E. Macron face à France Universités (ex-CPU) : l'annonce d'un programme (et d'un candidat ?) en faveur de l'ESR

Pauline Bluteau
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E. Macron face à France Universités (ex-CPU) : l'annonce d'un programme (et d'un candidat ?) en faveur de l'ESR
Lors du colloque pour célébrer son 50e anniversaire, la CPU a officialisé son changement de nom pour France Universités. // ©  Mathilde MAZARS/REA
En guise de conclusion du colloque de France Universités (ex-CPU), le président de la République a dressé le bilan de son mandat et exprimé ses "convictions et perspectives" pour les dix années à venir concernant l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation. Comme un air de déclaration de candidature à la présidentielle qui ne dit pas son nom.

Non, Emmanuel Macron n'a pas officialisé sa candidature à l'élection présidentielle ce jeudi 13 janvier 2022 et pourtant, après une heure de discours devant la communauté universitaire, c'est un véritable programme qu'a dévoilé le président de la République en faveur de l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation.

Au-delà de célébrer le cinquantième anniversaire de la CPU (Conférence des présidents d'université), devenue France Universités à cette occasion, le chef de l'Etat en a profité pour fêter le bilan de son quinquennat en affirmant que "d'immenses défis" étaient encore à relever d'ici 2030.

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Une "transformation systémique" à prévoir

Sans le vouloir, le colloque de France Universités aura été le témoin d'une campagne de communication politique qui ne dit pas son nom. Plus tôt dans la journée, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et l'Innovation, qui n'était pas "venue ici pour dresser le bilan exhaustif de [son] action au cours de ce quinquennat" a finalement évoqué "trois grands mouvements (…) porteurs de profondes transformations pour le futur". Comme un rappel d'une bonne entente, d'une coordination avec les universités depuis son arrivée au gouvernement en 2017.

Mais malgré les réformes de l'apprentissage, des études de santé, la loi LPR, la loi ORE et la création de Parcoursup, l'augmentation du nombre de places dans le supérieur, l'amélioration des conditions d'études et de vie étudiante, toutes ces avancées et ces moyens mis en œuvre durant le quinquennat ne suffisent pas.

Nous devons lancer une nouvelle politique d'investissement dans l'enseignement supérieur et la recherche pour les dix ans qui viennent. (E. Macron)

D'après Emmanuel Macron, le constat est clair : "Nous devons lancer une nouvelle politique d'investissement dans l'enseignement supérieur et la recherche pour les dix ans qui viennent. Je l'ai dit en présentant France 2030. (…) Mais les moyens financiers, s'ils sont nécessaires, ne se suffisent pas à eux-mêmes. (…) Nous avons besoin d'un profond changement d'approche, d'une transformation systémique de nos universités, de notre organisation."

Orienter et former les étudiants pour garantir l'emploi

Comme cheval de bataille, le chef de l'Etat est revenu sur la professionnalisation des formations universitaires. "L'université doit préparer nos jeunes à exercer leur futur métier. Elle doit leur donner des savoirs, des compétences qui ouvrent les portes de l'emploi. On ne peut pas se satisfaire de l'échec de nos étudiants dans les premiers cycles, ni du taux de chômage trop élevé des jeunes qui sortent de certaines filières universitaires."

Si cela passe, encore et toujours, par une meilleure articulation entre le secondaire et le supérieur, Emmanuel Macron est revenu sur l'utilité de Parcoursup en admettant aussi qu'un "travail de clarification, d'orientation de terrain et de simplification doit être mené".

L'orientation doit aussi devenir un sujet à part entière dès le collège "pour ne pas que ce soit un choix soudain" pour les élèves de terminale. L'accent devra donc être mis sur les "filières courtes et professionnalisantes en apprentissage ou en alternance" où les capacités d'accueil devront être augmentées.

L'université doit préparer nos jeunes à exercer leur futur métier. Elle doit leur donner des savoirs, des compétences qui ouvrent les portes de l'emploi.

Pour le président, "pas un jeune ne doit sortir du système éducatif sans une formation qui ne lui donne les clés pour accéder au marché du travail" : "Au-delà de la formation initiale de nos étudiants, il est aussi crucial que les universités puissent faire face aux nouveaux défis du travail en accompagnant l'évolution des parcours professionnels tout au long de la vie. Nous vivons dans un monde où faire une carrière dans un même métier va devenir de plus en plus rare. Et donc, oui, nous vivons dans un monde où en permanence, nous allons devoir nous reformer." Un défi dont a bien conscience France Universités qui affirmait aussi s'emparer du sujet pour les cinquante prochaines années à venir.

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La vie étudiante au cœur de l'université

En parallèle, la vie étudiante aura aussi toute sa place dans l'université de demain. Là encore, la communauté universitaire a déjà eu l'occasion de démontrer son intérêt et sa place centrale pour améliorer les conditions de vie des étudiants pendant la crise sanitaire mais cette volonté a vocation à perdurer selon Emmanuel Macron.

"C’est là aussi un levier puissant pour que nos universités soient plus attractives et que nos jeunes n’aient pas seulement la tête bien faite mais des vies bien pleines, pleines de rencontres, d’échanges, d’expériences de vie démocratique, sociale, culturelle", estime le président de la République.

Faire rayonner l'excellence française à l'international

Car finalement, derrière toutes ces ambitions pour l'université, c'est l'excellence française qui doit être reconnue au niveau mondial. L'évolution de la place des universités dans les différents classements internationaux a été citée comme signe d'une belle avancée. "Nous avons d'ores et déjà construit de grands établissements mondialement reconnus. Il nous faut poursuivre cette restructuration des pôles universitaires français, dix ans après les Idex qui y ont largement contribué."

Cette excellence devrait passer avant toute chose par une autonomisation et une responsabilisation des universités. "Notre gouvernance aujourd'hui n'est pas celle qui permet de répondre aussi à la compétition internationale. (…) Notre système est très hypocrite – autonomie à moitié – on continue de contrôler ; ceux qui réussissent, on les aide un peu plus, ceux qui ne réussissent pas, on les compense. Et puis autonomie, mais au fond, même localement, on donne des responsabilités, mais on bloque ceux qui sont élus par nous-mêmes", reconnait ainsi le chef de l'Etat.

Les liens devront aussi être renforcés avec les organismes de recherche pour que "les campus [deviennent] des lieux d'innovation, en lien constant, étroit avec les acteurs économiques". Mais comme l'a rappelé le Président, il s'agissait seulement de partager "quelques-unes des convictions et perspectives pour l'enseignement supérieur et la recherche française". Affaire à suivre.


Pauline Bluteau | Publié le