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Idex : pour PSL, la priorité est de consolider ses statuts

Laura Taillandier
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Idex : pour PSL, la priorité est de consolider ses statuts
Paris Sciences et Lettres, dont est membre Paris-Dauphine, doit encore clarifier sa gouvernance pour répondre aux conditions fixées par le jury de l'Idex. // ©  Marie-Anne Nourry
Paris Sciences et Lettres a trente mois pour consolider son projet de regroupement. Objectif : répondre aux conditions fixées par le jury de l'Idex en termes de gouvernance pour bâtir "une université plus intégrée". Un projet construit autour de la notion de sélectivité et qui s'inscrira dans le cadre de l'ordonnance sur la politique de site.

"Nous touchons au but." Pour le président de Paris Sciences et Lettres, Alain Fuchs, le projet de regroupement entre dans la dernière ligne droite. Comme Paris-Saclay, PSL a vu sa période probatoire allongée pour la deuxième fois par le jury de l'Idex, lundi 19 mars 2018. Le regroupement a désormais trente mois pour remplir ses objectifs : "démontrer l’existence d’une stratégie propre qui soit plus unifiée" et adopter des "règles de gouvernance" claires sur les pouvoirs du président de l’université.

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Une université sélective

"L'État ne néglige pas la puissance académique de Paris-Saclay et de PSL, nous sommes soutenus. Ce qu'il veut, c'est être sûr – comme il y a beaucoup d'argent à la clé – que ce que nous construisons est suffisamment solide pour durer. Notre priorité est donc de consolider notre projet", explique Alain Fuchs. "Créer une université de classe mondiale prend du temps. Nous faisons quelque chose de singulier : regrouper des établissements très différents les uns des autres. Ce n'est pas le même exercice qu'une fusion d'université", souligne-t-il.

C'est un parti pris : nous partageons la valeur de choisir nos étudiants.
(A. Fuchs)

Paris Sciences et Lettres rassemble aujourd'hui neuf membres (1) – des grandes écoles ou assimilés –, de tutelles ministérielles différentes, autour desquels gravitent des établissements associés. "Notre projet est de réunir des établissements de taille modeste qui dispensent une formation au plus près de la recherche scientifique et qui ont la caractéristique d'être sélectifs. C'est un parti pris : nous partageons la valeur de choisir nos étudiants", assume Alain Fuchs. Au côté de masters "multidisciplinaires" et de doctorats, le regroupement propose une formation de niveau licence et notamment un cycle pluridisciplinaire d'études supérieures qui devrait obtenir bientôt le grade de licence.

Un statut de "grand établissement"

Aujourd'hui, pour PSL, "le vrai défi est de créer une marque de visibilité mondiale englobante mais sans écraser les marques existantes des établissements", résume son président. L'avant-projet de statut présenté pour l'Idex est celui d'un "grand établissement englobant des composantes que l'on pourrait appeler collèges, qui conservent leur personnalité morale et juridique". PSL attend donc avec impatience, comme beaucoup d'établissements, l'ordonnance qui ouvrira de nouvelles possibilités de regroupements, après la promulgation de la loi "pour un État au service d'une société de confiance".

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"Il nous faut une dérogation. Nous souhaitons adapter l'organisation à notre projet et pas l'inverse. Nous avons certains souhaits comme mettre en place des comités d'évaluation de notre activité, revoir le recrutement des personnels BIATSS… J'aimerais pouvoir choisir et nommer mon DGS [directeur général des services]… Tout cela demande une certaine autonomie que l'on n'a pas actuellement", développe le président de PSL.

Alain Fuchs assure que le regroupement n'a pas opté pour ce statut avec une volonté de revoir à la hausse les frais de scolarité des établissements membres. "Ce sera peut être une conséquence et nous participerons au débat lorsque la question finira par arriver sur le tapis. Mais ce n'est pas notre actualité : notre priorité aujourd'hui est de réussir PSL et d'inscrire nos statuts dans la durée."

Clarifier la gouvernance

Et de répondre ainsi aux conditions fixées par le jury de l'Idex. "L'État nous demande d'être plus précis sur nos procédures en matière de ressources humaines, pour que l'on comprenne que la gouvernance de l'université a un véritable poids. Il veut être sûr qu'il y ait une stratégie unifiée", rappelle Alain Fuchs. Parmi les recommandations listées par le jury : donner au président de l’université un droit d’auditer et d’amender le projet de budget prévisionnel des membres du regroupement ainsi qu'un droit de veto aux propositions de recrutement des personnels, et lui confier enfin la signature de tous les diplômes.

Des conditions que compte bien remplir PSL. Tous les diplômes sont aujourd'hui transférés au regroupement. "Ce n'est pas juste une alliance mais une vraie université", assure son président. Quant à la gestion des ressources humaines, l'université aura "une stratégie globale et concertée mais les recrutements resteront au niveau des établissements". "Nous avons l'idée d'un double veto sur les recrutements du président de PSL et de l'établissement. Ce sera un garde-fou uniquement lorsqu'un comité de sélection se trompera sciemment ou en cas de conflit d'intérêt", nuance Alain Fuchs.

De nouveaux membres ?

Ces conditions fixées par le gouvernement ne passent pas du côté de l'EHESS (École des hautes études en sciences sociales). "À la suite des résultats de l'Idex, le bureau de l'école a fait savoir qu'elle ne nous rejoindrait pas. C'est dommage qu'ils n'aient pas attendu que nous nous concertions avec le ministère, regrette Alain Fuchs. Il y aura des discussions. Sur le contrôle budgétaire, des choses sont possibles et d'autres pas…"

Quid des autres membres ? "Pour l'instant, neuf établissements ont accepté ces procédures budgétaires et RH assez lourdes. Nous avons des membres associés qui participent à des activités de recherche et de formation et peuvent dans ce cas toucher les fonds de l'Idex", détaille Alain Fuchs. Et de donner quelques perspectives : "Même si aujourd'hui nous privilégions l'approfondissement sur l’agrandissement, une ou deux écoles d'art seraient à terme susceptibles de nous rejoindre."

Cinq bémols pour le jury

Dans son rapport, le jury de l'Idex salue les "impressionnants progrès" accomplis par PSL dans la définition des statuts juridiques de cette université intégrée. Il estime que PSL a le potentiel pour offrir un nouveau modèle d'université dans le système français notamment au regard de l'interdisciplinarité. Le périmètre recentré autour de neuf membres ayant "beaucoup en commun", comme la sélectivité, est vu comme un atout.

Le projet de PSL recueille la note A sur quatre items (excellence en matière de recherche, et de formation, innovation et partenariats) et la note B sur les cinq derniers items (université cible, vie étudiante, visibilité internationale, politique de ressources humaines et gouvernance).

(1) PSL regroupe neuf membres (Chimie ParisTech, École nationale des chartes, École normale supérieure, École pratique des hautes études, ESPCI Paris, Institut Curie, Mines ParisTech, Observatoire de Paris, université Paris-Dauphine). Sont également associés : le Collège de France, le Conservatoire national supérieur d'art dramatique, le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, l'École des hautes études en sciences sociales, l'École française d'Extrême-Orient, l'École nationale supérieure des arts décoratifs, les Beaux-Arts de Paris, l'IBPC-Fondation Edmond de Rothschild, l'Institut Louis Bachelier et la Fémis.


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