La suppression du numerus clausus, un simple effet d’annonce ?

Pauline Bluteau
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La suppression du numerus clausus, un simple effet d’annonce ?
La fin du numerus clausus ne signifie pas l'abandon de la sélection pour l'accès à la deuxième année de médecine. // ©  NDABCREATIVITY / Adobe Stock
Pour la première fois cette année, il n’y aura pas de publication du numerus clausus. Ce quota qui fixait le nombre d’étudiants admis en deuxième année des études de santé est enterré mais sera en réalité très vite remplacé par des objectifs nationaux pluriannuels… un nouveau numerus clausus qui ne dit pas son nom ?

À en croire le gouvernement, la suppression du numerus clausus est un véritable bond en avant. Né dans les années 70, ce quota devait réguler les quatre professions de santé, à savoir médecine, maïeutique, odontologie et pharmacie. Jugé extrêmement rigide et parfois éloigné de la réalité, le numerus clausus est donc définitivement supprimé à compter de 2021. Mais dans les faits, la sélection reste tout aussi rude et les capacités d’accueil des universités peu extensibles.

La fin d’un système descendant

Jusqu’à présent, le numerus clausus était imposé, chaque année, par un arrêté. "L’objectif initial était de former les futurs soignants au plus près des besoins, raconte Emmanuel Touzé, doyen de l’université de Caen. Mais en pratique, c’était un système très descendant venant du ministère. Le quota était fixé à l’unité près, ce qui poussait beaucoup d’étudiants à aller se former à l’étranger."

La réforme du premier cycle des études de santé est donc lancée en 2019 avec l’ambition de diversifier le profil des étudiants et donc de donner leur chance à plus de candidats, et à terme de limiter les déserts médicaux.

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Trouver un équilibre entre capacités d’accueil et besoins médicaux

Le gouvernement décide alors de supprimer le numerus clausus au profit d’objectifs nationaux pluriannuels. "C’est surtout un effet d’annonce, explique Loona Mathieu, vice-présidente chargée de l'enseignement supérieur à l’ANEMF (Association nationale des étudiants en médecine de France). La sélection pour entrer en deuxième année de santé reste tout aussi importante car la capacité d’accueil des facs est limitée."

Les objectifs pluriannuels sont un exercice plus ambitieux et plus complexe mais ils permettent de faire des prédictions sur dix ans. (E. Touzé)

Une réalité bien connue du doyen de l’université de Caen, également président de l’ONDPS (Observatoire national de la démographie des professions de santé), qui se veut pourtant plus optimiste. "Chaque territoire va devoir estimer ses besoins sur les 10–15 prochaines années, en fonction de l’âge de sa population, des flux de médecins, les capacités d’accueil dans les formations… En parallèle, une concertation nationale avec l’ONDPS évaluera les grandes évolutions de la population, des maladies, etc. pour dégager les grandes tendances à venir", précise le doyen.

"Tous ces éléments seront compilés pour présenter les objectifs nationaux pluriannuels dont la fourchette du nombre d’admis par filière sera de plus ou moins 5%", ajoute-t-il. Et selon lui, ces objectifs fixés pour cinq ans pourraient être réajustés en cours d’année en lien avec les ARS (agences régionales de santé) et les universités.

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Une redistribution des effectifs à l’entrée en internat

Mais pour l’ANEMF, il faut aller encore plus loin. Aujourd’hui, les CHU sont saturés et les tuteurs pas assez nombreux pour accueillir de nouveaux stagiaires. "Les établissements ne peuvent pas former autant d’étudiants, il faudrait donc essayer de développer les stages en périphérie ou en libéral mais cela nécessite des adaptations", indique Loona Mathieu.

Car la suppression du numerus clausus ne va pas régler à elle seule l’absence de médecins sur certains territoires. "Les besoins sont inégaux. Souvent, les territoires qui manquent de médecins sont aussi ceux qui ont le plus de difficultés financières, c’est donc compliqué d’augmenter les capacités d’accueil des facs", estime Loona Mathieu.

D’après Emmanuel Touzé, la solution pourra alors être trouvée lors de l’admission en troisième cycle. "On pourrait redistribuer les places des étudiants entrant en internat. On sait que 60% d’entre eux s’installent ensuite dans la ville où ils ont fini leurs études." Les concertations doivent se poursuivre jusqu’au printemps avec les différents acteurs de la santé afin de définir les objectifs pluriannuels à compter de 2022.

2021, année blanche pour la réforme du premier cycle

Avec la mise en place des PASS et des L.AS dans les universités à la rentrée dernière, l’année 2020–2021 fait figure d'année de transition. Pas de numerus clausus annoncé au printemps comme à l’accoutumé mais pas d’objectifs pluriannuels non plus. Chaque université fixe ses propres capacités d’accueil en lien avec les ARS. L’arrêté du 25 janvier prévoit en revanche le nombre d’étudiants en PACES autorisés à poursuivre leurs études en deuxième année de santé (3.668 admis pour la rentrée 2021).

Pour les universités, l’enjeu cette année sera de parvenir à offrir les mêmes chances de réussite aux PACES redoublants qu’aux primants. Selon le professeur Touzé, les capacités d’accueil pour la rentrée 2021 devraient augmenter de 5 à 10%, de sorte à ce qu’il y ait aussi plus d’admis. "À terme, l’objectif serait d’atteindre 50% d’admis parmi les primants", estime le doyen.


Pauline Bluteau | Publié le