Les étudiants des grandes écoles attendent des actes des entreprises face à l'urgence climatique

Etienne Gless
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Les étudiants des grandes écoles attendent des actes des entreprises face à l'urgence climatique
72% des étudiants dénoncent le manque d'engagement des entreprises en matière de responsabilité sociale et environnementale. // ©  Adobe Stock/kriss75
Les étudiants de grandes écoles veulent s'engager dans leur travail en faveur des enjeux environnementaux et sociaux. C'est ce qui ressort de la 3e édition du baromètre "Talents : ce qu’ils attendent de leur emploi" BCG/CGE-Ipsos. Ils attendent des entreprises une plus grande prise en compte de l'urgence climatique et sont prêts à s'investir pour changer les choses de l'intérieur.

"Les étudiants sont de plus en plus préoccupés par les enjeux sociaux et l'urgence climatique. Ils ont de grandes attentes à l'égard de l'entreprise en la matière et regrettent leur faible engagement", constate Jean-Michel Caye, directeur associé senior au Boston consulting groupe (BSG), co-auteur du baromètre "Talents : ce qu’ils attendent de leur emploi" réalisé avec le Boston consulting group (BCG) et la Conférence des grandes écoles (CGE).

Ce baromètre a été présenté lors de l'Assemblée générale de la CGE, le 28 janvier 2020. La consultation pour réaliser ce baromètre s’est déroulée du 5 novembre au 11 décembre 2019 et a permis de récolter les réponses de 4.112 étudiants et 2.083 alumni volontaires. Elle n’est pas représentative et n’a pas valeur de sondage mais elle donne des indications assez claires sur les attentes des futurs diplômés de grandes écoles et des jeunes diplômés.

À la veille d’entrer sur le marché du travail, les étudiants de grandes écoles affrontent ainsi un dilemme : si la majorité d'entre eux compte intégrer un grand groupe, certaines perçoivent les grandes entreprises comme un acteur majeur pour faire face aux enjeux sociaux et environnementaux et changer les choses; tandis que d'autres estiment que leur politique en la matière est très insuffisante.

Pire, "72% des étudiants considèrent qu’en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE) les entreprises ne sont pas engagées", pointe Guillaume Petit, directeur corporate reputation chez Ipsos. Hormis les associations et les ONG, tous les acteurs sociaux et économiques (administrations, PME, start-ups…) sont d’ailleurs perçus comme faiblement engagés en matière de RSE.

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Le soupçon de "greenwashing" pèse toujours aussi lourd

Si étudiants et jeunes diplômés saluent un effort accru des entreprises en matière de RSE, depuis 10 ans, plus de 60% y voient surtout une marque d’opportunisme pour améliorer leur image, loin devant la nécessité de se conformer à une obligation légale (27% des étudiants) ou par conviction sincère (8%). Les secteurs des technologies, de l’énergie et de l’agroalimentaire sont jugés comme faisant le plus d’effort. A contrario le luxe, le textile, les banques et assurances sont perçus comme les moins engagés en matière de RSE.

"Les étudiants de grandes écoles ne seront pas engagés par une entreprise, ils s’engageront pour une entreprise" (A-L Wack)

Il n’est alors pas étonnant que la hiérarchie des secteurs privilégiés connaisse des bouleversements par rapport à la précédente édition du baromètre réalisée deux ans plus tôt : si l’environnement (76%) et les énergies (62%) restent les deux premiers domaines où les étudiants souhaitent travailler, l’automobile/l’aéronautique –3e en 2017– cède désormais sa place sur le podium au conseil (55%) et rétrograde même à la 5e place derrière l’humanitaire et les ONG. En bas de tableau, la grande distribution, la banque et les assurances sont des secteurs qui n’intéressent que 22% des étudiants.

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Boycotter un employeur qui n'amorce pas la transition écologique

"Les étudiants de grandes écoles ne seront pas engagés par une entreprise, ils s’engageront pour une entreprise", commente Anne-Lucie Wack, présidente de la CGE. Beaucoup de jeunes diplômés de grande école ont actuellement le pouvoir de choisir leur employeur… voire de le boycotter !

"Lors des entretiens d'embauche, dans les forums… les entreprises sont de plus en plus interrogées sur leur impact écologique. Et c'est légitime !" considère Théo, 22 ans, étudiant en dernière année de master à Science po Paris et signataire du "Manifeste étudiant pour un réveil écologique", un texte rédigé à l’automne 2018 par un groupe d'étudiants de Polytechnique, Agro ParisTech, HEC Paris, l'ENS, CentraleSupelec.

Les auteurs de ce Manifeste refusent de travailler pour des entreprises qui contribuent à l'aggravation du réchauffement climatique et à l'épuisement des ressources. Le collectif avait même pu interpeller le gratin des grandes entreprises à la dernière université du Medef, fin août 2019. "Nous refusons de travailler dans des entreprises qui polluent trop. Nous irons travailler dans des entreprises qui prennent au sérieux les enjeux écologiques et qui entament les transformations nécessaires", proclame ainsi Marion, étudiante en deuxième année à HEC Paris. D'ailleurs, selon le baromètre, 42% des étudiants estiment qu'il faut refuser de travailler pour des entreprises qui agissent mal en matière de RSE.

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Changer les mentalités de l'intérieur

Pour autant, la majorité des futurs diplômés des grandes écoles n'est aussi militante. Pour faire changer les mentalités, 58% des étudiants pensent que le mieux est encore d'intégrer les entreprises qui agissent mal pour faire bouger les choses de l'intérieur.

Beaucoup d'employeurs sont d'ailleurs demandeurs : "Nous avons besoin de jeunes dans l’industrie pour nous bousculer et répondre aux défis des temps comme la lutte contre le dérèglement climatique", confie ainsi Boris Lombard président de KSB France. Cet industriel fabrique des pompes, il possède quatre usines en France et emploie 1.700 personnes . "Nous avons besoin de leur exigence pour transformer en profondeur nos industries, même si, dans nos usines, nous avons déjà pris des mesures".

Un appel du pied à venir bousculer les organisations existantes qui sonne comme l'aveu que seule la nouvelle génération pourra apporter des réponses à la hauteur des enjeux du moment !

L'économie sociale et solidaire : l'attrait pour le secteur freiné par les rémunérations plus faibles
L'attrait des futurs diplômés de grandes écoles pour le secteur de l'économie sociale et solidaire (ESS) progresse légèrement dans le dernier baromètre "Talents : ce qu'ils attendent de leur emploi" : 54% des étudiants aimeraient travailler dans ce secteur, ils étaient 51% en 2017. Cependant, le principal frein demeure les salaires inférieurs aux entreprises classiques. Un frein d'autant plus important que plus de 8 étudiants sur 10 jugent compatibles une bonne rémunération et un travail utile.


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FX.

Je vous invite à découvrir les signataires de pour un réveil écologique... Vous y retrouverez tous les talents en sciences "dures"que vous recherchez. Ce n'est pas l'un ou l'autre. Ils sont à la fois notre avenir technologique et notre avenir SOCIÉTAL.

jpjohet.

Les étudiants grandes écoles, petites écoles ou facultés feraient mieux de se concentrer sur la physique, la thermodynamique ou la mécanique. Evidemment, c'est un peu plus difficile à maîtriser que les niaiseries sur l'écologie, le développement durable ou la biodiversité. Un peu plus de sciences dures que de sciences molles voire diarrhéiques (socio, écologie, marketing...) aux têtes bien faites et bien pleines éviterait le déclin industriel, technologique de notre pays France.