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Entrepreunariat étudiant : après cinq ans d'existence, les Pepite doivent monter en puissance

Étienne Gless
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L'entrepreneur Albert Meige, directeur académique à HEC Paris, a été chargé avec l'IGAENR d'évaluer le plan Pepite depuis son lancement en 2013.
L'entrepreneur Albert Meige, directeur académique à HEC Paris, a été chargé avec l'IGAENR d'évaluer le plan Pepite depuis son lancement en 2013. // ©  Romain GAILLARD/REA
Selon un rapport signé d'un entrepreneur et de deux inspecteurs de l'IGAENR (Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche), cinq ans après sa mise en place, le plan Pepite, en faveur de l'entrepreneuriat étudiant, doit monter en puissance et gagner encore en notoriété.

"30 Pepite couvrent l'ensemble du territoire français. Le nombre d'étudiants-entrepreneurs est en forte progression (3.700 en 2017–2018) et est plébiscité par les jeunes qui le trouve à 92 % valorisant sur un CV. Les premiers résultats sont encourageants", soulignent d'emblée les auteurs du rapport d'évaluation remis à Frédérique Vidal le 19 janvier 2019. Le plan Pepite (Pôles étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat) a été lancé le 22 octobre 2013, par Geneviève Fioraso, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

"Le statut national d’étudiant-entrepreneur (SNEE), calqué sur celui des étudiants sportifs de haut niveau, leur permet de concilier études et projet entrepreneurial. Le nombre d'entreprises créées est non négligeable (713 immatriculations en 2016–2017), avec quelques belles réussites : Centiméo, qui permet d'utiliser ses pièces rouges de 1, 2 ou 5 centimes d'euros dans les distributeurs automatiques des gares ou stations de métro ; Ornikar, une auto-école en ligne qui propose de passer le permis plus vite et moins cher ; ou The Keepers, service de consignes pour casques de moto… Mais il faut se garder d'évaluer le dispositif sur le seul critère de la création d'entreprises", nuancent Albert Meige et les inspecteurs généraux de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR), Cristelle Gillard et Philippe Perrey, coauteurs du rapport.

La diffusion de l'esprit entrepreneurial à l'université

Plus de 10.000 étudiants par an sont inscrits dans des diplômes des domaines de l'entrepreneuriat, de l'innovation ou des TPE-PME. Les Pepite ont permis de sensibiliser plus de 70.000 étudiants dans des cursus non spécialisés dans l’entrepreneuriat ; certains modules donnant même lieu à l'attribution de crédits ECTS. Dans plusieurs pôles, les référents entrepreneuriat sont des enseignants-chercheurs.

Consécration, le lancement, le 5 juillet 2018, du réseau des vice-présidents et chargés de mission entrepreneuriat au sein de la CPU (Conférence des présidents d'université). Sa mission ? Être force de propositions pour les présidents d'universités sur des enjeux comme la transformation du rapport des universités au monde économique, ou l'évolution de la préparation à l’insertion professionnelle des étudiants.

Le nombre d'étudiants-entrepreneurs est en forte progression et est plébiscité par les jeunes qui le trouve à 92 % valorisant sur un CV.

Un dispositif fragilisé par l'absence de portage politique

Les auteurs du rapport soulignent de même l'énergie de Jean-Pierre Boissin, professeur à l’université Grenoble-Alpes, désigné coordonnateur national du programme en 2014 par la ministre Geneviève Fioraso : "Ce 'pionnier solitaire' a construit et développé avec dynamisme et militantisme l’animation du réseau Pepite au niveau national".

Ne disposant pas de moyens pour sa mission, il s'est tourné vers la FNEGE (Fédération nationale des groupements d'employeur) pour élaborer le projet Pepite France. Cette dernière avait en effet obtenu un financement de 1,4 million d'euros dans le cadre de l'appel à projet du PIA (Programme d'investissement d'avenir) relatif à la "culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat".

"Hélas, le comité de pilotage, mis en place au lancement de Pepite, ne se réunit plus aujourd'hui, et les partenariats noués restent fragiles", pointent les auteurs du rapport. Un partenaire national interrogé déplore ainsi la méfiance des Pepite à son égard, le manque d'expérience des chargés de mission Pepite, le fort turnover des équipes ou encore la volonté de "garder un contrôle total sur un monopole considéré comme académique".

Lire aussi : L'entrepreneuriat étudiant à l'université n'est plus optionnel

Par ailleurs, le rapport souligne le manque de fiabilité des données sur l'activité réelle des Pepite. Pour un Pepite, les données nationales mentionnent 1.091 étudiants sensibilisés à l'entrepreneuriat quand le bilan fourni par le Pepite lui-même en indique 5.935 ! Des services universitaires qui ne connaissent pas le SNEE (statut d'étudiant entrepreneur) ; ce qui ne facilite pas la tâche des bénéficiaires potentiels.

Des Pepite insuffisamment connues de leurs "cibles"

"La notoriété des Pepite reste faible", souligne plus largement le rapport, qui estime qu'au plus 6 % des étudiants (120.000) sont sensibilisés à l'entrepreneuriat. Le D2E – le diplôme d'université d’étudiant-entrepreneur – certifie l'acquisition des connaissances nécessaires à la création d'entreprise, mais n'est guère reconnu.

Les doctorants, pourtant désigné comme public cible, sont peu sensibilisés. De même, les 260.000 étudiants inscrits en BTS dans les lycées, qui pourraient être intéressés par l'entrepreneuriat, ne sont sensibilisés par les Pepite que de manière anecdotique. "Ce n'est pas le cas des écoles d'ingénieurs ou de management dont les étudiants sont surreprésentés parmi les étudiants-entrepreneurs ou les lauréats du prix Pepite", relèvent les auteurs du rapport.

Un financement à revoir

L'argent accordé par l'État n'est pas non plus à la hauteur des ambitions du plan. En 2018, le ministère a accordé 714.000 euros de crédits de fonctionnement aux 30 Pepite, (contre 610 millions en 2017) et la Caisse de dépôts et consignations (CDC), un peu moins de 700.000 euros.

En revanche, l'organisation du prix Pepite coûte cher : 758.988 euros en 2017, pour une notoriété insuffisante. Son organisation doit donc être revue : le prix Pepite, lancé en 2015, "ne fait pas le poids" comparé au concours i-Lab d'aide à la création d'entreprises technologiques innovantes lancé en 1997 par Claude Allègre : "La marque i-Lab l'emporte sur la marque Pepite et la rend invisible", notent ainsi les rapporteurs.

Le comité de pilotage, mis en place au lancement de Pepite, ne se réunit plus aujourd'hui, et les partenariats noués restent fragiles.

La mission estime que le dispositif Pepite a fait ses preuves. Mais il doit changer d'échelle et relever trois grands défis : sensibiliser davantage d’étudiants à l’entrepreneuriat, accompagner plus de porteurs de projet et viser un même niveau de performance et d’exigence sur tout le territoire.

Le rapport appelle à la création d'un prix Pepite, indépendant du prix i-Lab, à lancer une campagne nationale d'information sur l'entrepreneuriat étudiant. Et, de manière plus générale, il invite le ministère à doter sa politique des moyens financiers suffisants pour permettre au dispositif de changer de dimension. Une façon de rappeler la priorité politique donnée à l'entrepreneuriat et de rassurer les partenaires.


Étienne Gless | Publié le

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