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L’université européenne : utopie ou futur prometteur ?


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Centre de simulation eb santé iLumens - Université Paris Descartes // ©V.Bertereau
Dans la filière médicale, la maîtrise de l'anglais est encore loin d'être acquise. // ©  V. Bertereau
Sur "The Conversation France", Guillaume Bagard et Inès Ahmed Youssouf Steinmetz, doctorants et Abdesselam Dahoun, professeur à l’Université de Lorraine, ainsi qu’Hélène Rossinot, interne en santé publique à l'AP-HP, reviennent sur la construction d'un enseignement supérieur commun au sein de l'Union européenne.

L’harmonisation communautaire de l’enseignement supérieur constitue un succès marquant de la construction européenne. La mise en place du système LMD (licence, master, doctorat) dans l’Union européenne, copié dans de nombreux autres pays, facilite au quotidien les échanges d’étudiants étrangers et offre à nos universités un rayonnement mondial.

La libre circulation des personnes fait partie des quatre libertés inhérentes au marché unique et favorise le développement de la coopération au sein des États membres pour garantir le respect de ces droits fondamentaux. Cela passe par la concertation, le compromis et la réalisation de réformes difficiles.

La méthode des petits pas appliquée à l’enseignement supérieur

Cette méthode est aussi appelée Monnet-Schuman en hommage au commissaire au plan Jean Monnet, et au ministre des affaires étrangères Robert Schuman, considérés comme des pères de l’Europe. L’idée est de fonder l’Union "par le bas", grâce à la mise en place d’une gestion commune entre pays membres dans des secteurs limités, stratégiques et de plus en plus nombreux, afin de créer une solidarité de fait entre ces pays.

Appliquée à l’enseignement supérieur, cela consiste à adopter et mettre en place plusieurs directives, par exemple celle intitulée 89/48 CEE qui reconnaît des diplômes supérieurs d’une durée minimale de trois ans, ce texte est complété par une autre directive 92/51 CEE, ou plus récemment celle du 2005/36/CE relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles.

Les normes qui organisent les études supérieures dans chaque nation européenne résultent d’une histoire, les transformer n’est pas toujours chose facile. Ainsi la directive constitue un outil idéal pour parvenir à cette harmonisation en douceur. Elle fixe des objectifs généraux à atteindre pour les États membres, mais elle laisse aux parlements nationaux le soin de transposer cette norme selon leurs règles dans un délai raisonnable et en tenant compte des contextes nationaux.

Le processus de Bologne à l’origine du LMD

Cette harmonisation s’est construite dans le cadre du processus de Bologne. Elle a duré près de quinze ans, de la signature de la convention de Lisbonne en 1997 à la déclaration finale de la conférence de Vienne en 2010 qui officialise la création de l’EEES (Espace européen de l’enseignement supérieur).

L’idée principale du LMD était d’organiser l’enseignement supérieur autour de trois diplômes : licence, master, doctorat. Cette configuration s’est substituée à d’autres diplômes : le deug correspond aujourd’hui au niveau L2, la maîtrise au niveau M1, et les DEA ou DESS aux actuels M2.

Il s’agit non seulement d’accroître la mobilité entre étudiants européens et internationaux, mais aussi de faciliter les échanges entre les disciplines, entre formations professionnelles et générales, et par le biais des VAE (validation des acquis de l’expérience) de permettre aux travailleurs d’accéder à tout moment de leur vie à une formation universitaire correspondant à leur niveau.

La maîtrise des langues, obstacle encore important

L’objectif revendiqué de l’Union européenne est que chaque Européen parle au moins trois langues européennes. Dans certaines filières, la maîtrise de l’anglais est presque atteinte – l’obtention d’un score minimal au TOEIC conditionne le diplôme d’ingénieur dans la plupart des écoles supérieures –, mais pas dans les filières dites littéraires, ni dans la filière médicale.

Dans ce domaine pourtant, la littérature scientifique est presque exclusivement en anglais, les congrès et rencontres entre spécialistes également. Et pourtant… […]

Même chose dans l’arrêté du 8 avril 2013, qui stipule qu’un enseignement de langues vivantes étrangères est prévu (au pluriel). Nous sommes pourtant déjà malheureusement bien loin d’enseigner de manière correcte l’anglais en médecine, alors que cela devrait être une priorité…

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 // © The Conversation
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DONNELLY Peter.

Vous écrivez "Dans certaines filières, la maîtrise de l’anglais est presque atteinte – l’obtention d’un score minimal au TOEIC conditionne le diplôme d’ingénieur dans la plupart des écoles supérieures". Depuis quand un score de 800 points au TOEIC "Listening and Reading" est-il synonyme de maîtrise de l'anglais ? On valide un niveau correct en termes de compréhension, mais quid de l'expression, aussi bien écrite qu'orale ? Force est de constater qu'il existe souvent un fossé énorme entre les compétences passives d'un côté et actives de l'autre. Quelle est la proportion d'élèves-ingénieurs qui seraient recalés si l'on exigeait également un bon niveau B2 en production linguistique ? Il ne faudrait pas que dans les facultés de médecine on cherche à imiter ce que se fait dans les écoles d'ingénieur.