La mise en place de la réforme des études de santé critiquée par les députés

Pauline Bluteau
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La mise en place de la réforme des études de santé critiquée par les députés
Les députés pointent un manque de lisibilité et une mauvaise communication qui ont entouré la réforme des études de santé. // ©  kasto/Adobe Stock
C’est un constat assez édifiant que dressent les députés sur la réforme des études de santé. Mauvaise communication vis-à-vis des étudiants, fortes disparités au niveau local, grande complexité dans la mise en place, anticipation à revoir… Bien que la réforme soit nécessaire, l’Assemblée nationale pointe de nombreux dysfonctionnements.

"La réforme était nécessaire mais elle a suscité de faux espoirs", expliquaient les rapporteurs de la mission flash sur la mise en œuvre de la réforme des études de santé le 14 avril dernier devant la commission des Affaires culturelles et de l’Éducation de l’Assemblée nationale.

Selon eux, le constat est sans appel : la mauvaise communication sur la suppression du numerus clausus et la mise en place des PASS et des L.AS à la rentrée dernière ont fait naître des incompréhensions et "un sentiment d’injustice et d’inquiétude" chez les étudiants. Nombreux sont d’ailleurs les députés qui ont été sollicités par les associations et collectifs pour dénoncer ce manque de clarté.

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La réforme des études de santé "mal interprétée"

L’un des principaux enjeux de la réforme, la suppression du numerus clausus, a immédiatement cristallisé de nombreuses tensions. Ce chiffre, qui fixait chaque année un nombre limité d’admis en deuxième année d’études de médecine, maïeutique, odontologie et pharmacie, est remplacé dès cette année par un numerus apertus, décidé entre universités et ARS en fonction notamment des besoins sur le territoire. "Une communication axée sur la suppression du numerus clausus que certains ont interprétée comme la fin de la sélectivité", or, "les études de santé sont difficiles, elles le resteront et il y a aura toujours de la sélectivité", assure Valérie Bazin-Malgras, rapportrice et députée Les Républicains.

Et cette mauvaise interprétation n’a fait que s’accentuer au fil des mois. En janvier dernier, le ministère de l’Enseignement supérieur publiait le numerus clausus pour les étudiants en PACES, seuls étudiants non concernés par la réforme. Mais toujours rien du côté des étudiants en PASS et en L.AS et du numerus apertus. "Cela n’a pas permis de rassurer", concèdent les rapporteurs.

La suspension de l'arrêté de janvier par le Conseil d'Etat dans une ordonnance du 28 avril ajoute encore à l'incompréhension globale qui préside à cette réforme des études de santé.

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De fortes disparités entre académies, universités et étudiants

Pour autant, les députés l’affirment, les élèves de PASS et de L.AS n’auront pas moins de chance de réussite cette année ou en 2022. En revanche, des inégalités sont bien perceptibles entre les académies, les universités d’une même académie et les étudiants d’une même université.

Au total, ce sont 35 PASS et un choix entre 227 mineures différentes ainsi que 457 L.AS qui sont accessibles sur le territoire. Or, il y a presque autant de parcours possibles que d’enseignements et de modalités d’examens. Dans leur compte-rendu, les rapporteurs ont d’ailleurs rappelé que les programmes n’avaient pas toujours été revus cette année par les universités. Ce qui a généré une surcharge de travail importante pour certains étudiants, selon la mineure choisie. Une matière en plus mais pas de cours en moins.

"Cette complexité est due à une grande latitude laissée par les textes réglementaires et à l’indépendance accordée aux universités qu’il n’est pas question de remettre en cause, plaide Valérie Bazin-Malgras. Il faut cependant que le ministère donne plus de directives, on espère un meilleur encadrement de la réforme l’année prochaine."

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Une réforme qui reproduit l’ancien système de la PACES

En l’état, difficile de sortir réellement de l’ancien système. "Il y a un manque de communication ou une mauvaise dénomination du PASS, trop proche de la PACES, ce qui laisse penser que le PASS reste la voie royale", admettent les rapporteurs. Aussi, avec des programmes plus conséquents cette année, les résultats risquent de ne pas être à la hauteur. "Les mauvaises notes au premier semestre laissent présager des taux de non-validation élevés", estime Benoit Potterie, rapporteur et député Agir ensemble.

Mais d’après les différentes auditions effectuées, les universités peinent à anticiper ou à avoir une visibilité sur les flux d’étudiants en L.AS 2, suite possible pour les étudiants en PASS. "La majeure de L.AS 2 ne serait pas forcément la même que la mineure suivie en PASS", notamment à cause d’un nombre trop important d’étudiants dans certaines formations.

Là encore, les étudiants restent dans le flou et "ont du mal à se projeter dans leurs études". Les députés préconisent des moyens financiers et humains supplémentaires, notamment pour gérer les L.AS 2 l’année prochaine. "Il faut également repréciser les modalités de la seconde chance." Autre issue envisagée par les députés : supprimer le PASS au profit des L.AS uniquement pour avoir des profils différents, dans l’esprit de la réforme, et éviter une reproduction de la PACES.


Pauline Bluteau | Publié le