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B. Vedrenne-Cloquet : "Ce qui freine la croissance des acteurs EdTech, c’est le manque de capital"

Maud Vincent
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La plate-forme EdTechX Holdings souhaite investir à l’international et dans la formation continue.
La plate-forme EdTechX Holdings souhaite investir à l’international et dans la formation continue. // ©  EdTechX Holdings
Introduit au Nasdaq vendredi 5 octobre 2018, la plate-forme EdTechX Holdings vise d'ici à dix-huit mois l'acquisition de sociétés valorisées entre 100 et 600 millions de dollars. Entretien avec Benjamin Vedrenne-Cloquet, fondateur et patron français de cet acteur dédié aux technologies de l'éducation.

Avec déjà plus de 240 organisations innovantes réunies au sein de l’écosystème EdTech, comment ce fonds aidera-t-il les acteurs de l’éducation à dessiner l’université du futur ?

Benjamin Vedrenne-Cloquet, directeur général d'EdTechX Holdings. // © EdTechX Holdings

EdTechX Holdings n'est pas un fond, mais un SPAC [Special Purpose Acquisition Company], coté au Nasdaq. Ce modèle, très en vogue aux États-Unis, est une structure nouvelle qui offre le meilleur des deux mondes : un accès illimité aux ressources financières via les marchés des capitaux et une logique industrielle de long terme.

Notre constat, c'est que l’écosystème EdTech est largement sous-capitalisé par rapport à d’autres industries, ayant amorcé leur transition numérique comme les FinTech ou MedTech. La plupart du temps, ce qui freine la croissance des acteurs EdTech, c’est le manque de capital. C’est justement notre raison d’être.

Notre plate-forme vise à consolider des acteurs de l’éducation et de la formation et à accélérer leur transition technologique tout comme leur croissance internationale.

Nous ne cherchons pas à acheter pour revendre au bout de trois à cinq ans, comme la plupart des fonds. L’avantage d’un véhicule coté, c’est un accès permanent au capital sans besoin de sortie. Notre plate-forme vise à consolider des acteurs de l’éducation et de la formation d’une taille significative (50 à 500 millions de chiffre d’affaires) et à accélérer leur transition technologique tout comme leur croissance internationale, notamment par acquisition.

C’est une approche, assez différente mais complémentaire, des fonds de capital-risque, comme Educapital et BrightEye Ventures, qui se concentrent aujourd’hui sur une autre partie de l’écosystème des start-up et scale-up [une start-up plus mature], via des investissements minoritaires.

Quels sont les types de start-up et d’entreprises dans lesquelles vous souhaitez investir et pourquoi ?

Notre périmètre d’investissement immédiat n’est pas adapté aux start-up. Nous souhaitons démarrer notre programme d’acquisition par une entreprise de taille moyenne, d’une valeur entre 100 et 600 millions de dollars, voire jusqu’à 1 milliard, qui servira de base industrielle.

À partir de là, nous pourrons accélérer sa croissance et sa transition technologique, notamment par acquisitions d’entreprises innovantes. Notre vision est de créer une plate-forme de consolidation pour les acteurs de l’éducation et de la formation du 21e siècle, afin de créer un champion mondial. Les scale-up y auront leur place, mais il nous faut commencer par un acteur de taille significative et à la profitabilité établie.

Nous regardons avec attention les segments de marché où la croissance et les dépenses technologiques sont les plus soutenues, et notamment ceux dits de "l’éducation internationale", comme des groupes d’établissements d'enseignements internationaux, ou de la formation alternative aux métiers de demain, comme Open Classroom.

Leurs modèles économiques sont souvent hybrides, à la fois présentiel et numérique. Ces segments sont également très atomisés, créant de fait des opportunités de consolidation régionale et internationale.

Lire aussi. OpenClassrooms : "Écoles et universités ne sont pas des concurrentes, mais des partenaires"

Le secteur des EdTech recouvre beaucoup de réalités différentes. Quelles en sont les tendances principales ? Y a-t-il des segments plus matures ou plus prometteurs que d’autres ?

Les marchés de l’éducation, de la formation et des EdTech sont en forte croissance – 8 % par an pour le marché global de l’éducation et de la formation, soit 6.000 milliards de dollars selon UBS, et 14 % pour an pour le segment EdTech. Le marché débute simultanément ses phases de transition numérique, de consolidation et de globalisation : c’est une opportunité unique.

Le marché débute simultanément ses phases de transition numérique, de consolidation et de globalisation : c’est une opportunité unique.

Actuellement, le secteur de l’éducation doit faire face au choc de la demande lié à l’essor démographique des pays émergents. En 2035, il y aura 1 milliard de nouveaux entrants supplémentaires dans le secteur de l’éducation. Le système éducatif traditionnel est incapable de répondre à cette nouvelle donne.

Si vous ajoutez à cela l’accélération de l’obsolescence des compétences sur le marché du travail, créant un besoin de formation permanent exponentiel pour 3,5 milliards d’actifs dans le monde, vous avez ici une tendance de fond qui se traduit par une privatisation croissante du secteur, de nouveaux besoins en innovations technologiques et l’opportunité de créer des champions de taille mondiale.

Que peuvent apporter les EdTech aux professionnels de l’éducation et de l’enseignement supérieur en général, et votre plate-forme en particulier ?

Les professionnels de l’éducation et de l’enseignement supérieur doivent prendre le train en marche avant qu’il ne soit trop tard. Lorsque je travaillais dans le monde des médias, je me souviens qu’il y avait beaucoup de scepticisme, de paranoïa et d’inertie. Dix ans après, les jeux sont faits pour ceux qui n’ont pas investi massivement.

Mon expérience, c’est que les acteurs du secteur ont toute leur chance pour profiter des opportunités de transition numérique et d’innovation technologique. EdtechX Holdings a justement été conçu sur cette idée que nous pouvons apporter des ressources financières, managériales et technologiques aux acteurs établis pour accélérer leur croissance et les positionner au mieux dans un univers concurrentiel global qui évolue très rapidement.

Cela requiert la mise en place d’une stratégie technologique ambitieuse de fonds à défaut d’une simple expérimentation de façade. Traditionnellement, lorsqu’une industrie entame sa transition numérique, seuls 10 % des acteurs établis innovent suffisamment pour tirer parti des opportunités d'évolutions. Les autres stagnent, périclitent ou disparaissent.

Dans l’éducation et l’enseignement supérieur, la technologie permet trois choses : le sur-mesure pédagogique à grande échelle et à moindre coût, l’opportunité de créer des marques mondiales et l’amélioration de la profitabilité à long terme.


Maud Vincent | Publié le

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