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Avec son bachelor de technologie, Arts et Métiers se lance dans la formation postbac

Céline Authemayou
Publié le
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© Arts et Métiers ParisTech
© Arts et Métiers ParisTech

Dès la rentrée 2014, l’école d’ingénieurs Arts et Métiers ParisTech ouvrira sur ses sites de Châlons-en-Champagne et Bordeaux-Talence un nouveau cursus, destiné aux bacheliers STI2D. Ce bachelor de technologie formera les élèves en trois ans et leur permettra d’entrer directement sur le marché du travail ou de poursuivre vers des études d’ingénieur. L’établissement entend ainsi participer à la reconstruction de la filière technologique en France.

C'est une première dans le monde des écoles d'ingénieurs. Et Laurent Carraro ne s'en cache pas : le directeur général d'Arts et Métiers ParisTech espère bien voir son initiative "dupliquée" par bon nombre de ses confrères... En septembre 2014, l'école d'ingénieurs ouvrira sa première filière postbac, destinée aux bacheliers STI2D (toutes spécialités). Ce bachelor de technologie formera durant trois ans des étudiants aux enjeux technologiques actuels. Objectif : leur permettre de se lancer dans la vie professionnelle à la fin de la formation ou bien de poursuivre en école d'ingénieurs s'ils le souhaitent.

"Un concours spécifique sera proposé à ces diplômés pour leur permettre de rejoindre notre cursus ingénieur en première année, détaille Laurent Champaney, directeur général adjoint en charge de la formation. Quant à ceux qui voudraient intégrer le marché du travail, ils disposeront d'un profil polyvalent, leur permettant de prétendre à des postes de responsable de production, par exemple."

"Redonner un sens à la filière technologique"

Cette initiative s'inscrit dans un contexte de désaffection des filières technologiques par les jeunes. "Les chiffres sont là, argumente Laurent Carraro. En dix ans, les effectifs de bacs technos ont baissé de 20%. Sur les 28.000 bacheliers STI2D qui poursuivent dans l'enseignement supérieur, une majorité choisissent les BTS – au détriment des bacs pros – et seuls 5% se tournent vers les écoles d'ingénieurs ou les classes préparatoires. La loi ESR de juillet 2013 avait pour objectif de rectifier la situation, en redonnant un sens à la filière technologique. Nous avons décidé d'agir de manière volontariste en nous adressant directement aux bacheliers et en leur rappelant que leur profil nous intéresse."

Trois ans pour une transition en douceur

Tourné vers la pédagogie par projet, le cursus proposera aux élèves à la fois des cours académiques et des travaux de groupe menés en relation étroite avec les industriels. Les matinées seront réservées à l'apprentissage théorique, les après-midis à des projets concrets.

"Nous avons longuement réfléchi à la durée du cursus et avons opté pour trois ans, résume Laurent Champaney. Cela nous permet de réaliser une transition en douceur avec l'enseignement secondaire et de prendre le temps de mettre en place une vraie pédagogie innovante."

Grâce aux nouveaux décrets publiés le 1er février 2014 et dédiés aux licences et masters, Arts et Métiers ParisTech pourra délivrer un diplôme qui confèrera à ses détenteurs un grade de licence. Si l'établissement communique sur l'intitulé 'bachelor de technologie', le MESR (ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche) a quant à lui suggéré de l'appellation 'Diplôme d'études supérieures en technologies'. C'est cet intitulé-là que les candidats doivent chercher sur Admission-postbac (APB) lors de leurs formulations de voeux.

Nous voulons contribuer à multiplier par deux le nombre de bacheliers STI2D qui rejoignent les écoles d'ingénieurs ou les classes préparatoires (L.Carraro)

"un modèle à duppliquer"

Dès la rentrée 2014, deux campus d'Arts et Métiers ParisTech accueilleront la toute première promotion de ce cursus. Bordeaux-Talence et Châlons-en-Champagne formeront chacun 24 élèves. "Nous avons volontairement choisi deux sites où le contexte économique territorial est totalement différent, explique Laurent Carraro. Nous devons voir comment le projet va réagir à l'épreuve du terrain et observer ce qu'il faudra faire évoluer."

Car si le directeur général est confiant, soutenu notamment par les élus locaux de Châlons et de Talence et le MESR, il a conscience que la partie est loin d'être gagnée. "Pour l'instant, nous nous laissons deux à trois ans pour étudier le modèle pédagogique et être sûrs qu'il répond bien à un besoin, concède-t-il. Mais notre volonté est de contribuer à multiplier par deux le nombre de bacheliers STI2D qui rejoignent les écoles d'ingénieurs ou les classes préparatoires." Soit environ 3.000.

Des discussions sont actuellement en cours avec d'autres établissements et des universités, pour multiplier les initiatives du genre et homogénéiser la future offre. "A terme se posera la question du modèle financier, tient à rappeler Laurent Carraro. Car aujourd'hui, nous mettons cette initiative en place sur nos propres fonds..."

Le Bachelor de technologie, en pratique
Diplôme délivré: diplôme d’études supérieures en technologie (bac+3)
Durée de la formation: 3 ans
Profil des candidats: bacheliers STI2D (toutes spécialités)
Candidature: via APB
Sélection: dossier et entretien
Coût des études: droits universitaires de niveau licence
Les bachelors en école d'ingénieurs : des certificats, pas des diplômes

Si les bachelors ont le vent en poupe dans les écoles de commerce, c'est loin d'être le cas en école d'ingénieurs. Avec cette initiative, Arts et Métiers ParisTech ouvre la voie. Certes, à l'heure actuelle certains établissements – majoritairement privés – proposent à leurs élèves ingénieurs un cycle bachelor. C'est le cas à l'IPSA, à l'ISEN ou encore à CPE Lyon. Au sein de cette dernière par exemple, les élèves obtiennent en fin de troisième année un certificat intermédiaire, et non un diplôme, intitulé "bachelor CPE Lyon" qui leur permet seulement de poursuivre leur cursus ingénieur.
A l'étranger en revanche, le terme "bachelor" est d'une autre nature. Dans les pays anglo-saxons notamment où le "bachelor in engineering" valide quatre années d'études.

Céline Authemayou | Publié le

Vos commentaires (2)

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Patrick.

Encore une fausse bonne idée, qui aura pour effet de vider une classe pour en remplir une autre. Ce projet ressemble à s'y méprendre à celui du réseau des écoles polytech, dans le cadre du projet AVOSTII (Accompagnement des Vocations Scientifiques et Techniques vers le Titre d’Ingénieur) qui consiste à accueillir de jeunes bacheliers STI2D en cycle d'école d'ingénieur via le réseau des IUT. (2 ans IUT+3 ans polytech). Ce projet est financé par les investissements d'avenir. Pourquoi alors proposer la même chose sans moyens plutôt que de travailler en concertation avec ce qui existe déjà.

Arthur.

Pas d'accord. L'ENSAM a son propre recrutement post DUT indépendant de cette nouvelle initiative.

sophie.

Les bacs technos ne "volent pas la place des bacs pros en BTS: c'est plutôt l'inverse. Les bacs pros n'ont pas vocation à poursuivre des études mais à trouver 1 emploi. Les bacs technosvsont fait pour des études à bac +2 ou 3 pour être des techniciens supérieur ou des cadres moyens et n'ont pour aller à la fac