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M. Duru-Bellat : "La réforme du bac va anticiper les choix d'orientation et fermer des portes"

Erwin Canard
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M. Duru-Bellat : "La réforme du bac va anticiper les choix d'orientation et fermer des portes"
Selon Marie Duru-Bellat, la réforme du bac répond à l'actualité chaude de l'orientation du supérieur. // ©  Simon LAMBERT/HAYTHAM-REA
Marie Duru-Bellat, professeure émérite de sociologie à Sciences po, spécialisée dans les politiques éducatives et les inégalités sociales dans le système scolaire, estime que la réforme du baccalauréat et du lycée risque de forcer les lycéens à choisir plus tôt leur orientation vers le supérieur. Entretien.

Que vous inspire cette réforme du baccalauréat et du lycée ?

 // © OSC (Sciences po)

Le choix a été fait de privilégier l'une des fonctions du baccalauréat qui est celle de l'adaptation à l'enseignement supérieur. Cela n'a pas vraiment été discuté. On aurait pu favoriser la fonction de sanction de fin d'études secondaires. Mais ça n'a pas été le cas et c'est d'ailleurs pour cela qu'on n'appellera plus ainsi la classe de terminale.

Cette réforme répond également à l'actualité chaude de l'orientation du supérieur. On refile en quelque sorte au lycée la "patate chaude" du choix de l'orientation vers le supérieur.

Lire aussi. Réforme du bac et du lycée : instauration du contrôle continu et fin des séries générales

Les spécialités, qui vont remplacer les séries en filière générale, ne risquent-elles pas de restreindre le choix d'orientation vers le supérieur des élèves ?

La situation d'un lycéen qui aura renoncé à certaines disciplines dès la classe de première pourra poser problème. Les jeunes revendiquent le droit à l'erreur et la possibilité de retenter leur chance. Mais quid d'un élève qui découvre à 18 ans qu'il veut faire médecine et qui n'aura pas suivi de maths ou de sciences ?

Il est certain que les jeunes vont être incités à se positionner plus tôt sur leur orientation. Ils vont être obligés, à l'entrée en première, de faire un choix sur ce qu'ils veulent faire après le lycée. C'est assez nouveau car auparavant on entendait beaucoup de lycéens qui disaient : "Je passe le bac et je verrai après." La réforme va anticiper les choix d'orientation et fermer des portes.

Certains acteurs disent que plus le choix est à faire tôt, plus cela bénéficie aux élèves favorisés, généralement mieux informés. Partagez-vous cette analyse ?

Cela dépend de l'aide au choix apportée aux jeunes. Certes, les élèves aux parents les mieux informés auront toujours un avantage. Réduire les inégalités face à l'orientation suppose un vrai travail d'accompagnement personnalisé. Or, je ne suis pas sûre que les enseignants puissent et soient compétents pour fournir cette aide. Les attendus du supérieur peuvent aider à cela mais, globalement, c'est un pari qui est tenté que d'essayer de faire en sorte de réduire ce biais.

Le temps d'une heure trente hebdomadaire consacré à l'orientation ne devrait-il pas justement permettre de réduire ce biais ?

C'est difficile à dire. Dans tous les cas, cela dépend des élèves : pour certains, ce sera vrai, pour d'autres, peut-être pas. De toute façon, on ne va pas faire quatre heures par semaine d'information à l'orientation. Il faut en revanche que ce temps soit obligatoire et que les enseignants repèrent les jeunes qui en ont le plus besoin.

Ce sont bien les mécanismes de l’orientation qui 'fabriquent' le plus gros des inégalités sociales au niveau du lycée.

Au cours des discussions, les débats ont beaucoup tourné autour de la question des inégalités. Quelles conséquences aura la réforme du bac de ce point de vue ?

La réduction des inégalités suppose des actions bien en amont du lycée. Une réforme du bac ne peut pas réduire les inégalités sociales en termes de fondamentaux sur les acquis scolaires, par exemple. C'est plutôt au primaire, voire au collège, que cela se joue.

En revanche, ce sont bien les mécanismes de l’orientation qui "fabriquent" le plus gros des inégalités sociales au niveau du lycée, même si, bien sûr, les progressions scolaires continuent de se faire souvent de manière inégale, parce que les élèves sont entrés au lycée avec des acquis inégaux, ou encore parce que les élèves les plus favorisés profitent de cadres de travail davantage susceptibles de les faire progresser.

La réforme met en place le contrôle continu et un grand oral au bac. Est-ce là aussi, comme certains l'entendent, un risque d'accroissement des inégalités ?

Pour l'oral, il est difficile de se prononcer. Quand on dit que les compétences orales varient selon le milieu social, c'est évident, mais c'est la même chose pour l'écrit. Ce qui doit piloter une réforme du baccalauréat est ce que l'on souhaite enseigner aux jeunes au lycée. Si nous voulons qu'ils progressent à l'oral, il faut alors travailler l'oral au lycée. La question de l'évaluation, finalement, ne vient qu'ensuite. C'est une fois que nous avons décidé que nous souhaitions faire travailler l'oral que nous devons réfléchir à un moyen d'évaluation qui ne creuse pas les inégalités.

