Licence vs Bachelor : les présidents d'université à l'offensive

Céline Authemayou
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ESEO école d'ingénieurs privée
À la rentrée 2016, l'ESEO, école d'ingénieurs privée, lancera un Bachelor "Solutions numériques connectées". // ©  ESEO
Halte à la multiplication des “Bachelors” ! Dans un communiqué, publié le 7 avril 2016, les présidents d'université appellent le ministère à clarifier le paysage des diplômes de niveau bac + 3. En ligne de mire, les diplômes de type Bachelor, proposés par de plus en plus d’écoles de commerce et d’ingénieurs.

"Depuis maintenant plusieurs années, le terme de 'Bachelor' est utilisé en France de façon anarchique pour désigner des diplômes qui se revendiquent de niveau bac + 3 ou bac + 4, de qualité et de reconnaissance hétérogènes." La CPU (Conférence des présidents d'universités), via son conseil d'administration, a décidé de taper du poing sur la table.

Dans un communiqué rendu public le 7 avril 2016, la CPU interpelle tant les établissements qui proposent déjà des Bachelors que le ministère, appelé à affirmer "clairement, y compris réglementairement, que l'appellation licence est la seule en France pour les formations reconnues par l'État de niveau bac + 3."

En cause : l'éclosion de formations de type bac + 3 ou bac + 4, en écoles de commerce mais aussi en écoles d'ingénieurs, qui délivrent un diplôme d'établissement appelé "Bachelor" et qui brouillent, selon les présidents d'université, la lisibilité du marché de l'enseignement.

"La CPU tient à rappeler fermement qu'en France, le Bachelor s'appelle licence (au sens du LMD) et qu'à l'international, la licence (licence, licence professionnelle ou grade) est un Bachelor", précisent-ils. Ces derniers appellent le ministère à organiser une grande concertation nationale sur le sujet, pour "définir une politique cohérente pour le niveau bac + 3, rappelant la place centrale des universités et clarifiant le paysage au bénéfice des étudiants et des employeurs."

"Il est temps de tout remettre à plat pour que le ministère tranche", argumente Jean-Loup Salzmann, président de la CPU.

Il est temps de tout remettre à plat pour que le ministère tranche.
(J.-L. Salzmann)

Écoles de commerce : le grade "licence" se fait attendre

Cette prise de position intervient alors que deux dossiers importants sont ouverts sur le sujet. Le premier concerne les écoles de commerce. En 2014, la Dgesip (Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle) a confié à la CEFDG (Commission d'évaluation des formations et diplômes de gestion) le soin de réfléchir à la faisabilité d'un grade de "licence" pour les Bachelors, sur le modèle du grade de master.

Si une décision est attendue avant l'été 2016, le dossier accuse aujourd'hui plus d'un an et demi de retard.

Écoles d'ingénieurs : des relations étroites avec les IUT

Du côté des écoles d'ingénieurs, plusieurs établissements ont d'ores et déjà lancé leur Bachelor – Arts et métiers, ESEO – ou sont en passe de le faire – comme le groupe des Écoles centrales ou l'École polytechnique. Chacun avec des objectifs et des publics cibles différents.

De plus, un vaste chantier est mené depuis plusieurs années de façon collégiale. L'objectif : réfléchir à la création d'un diplôme intermédiaire de niveau bac + 3, permettant de former des jeunes aux fonctions de manager intermédiaire. La CGE (Conférence des grandes écoles) et la Cdefi (Conférence des directeurs d'écoles françaises d'ingénieurs) ont chacune créé un groupe de travail dédié au sujet et se réunissent régulièrement pour échanger.

"La Cdefi ne se sent pas visée par le communiqué de la CPU, précise François Cansell, président de l'association. Ce diplôme ne s'appellerait pas 'Bachelor' et nous menons nos travaux en relations étroites avec l'Adiut (association des directeurs d'IUT). Il est essentiel que nous avancions ensemble, car si ce projet aboutit, il sera porté par les Comues."


Céline Authemayou | Publié le