois au chausse-pied."

On ne sait pas à quoi préparer nos élèves. (Claire Guéville)

Au-delà des emplois du temps, ce sont aussi les conséquences de la réforme sur l’organisation des enseignements et des épreuves du bac qui inquiètent les enseignants. Car à l’heure actuelle, "c’est le flou total" déplore Claire Krepper, responsable éducation au SE-Unsa. Une zone d’ombre particulière perturbe leur travail : le contenu des épreuves communes de contrôle continu (E3C).

"Les enseignements et les évaluations ne sont pas stabilisés, on ne sait pas ce qu’on doit demander aux élèves, ni à quoi les préparer en termes d’exigence", s’insurge Claire Guéville. Les E3C devraient se tenir en trois sessions : aux 2e et 3e trimestres de première et à la fin de la terminale. Les lycées choisiront les sujets dans une banque nationale, qui ne sera ouverte qu’à partir du mois de novembre. Pour l’instant, quelques "sujets zéro" sont disponibles sur le site d’Eduscol, mais ceux-ci sont jugés "indigestes" et "inadéquats" par les enseignants syndicalistes.

Lire aussi : Quotas de boursiers dans Parcoursup : un changement discret

De plus, la tenue de ces E3C, qui auront lieu au sein même des établissements, ne concerne pas que les élèves de première. "Le calendrier du bac a un impact sur la vie des établissements", prévient Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa. Et pendant que les professeurs seront mobilisés pour faire passer les épreuves aux élèves de première, difficile, pour l’instant, de prévoir ce qu’il adviendra des autres lycéens.

Et cette question se posera encore l’année prochaine. Au mois de mars de terminale, les candidats au bac passeront en effet leurs épreuves de spécialités, pour lesquelles "il n’y a pas encore de calendrier national", fait remarquer Claire Krepper. Comme toutes les combinaisons existent en théorie, il ne sera pas possible de faire passer deux spécialités en même temps et les épreuves seront donc vraisemblablement étalées sur six à douze jours. Même si des précisions seront sûrement apportées d’ici là, cette inconnue renforce la confusion dans laquelle se trouve aujourd’hui le corps enseignant.

Démissions de profs principaux

Conséquence de ce manque d’information : "on va vers une pénurie de professeurs principaux", alerte Stéphane Crochet, qui a fait état de démissions dans de nombreux lycées. Une situation également observée par le Snes-FSU, et qui a poussé les enseignants de plusieurs lycées à voter la grève à partir de mercredi 4 septembre, soit la date de la reprise effective des cours pour les élèves de première. Le lycée Auguste Renoir d’Asnières-sur-Seine (92) n’a même pas eu cette patience, puisque ses grilles étaient fermées en ce jour de rentrée.

Si les syndicats espèrent pouvoir négocier sur plusieurs éléments de la réforme (ils demandent par exemple à garder les trois spécialités en terminale, à supprimer une session d’E3C ou à revoir les programmes), "cette année, il y a de grandes chances qu’on ne puisse que constater les dégâts" déplore Stéphane Crochet, qui espère que des ajustements seront possibles avant la rentrée 2020.


Thibaut Cojean | Publié le

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