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Fabrice Lorente : "Nous voulons essaimer notre modèle de coopération à travers l’Europe"

Propos recueillis par Guillaume Mollaret
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Fabrice Lorente : "Nous voulons essaimer notre modèle de coopération à travers l’Europe"
L'université de Perpignan a déposé un dossier d'université européenne dans le cadre de l'appel à projets du programme Erasmus+. // ©  UPVD
L’appel à projets "Universités européennes" lancé par la Commission européenne est clos depuis le 28 février 2019. Rencontre avec Fabrice Lorente, président de l’université Perpignan-Via-Domitia, porteuse de l’un de ces projets avec des universités espagnole, slovène et italienne. 

Votre établissement peut-il porter un projet d'une telle envergure ?

 // © XP UPVD saint.e photographie

Nous sommes une petite université, mais le consortium que nous portons représente une communauté de 110.000 étudiants et de plus de 10.000 enseignants-chercheurs dans cinq pays européens. Sur le fond, ce projet est basé sur la culture transfrontalière. Or, à Perpignan, nous en avons déjà l'expérience, grâce aux coopérations anciennes nouées avec les universités de Gérone, des îles Baléares, ou encore Lerida.

En 2010, déjà, nous avions envisagé un GECT (groupement européen de coopération territorial), pour favoriser les mobilités et les partenariats de recherche et de formation entre nos établissements. Le gouvernement espagnol en avait validé le principe, mais pas la France, qui était alors lancée dans une démarche de structuration nationale au travers des Comue…

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Or, en 2017, le président de la République, Emmanuel Macron, a rappelé son attachement à la création d’universités européennes, à travers la mise en place de réseaux fondés sur un haut niveau d'intégration, notamment en termes de mobilité étudiante, de création de diplômes européens conjoints et d'innovations pédagogiques appuyées, entre autres, sur le numérique.

Nous avons donc ressorti le projet de GECT de nos cartons. Et quand le cahier des charges de la Commission européenne est arrivé, nous avons élargi notre réflexion au-delà de la France et l’Espagne.

En quoi le modèle de coopération imaginé avec l’Espagne est-il transposable à d’autres zones frontalières en Europe ?

Nous avons mis en place plus de 70 actions communes avec nos homologues espagnols. Grâce à cette expérience, nous pensons être en capacité de définir des modèles d’échanges en matière de formation et d’insertion professionnelle liées aux zones frontières. Nous partageons les mêmes problématiques que les universités Paul-Valéry, à Montpellier, Ca'Foscari, à Venise, Klagenfürt, en Autriche et Primorska en Slovénie, qui prennent part au projet.

C’est pour cela que nous présentons ce projet commun. Elles ont, elles aussi, une ouverture méditerranéenne et des problématiques de recherche semblables aux nôtres, notamment en matière de tourisme, de droit comparé, de patrimoine et d’environnement.

Sur quoi porte précisément votre projet d’alliance ?

Le cahier des charges de l’Europe est très orienté vers la formation. Il s’agissait donc de présenter quelles passions mettre en commun, avec quelles innovations pédagogiques, pour quelles véritables créations de diplômes universitaires européens.

Ce type de diplôme n’existe quasiment pas sauf… Chez nous, depuis la création du programme Miro [master de valorisation touristique du patrimoine entièrement dispensé sur Internet, ndlr], regroupant les universités de Perpignan-Via-Domitia, des Baléares, d'Andorre, l'observatoire océanographique de Banyuls (UPMC – Paris 6) et Sciences po Toulouse.

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Ce programme quadrilingue avait obtenu un financement dans le cadre d’un Programme d’investissement d’avenir (PIA) "Initiatives d'excellence en formations innovantes" (Idefi). L’idée est d’essaimer notre modèle de coopération à travers l’Europe, en permettant, en plus, une mobilité physique avec, au moins, un semestre passé à l’étranger.

Certains modules pourraient-ils être enseignés dans plusieurs pays simultanément ?

Oui. Il faut, pour cela, quelle que soit la forme, dématérialisée ou physique, permettre un suivi des formations dans quelques-unes des huit universités partenaires, sur les thèmes que nous avons définis.

Quels moyens demandez-vous aujourd’hui à l’Europe et quel est votre calendrier ?

Nous avons monté un projet expérimental, dont le budget s’élève à 5 millions d’euros sur trois ans. Au total, 60 millions d’euros seront distribués aux 12 projets sélectionnés par la Commission européenne.

La phase test de trois ans doit débuter entre le 1er septembre et le 1er décembre prochains, pour un démarrage opérationnel à la rentrée 2020. En plus de cette somme, la France va déployer 100 millions d’euros sur dix ans pour les projets retenus.

Nous espérons sincèrement aboutir à une pérennisation de cette expérimentation à tous les niveaux d’enseignement : licence, master, doctorat, avec un maximum de formations concernées, y compris la formation continue.

Appel à projet "Universités européennes"

Organisé dans le cadre du programme Erasmus+ 2019, l’initiative, lancée par la Commission européenne, vise à renforcer le niveau de coopération entre les établissements d'enseignement supérieur, à tous les niveaux d'organisation et sur les activités de formation, de recherche et d’innovation, et améliorer leur compétitivité sur le plan international.
En outre, l’expérimentation, qui pourrait être pérennisée, doit permettre aux universités de délivrer des diplômes issus de plusieurs universités européennes.
Les établissements avaient jusqu'au 28 février 2019 pour déposer leur dossier auprès de la Commission européenne. Au total, 54 projets ont été déposés, selon un tweet de Tibor Navracsics, commissaire européen en charge de l'éducation, de la culture, de la jeunesse et du sport, daté du 1er mars 2019. Au final, 12 d'entre eux seront retenus pour une expérimentation de trois ans à compter de l’automne 2019.


Propos recueillis par Guillaume Mollaret | Publié le

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