Parcoursup 2020 réussit le pari de l’accompagnement, et après ?

Thibaut Cojean
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Parcoursup 2020 réussit le pari de l’accompagnement, et après ?
En cette année particulière, la plateforme Parcoursup a rempli son objectif premier de trouver une formation pour un maximum de candidats. // ©  Frédéric Maigrot/REA
Alors que la procédure a accueilli cette année beaucoup plus de candidats, seuls 591 d’entre eux étaient encore en attente de solution à la fin de la procédure. Les taux d’admission sont plus importants, mais il reste difficile de connaître la satisfaction réelle des candidats.

Parcoursup s’est arrêté fin septembre après "une année sans équivalent", selon Jérôme Teillard, responsable de la plateforme auprès du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (Mesri). Sans équivalent pour deux raisons : d’abord à cause de la crise sanitaire, qui a rebattu les cartes de toutes les procédures éducatives en 2020, mais aussi à cause de l’augmentation considérable du volume de dossiers traités par la plateforme cette année.

J. Teillard : "En dépit de la crise sanitaire, les formations et les candidats ont répondu présent sur Parcoursup"

Admissions en hausse mais inégalités persistantes

Le site s’est en effet ouvert avec près de 2.400 formations supplémentaires dans son arborescence. Au total, 17.123 étaient accessibles via Parcoursup en 2020, contre 14.745 en 2019 et 13.469 en 2018. "Toutes les formations supérieures délivrant des diplômes reconnus par l'État sont désormais accessibles via Parcoursup", se félicite le Mesri dans un dossier de presse.

Proposer plus de formations attire de fait plus de candidats. En 2020, près de 950.000 candidats ont ainsi formulé au moins un vœu sur Parcoursup, soit une augmentation de 5,8% par rapport à 2019. Parmi eux, 662.359 lycéens. Et la plateforme d’encaisser cet afflux de connexions. "Elle a très bien fonctionné, se réjouit Jérôme Teillard. Elle est robuste et bien appropriée : tout le monde connaît son calendrier et son fonctionnement." Aussi, malgré les traditionnels petits bugs de passage, "le processus a généré plus de propositions et des taux d’admission supérieurs à l’an dernier".

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Les statistiques le confirment : en 2020, 827.998 candidats ont reçu au moins une proposition d’admission (+ 7% par rapport à 2019). Mieux : 665.998 ont accepté une proposition, soit une augmentation de 9,7% par rapport à l’an dernier. Qu’importe leur filière d’origine, les nouveaux bacheliers sont plus nombreux à avoir reçu une proposition : 97% des bacheliers généraux (contre 96,1% en 2019), 90% des technologiques (87,6%) et 79,8% des professionnels (78,2%).

Ces bons résultats ne masquent pas les inégalités persistantes : on le voit, les bacheliers professionnels ont toujours moins de chance que les autres d’accéder à une formation de l’enseignement supérieur. Et ce malgré le financement, en 2020, de 21.500 places supplémentaires, dont 5.700 en BTS. Autre inconnue que ces honorables statistiques ne suffisent pas à cacher : la satisfaction des candidats. Sans un classement des vœux au préalable, difficile de savoir combien ont accepté une formation qu’ils voulaient vraiment suivre et combien ont accepté une proposition par dépit ou dans la crainte de ne pas avoir mieux.

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Mission accomplie pour les CAES

Avec la crise sanitaire, il est d’ailleurs permis de penser que cette situation a pu arriver plus souvent qu’à l’ordinaire. Le bac 2020 ayant été attribué sur la base du contrôle continu, les taux de réussite ont explosé et de nombreux "bacheliers surprise" se sont inscrits en catastrophe à la phase complémentaire de Parcoursup. L’année 2020 a ainsi consacré 48.000 bacheliers de plus que le précédent millésime. Pour eux, Parcoursup a joué un rôle d’autant plus important que "l’offre à l’extérieur de la plateforme, comme l’emploi ou les séjours à l’étranger, s’est contractée après la crise", a constaté Jérôme Teillard.

A ce sujet, l’accompagnement des candidats a été très fonctionnel, surtout étant donné la quantité de personnes en ayant besoin. Après la procédure complémentaire, rallongée de plusieurs semaines pour l’occasion, 85.013 candidats parmi les 123.377 ayant formulé un vœu voyaient leur cas réglé. Soit 3 candidats sur 10 encore en situation de refus. Au total, 34.831 candidats ont saisi une commission d’accès à l’enseignement supérieur (CAES), 34% de plus qu’en 2019.

Une augmentation qui s’explique encore une fois par la situation sanitaire, mais également par les efforts déployés en matière de communication. "Parcoursup a envoyé 30 millions de mails et 6,3 millions de SMS", compte Jérôme Teillard, qui ajoute que "10 campagnes d’appels" ont été organisées pendant l’été pour ne pas perdre les candidats. Si une partie des personnes contactées n’ont pas donné suite, cela a permis de récupérer près de 9.500 personnes, indique le chargé de mission.

Finalement, seuls 591 candidats suivis étaient encore sans solution à la fin de la procédure Parcoursup, fin septembre. Ceux-ci sont toujours en contact avec les CAES, qui courent jusque fin octobre. Les solutions existent, affirme le ministère, notamment en apprentissage, dont le calendrier est décalé par rapport aux formations classiques.

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Prochaine promesse à tenir pour Parcoursup : la cohérence avec la réforme du bac

C’est justement l’autre enseignement de cette nouvelle saison de Parcoursup, l’augmentation de l’offre en apprentissage. En 2020, cela concernait 4.200 formations, soit 1.000 de plus que l’année passée. Un effort favorisé par le plan #1jeune1solution, grâce auquel le ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion a pu débloquer des aides spécifiques au recrutement d’alternants. Mais le chargé de mission fait aussi remarquer que la demande de formations en apprentissage augmente fortement.

Parcoursup désormais bien lancé, la prochaine édition sera marquée par l’arrivée de nouvelles formations (notamment les CPGE vétérinaire et informatique), mais aussi la gestion des réformes de la licence pro et du DUT qui passe en 3 ans et devient un BUT (Bachelor Universitaire de Technologie). Surtout, la plateforme pourra, pour la première fois, s’articuler autour de la réforme du bac général et technologique, avec les deux notes aux épreuves de spécialités désormais communiquées dans les dossiers des candidats.

En plus de cela, Jérôme Teillard indique que le Mesri poursuivra le travail sur l’égalité des chances et le phénomène d’autocensure. Une composante difficile à mesurer aujourd’hui, car le bilan ne permet pas de savoir combien de nouveaux étudiants suivent des formations "par défaut", ni combien ont quitté la plateforme sans avoir de solution pour leur avenir.


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