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Assistant-ingénieur, le nouveau filon des écoles d’ingénieurs

Céline Authemayou
Publié le
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© Arts et Métiers ParisTech
Seule école d'ingénieurs à avoir franchi le pas, Arts et Métiers ParisTech propose depuis la rentrée 2014 un Bachelor de Technologie. // ©  Arts et Métiers ParisTech

Demandé et attendu par les directions d’écoles d’ingénieurs, un nouveau cursus de niveau bac + 3 pourrait voir le jour prochainement au sein de ces établissements. La Cdefi et la CGE travaillent à la création de cette formation permettant d’obtenir un diplôme d’assistant ingénieur. Dans les prochains mois, deux sites serviront d'expérimentation à l'initiative. Mais reste encore à convaincre le ministère...

Licence, Bachelor, diplôme d'assistant-ingénieur… Si la terminologie change, l'ambition des écoles d'ingénieurs ne bouge pas d'un iota. Depuis plusieurs mois, toutes militent en faveur de la création en leur sein d'un nouveau parcours de formation, de niveau bac + 3, en parallèle au diplôme d'ingénieurs existant. Ce cursus permettrait aux étudiants qui ne souhaitent pas poursuivre jusqu'au bac + 5 de s'insérer plus vite sur le marché du travail en occupant des postes d'assistant-ingénieur, parfois confiés à des ingénieurs surqualifiés, faute de profils.

Mais il permettrait également aux écoles de diversifier leur catalogue de formation afin d'agrandir leur périmètre de recrutement. "Dans un marché européen de l'enseignement supérieur très concurrentiel, il est aujourd'hui essentiel d'élargir notre offre, concède Franck Debouck, directeur de l'école Centrale Lyon, qui vient de s'associer à l'ENISE pour proposer, entre autres, des diplômes de niveau bac + 3. Dans les autres pays d'Europe, les jeunes n'ont pas de systèmes équivalents aux classes préparatoires. Si nous voulons les attirer, il faut donc disposer d'une nouvelle capacité d'accueil. Le diplôme d'assistant ingénieur répond à ce besoin."

le bachelor anglo-saxon pour modèle

Et le modèle privilégié est celui du Bachelor of Science anglo-saxon. "Dans bon nombre de pays du monde, les étudiants obtiennent le Bachelor, travaillent deux-trois ans puis reviennent dans les établissements pour poursuivre en master", constate Arnaud Poitou, directeur de Centrale Nantes et à la tête, pour la CGE (Conférence des grandes écoles) d'un groupe de travail sur le sujet.

"En France, nous avons besoin d'un diplôme d'ingénieur intermédiaire, à la fois technique mais généraliste. Il me semble important d'apprendre des écoles de commerce, qui proposent à la fois un cursus grande école et un autre, de type Bachelor. Le but n'est pas de présenter un diplôme phare et un de moindre qualité, mais au contraire deux produits différents, très qualitatifs", poursuit-il.

Seule école d'ingénieurs à avoir franchi le pas, Arts et Métiers ParisTech propose depuis la rentrée 2014 un Bachelor de Technologie, qui permet certes à ses titulaires de poursuivre vers le cursus ingénieurs, mais aussi d'intégrer, après un bac + 3 le monde de l'entreprise.

Les étudiants recrutés (24 sur le campus de Bordeaux et 24 à Châlons-en-Champagne) doivent être détenteurs d'un baccalauréat technologique STI2D. La formation, ouverte en concertation avec le ministère, fait pour ce dernier office d'exemple à suivre.

Le but n'est pas de présenter un diplôme phare et un de moindre qualité, mais au contraire deux produits différents, très qualitatifs.
(A. Poitou)

Une réfléxion collégiale et institutionnelle

Si d'autres écoles réfléchissent à la mise en place d'un tel cursus, c'est au niveau institutionnel que les discussions se déroulent. En mai 2014, la Cdefi rendait à la Stranes (comité d'expertise de la stratégie nationale de l'enseignement supérieur) un rapport proposant, entre autres, de créer une licence "dans le domaine technologique".
Un an plus tard, l'association passe à la vitesse supérieure : depuis le mois de juin, elle échange avec la CGE et la CTI (commission des titres d'ingénieurs) sur le sujet.  Deux sites vont être choisis dans les semaines qui viennent pour héberger une expérimentation de ce cursus.

