Pour la Cour des comptes, les absences des enseignants coûtent quatre milliards d'euros par an

Thibaut Cojean
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Pour la Cour des comptes, les absences des enseignants coûtent quatre milliards d'euros par an
La Cour des comptes préconisent une meilleure organisation du ministère de l'Education nationale pour réduire le non remplacement des professeurs du secondaire. // ©  UlyssePixel/Adobe Stock
Selon la Cour des comptes, près de 10% des heures de cours n'ont pas été assurées dans l'enseignement secondaire en 2018-2019. Mais la majorité de ces absences non remplacées ont un motif professionnel et pourraient être évitées : des recommandations accompagnent le rapport publié ce jeudi 2 décembre.

Mieux organisé, le ministère de l’Éducation nationale pourrait prévenir une partie du non-remplacement des professeurs absents dans l’enseignement secondaire. C’est l’avis émis ce jeudi 2 décembre par la Cour des comptes dans un rapport sur la gestion des absences des enseignants.

Près de 10% des heures de cours perdues

Les chiffres retenus pour ce rapport sont ceux de l’année scolaire 2018–2019, la dernière non perturbée par la crise sanitaire. Au collège et au lycée, 9,3% des heures de cours ont été "perdues" en raison de professeurs non remplacés. Cela arrive le plus souvent en cas d’absence courte (inférieure à 15 jours) : sur 2,5 millions d’heures de cours manquées par les professeurs en raison d’une absence courte, seules 500.000 (20%) ont été remplacées.

Les absences longues (supérieure à 15 jours) sont en revanche remplacées à 96%. Dans le primaire, la situation est mieux gérée : en cas d’enseignant absent, l’accueil des élèves est "garanti" et le remplacement est effectif dès le premier jour dans 80% des cas.

La Cour des comptes estime que la plupart des absences non remplacées dans le secondaire pourraient être évitées, car elles sont prévues : "34% s’expliquent par des absences pour des raisons individuelles, les deux tiers restants provenant du fonctionnement même de l’Éducation nationale." Deux fois sur trois, les enseignants sont donc absents pour raisons institutionnelles ou professionnelles comme la correction d’examens, la formation continue, les réunions pédagogiques ou les voyages scolaires.

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Situation de moins en moins tolérée

Selon les estimations de la Cour portant sur l’année 2017–2018, l’ensemble de ces absences représente un coût total d’un peu plus de quatre milliards d’euros de masse salariale, dont 1,5 milliard pour les salaires des enseignants non-remplacés et presque deux milliards pour les salaires des remplaçants. Le reste correspond à la masse salariale des absences pour cause de fermeture d’établissement.

Au-delà du coût, la Cour des comptes souligne "l’importance de la continuité du face-à-face pédagogique", surtout après la crise sanitaire, mais aussi une "situation de moins en moins tolérée par les parents d’élèves voire les élèves". D’autant que "ceux-ci disposent aujourd’hui, grâce à un accès à des espaces numériques de travail largement développés dans le second degré, d’un outil d’information en temps réel leur permettant de savoir si l’enseignant est absent pour des raisons personnelles (problèmes de santé principalement) ou parce que le ministère le distrait du face-à-face pédagogique pour exercer d’autres tâches."

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Six recommandations concrètes de la Cour des comptes

Dans l’introduction de son rapport, la Cour écrit que "le ministère doit se doter d’une véritable stratégie reposant sur plusieurs piliers qui lui font encore défaut : la connaissance du phénomène, la prévention en matière de santé, les moyens de limiter et de compenser les absences de courte durée. Parmi celles-ci, les absences ayant des causes institutionnelles peuvent être réduites en déportant ces missions et obligations professionnelles hors du temps d’enseignement."

Six recommandations concrètes accompagnent ce constat :

– "annualiser les heures de service des enseignants du second degré",
– "veiller à l’élaboration dans chaque structure du service public de l’éducation d’un plan de continuité pédagogique en cas de crise",
– "mettre en œuvre dans les meilleurs délais l’obligation de se doter d’un document unique d’évaluation des risques professionnels",
– "mettre en place une politique de prévention",
– "récupérer les données recensées dans les logiciels d’emploi du temps pour nourrir une base nationale des absences" ;
– "adapter les systèmes d’information pour qu’ils permettent la saisie et le suivi des absences, quelle qu’en soit la cause".

Des recommandations qui s’inspirent pour partie de pratiques observées dans la quarantaine d’établissements visités par la Cour des comptes lors de l’élaboration de ce rapport.


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