Ce qui doit piloter une réforme du baccalauréat est ce que l'on souhaite enseigner aux jeunes au lycée.

Concernant le contrôle continu, je suis assez réticente car tous les travaux montrent que les résultats varient selon les établissements. L'important, en l'occurrence, est qu'il y ait une base de sujets standardisés, ce qui empêchera certains établissements de donner des sujets plus faciles pour faire monter les notes. Certes, on va rétorquer qu'il y aura des différences selon l'image de l'établissement, mais c'est déjà le cas. En outre, le fait que les bulletins ne comptent que pour 10 % est un garde-fou.

Jean-Michel Blanquer a indiqué que tous les lycées ne pourront pas proposer toutes les doublettes de spécialités possibles. Quelles conséquences cela peut-il avoir ?

Cette différence entre lycées existe déjà. Il n'y a que dans les grandes villes que les jeunes peuvent naviguer entre établissements. Ailleurs, les lycéens font déjà en fonction de l'offre, qui est inégale. Je ne pense pas que la réforme puisse accentuer ces différences. On ne peut pas faire tout partout.


Erwin Canard | Publié le

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Mégane.

Mais cette fonction d'orientation est déjà professionnalisée ! Mieux, elle est déjà présente dans les établissements d'enseignement secondaire et supérieur. Le problème est qu'à aucun moment le gouvernement ne mentionne des professionnels de l'orientation, qui ont été formés à l'accompagnement à l'élaboration du projet pro. C'est quand même aberrant de voir que ni dans la réforme de l'enseignement supérieur, ni dans celle du bac on ne parle des personnels de CIO, de SCUIO, etc. Alors que le cœur de celles-ci est bel et bien l'orientation. Peut-être qu'un moyen pour tendre vers un système juste et équitable est de déployer davantage l'accès à ces personnels. Certains élèves pensent d'ailleurs que l'accès aux CIO et SCUIO est payant !

Baudin Cachot Valerie.

Bonjour.Pour ma part ce qui me choque c'est que la notion d'orientation soit confiée aux professeurs de lycée : ce n'est pas leur job et surtout pas les compétences.Pour la plupart ils /elles ont un parcours où par exemple ils ne connaissent pas l'entreprise ni ses métiers ni surtout l'évolution des métiers; ils n'en ont qu'une représentation et c'est normal.C'est décisif pour nos jeunes d'avoir des conseils éclairés ; il faut donc professionnaliser cette fonction vitale qu'est l'orientation surtout pour des jeunes dont la famille est démunie face à ces choix.Effectivement ceux qui seront privilégier seront sont dont les parents ont les clés pour s'informer correctement.Essayons de trouver un système juste et équitable plutôt que de creuser les inégalités puisque l'une des inégalités est la connaissance de quelque chose, son décryptage et l’appropriation qu'on en fait.

Chris.

L’Allemagne a un modèle de bac très semblable depuis des décennies. Aucune porte n’est fermée selon sa spécialisation de lycée bien au contraire. Par contre, une très bonne moyenne au bac ouvre plus de portes. Et des cours gratuits de remises à niveau (en maths par exemple) sont mis en place avant chaque début de semestre (on compte en semestre d’études). Ce qui est bien plus logique je trouve. Quel étudiant en médecine a besoin de l’intégralité de son programme de maths de terminale? Au moins c’est plus ciblé, et cela donne la chance aux étudiants motivés. Ceux qui ont déjà étudié ces matières au lycée ont juste un début plus confortable, mais au troisième semestre, il n’y a plus de différence.

ddiat.

Effectivement, Mme Duru-Bella semble nous expliquer qu'aujourd'hui le choix se fait APRES le bac. Il n'en est rien bien sûr. Toutes les portes restaient ouvertes après le bac S, moins avec ES, encore moins avec L. Nous aurions pu garder les 3 filières en les spécialisant encore plus: pour entrer en médecine S OBLIGATOIRE, Eco-droit ES obligatoire, Histoire L OBLIGATOIRE. De même pour les prépas. Khagne = L, ECE = ES, Ingé= S. Cela aurait permis de remettre de l'ordre.

jpjohet.

vous avez raison, ils n'ont aucune chance et pire encore pour les bacs pro type ss&s. en 43 années d'enseignement en médecine je n'ai connu qu'un seul étudiant bac pro qui a réussi sur 2 années. c'était un étudiant intelligent qui avait été "fourvoyé" en lycée pro par la faute de profs idiots; il y en a une flopée dans le secondaire et aussi en primaire et même le supérieur. pour entrer en pacès il faut sélectionner les bacs s avec mention b ou tb, c'est simple et cela rapporte gros à l'université qui le ferait: pas de "branques" à l'entrée.

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