"Les positions de chacun se rejoignent plus qu'il y a quelques années", concède Anne-Marie Jolly, vice-présidente de l'organisme d'accréditation. La Commission, liée par convention à la Cdefi, pourrait, à terme, accréditer les diplômes d'assistant ingénieur. "Si les parties prenantes décident d'aller dans ce sens, cela ne pourra pas se faire sans un changement de la loi, qui fixe précisément les prérogatives de la CTI", souligne-t-elle.

Du côté du ministère de l'Enseignement supérieur, la réaction est plus mesurée. "Bon nombre de points doivent encore être étudiés de près, commente-t-on rue Descartes. Quel sera le vivier de recrutement ? Quels débouchés seront offerts à la sortie des études ?"

Objectif : rentrée 2016

Les prochains mois devraient permettre aux acteurs du secteur de répondre à ces interrogations structurelles et structurantes. "Si les objectifs de recrutement sont assez clairs – nous visons avant tout les bac professionnels et bacs technologiques –, reste encore à déterminer par exemple qui portera cette formation", avoue François Cansell, président de la Cdefi et directeur général de Bordeaux INP.

Il espère mener le projet en partenariat étroit avec les universités, les rectorats, les régions et les entreprises. Avec un objectif : ouvrir les premières formations dès la rentrée 2016.


Céline Authemayou | Publié le

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Sylvie.

N'est-il pas suffisant d'avoir déjà des B.T.S (Brevets de Techniciens Supérieurs) et des D.U.T. (Diplômes Universitaires de Technologie) en 2ans, de plus en plus souvent complétés par une Licence Professionnelle dans le secteur concerné, pour former des assistants pour les ingénieurs?

Frida.

On découvre en réalité que l'on surqualifie les étudiants, ingénieurs en particuliers. La plupart des boulots d'ingénieurs à quelques exceptions près (R&D notamment) ne nécessitent pas un haut niveau de connaissances mathématiques modèle qui fonde l'Ecole Polytechnique et tout le système d'écoles d'ingénieurs français. Finalement à part le top ten des écoles françaises, le gros du troupeau de la CCP de base à l'ENI de trifouilli les oies forment peu ou prou la même qualité d'ingénieurs, pas de quoi justifier le dressage des CPGE et la phase de décompensation fortement alcoolisée qui s'en suit ...

François.

Les étudiants sont loin d'être surqualifiés, ils passent simplement beaucoup trop de temps à glander en école et à la fac. La durée des études n'est là que pour compenser le manque d'investissement des élèves, et c'est souvent insuffisant. Mais je suis parfaitement d'accord avec vous concernant les programmes trop éloignés des besoins réels, ce qui contribue à saper la motivation des étudiants. Quant à la "phase de décompensation" qui suit la prépa, personne n'a jamais cherché à la justifier...

Pierre Dubois.

Il n'y a pas de pilote de l'offre de formation au MENESR : le Rapport STRANES doit être enterré. Une formation technologique à bac+3, bien sûr ! Les directeurs d'IUT l'ont toujours demandée et le ministère a toujours refusé. Les écoles d'ingénieurs l'obtiendront-elles ? Si oui, cela affaiblira les CPGE et les licences universitaires. La lente agonie de l'université se poursuivra Vaudrait mieux révolutionner l'ensemble du 1er cycle.

eliante94.

Pour ceux qui l'ignoreraient, il existe des formations professionnalisantes (ie ayant pour finalité une entrée dans la vie professionnelle à leur sortie) au niveau bac+3 : les licences professionnelles. Ce sont souvent les IUT qui les organisent. Les écoles délivrent masters et doctorats, elles souhaitent maintenant absorber les Licences. Prise de pouvoir cohérente avec les tendances lourdes de la période.

Twinlover.

Pourquoi viser principalement les bacs professionnels et technologiques ? Encore un cloisonnement débile si il se met en place...

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