L'École polytechnique de Paris, l’effet ricochet du rapport Attali

Céline Authemayou
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Hall de l'École des ponts ParisTech // © Hermine Cléret
Le rapport Attali préconise aussi le déménagement de l'Ecole des ponts à Saclay au sein d'une grande Ecole polytechnique de Paris. // ©  Hermine Cléret
Rendu public le 6 juin 2015, le rapport de Bernard Attali dédié à l’avenir de l’École polytechnique n’a pas fini de faire des remous. Outre les recommandations choc formulées à l’encontre de l’X, l’économiste suggère de regrouper plusieurs grandes écoles d’ingénieurs, pour accroître le poids à l’international de l’historique institution.

Le travail de Bernard Attali ne devait pas les concerner. Mais les écoles d'ingénieurs voisines de l'École polytechnique sur le plateau de Saclay se retrouvent malgré elles visées par les propositions de l'économiste. Après plusieurs mois de travail, ce dernier a rendu son rapport sur l'avenir de l'X, le 6 juin 2015. Au fil des 80 pages que constitue le dossier, il est à la fois question de rénover la pédagogie de l'école d'ingénieurs, de supprimer la solde des élèves ou encore de créer un accès postbac.

Mais Bernard Attali souhaite aussi et surtout renforcer la place de l'X sur le marché international de l'enseignement supérieur. "Le principal défi qui se pose à l'école se résume ainsi : est-il possible de rester une école d'excellence malgré une relative petite taille ? questionne l'économiste. La réponse est clairement non. L'X, comme l'ensemble des écoles françaises d'ingénieurs, souffre, face à la compétition internationale, d'une taille insuffisante, héritage de l'histoire." La solution prônée est donc simple : rassembler au sein d'un grand établissement 10 écoles scientifiques, pour donner naissance à l' "École polytechnique de Paris".

L'École Polytechnique de Paris, future école d'ingénieurs de Saclay

Sur le papier, l'X, CentraleSupélec, Mines ParisTech, l'École des ponts ParisTech, l'Ensta ParisTech, Télécom ParisTech, l'Ensae ParisTech, AgroParisTech, l'Institut d'Optique Graduate School et l'ENS Cachan (qui ne délivre pas de diplôme d'ingénieur) pourraient ainsi, dans les prochaines années, se regrouper au sein d'une super structure. Cet ensemble serait intégré au sein de l'Université Paris-Saclay (UPS), qui rassemble déjà une majorité des écoles citées. L'École polytechnique de Paris deviendrait ainsi l'école d'ingénieurs de l'UPS, "de même qu'HEC en est la grande école de commerce", commente Bernard Attali.

Alors que le projet de Saclay a mis du temps à se mettre en place, ralenti notamment par la peur des établissements de voir disparaître leur identité, l'idée de cette nouvelle structure peut surprendre. Deux jours après la publication du rapport, les principales concernées préfèrent attendre une prise de parole de leur tutelle (ministère de l'Industrie pour bon nombre d'entre elles) avant de réagir. "Après avoir tout fait pour supprimer ParisTech, voilà qu'on propose une solution qui s'en approche incroyablement", analyse-t-on au sein d'une école concernée.

FIN de ParisTech et déménagement des Mines

L'École polytechnique de Paris, un ersatz de ParisTech ? En pleine réflexion sur son modèle, ParisTech devrait proposer une nouvelle stratégie d'ici à la fin du mois de juin. Mais Bernard Attali  prône une solution définitive. Selon lui, ParisTech "a longtemps eu le mérite de constituer un lieu d'échange entre les grandes écoles d'ingénieurs de la région parisienne (...). Cependant, à l'heure où l'État a fait le choix clair d'une logique territoriale de regroupements, et où la motivation de certaines écoles à poursuivre leur adhésion à ParisTech s'essouffle, il me semble inutile de disperser les efforts : je suggère donc de tirer un trait définitivement sur cette structure."

Et Bernard Attali de poursuivre son inventaire des choses à faire... et à défaire dans l'enseignement supérieur francilien. La présence de deux universités au sein de l'UPS ? "Il est évident, qu'à terme, les universités Paris-Sud et Versailles-Saint-Quentin devront être fusionnées."

L'absence des Mines de Paris sur le plateau de Saclay ? "Il faudrait donc que l'État reprenne le dossier et use de tout son poids pour que l'école reconsidère sa position", face à une situation décrite par l'économiste d' "incongruité", "couverte par l'omerta".

Le rattachement de l'École des ponts ParisTech à la Comue Université Paris-Est ? Une situation qui prive l'école "d'un lien organique avec une communauté d'excellence, alors que ses spécificités en matière de recherche et d'enseignement (génie civil, urbanisme, transports,...) en feraient un membre de l'UPS très complémentaire des autres écoles d'ingénieurs". Nul doute que le regroupement d'établissements de l'Est parisien appréciera l'analyse...

La réforme de l’X est (de nouveau) en marche
Sur la réforme de l’École polytechnique, Bernard Attali livre dans son rapport une liste très complète de recommandations et de pistes de réflexion, regroupées en neuf thèmes. Présent à Polytechnique le 6 juin 2015, le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, a annoncé vouloir suivre certaines propositions du rapport. La stratégie de l’établissement doit être revue avant la fin de l’année 2015.

- Créer un accès post-bac à l’École polytechnique
- Créer une formation par alternance à l’X
- Créer sur le campus de Saclay un internat d’excellence abritant des classes préparatoires dédiées aux élèves boursiers
- Supprimer le classement de sortie en introduisant une sélection sur dossier et un entretien de motivation
- Étudier la vente de la "Maison des Polytechniciens"
- Substituer à la solde des élèves un système de bourses
- Quadrupler le nombre d’élèves internationaux du cycle polytechnicien
- Relever très significativement les frais de scolarité
Polytechnique et l’Ensta ParisTech officialisent leur projet d’association
Comme l'annonçait EducPros en mars 2015, les conseils d’administration des deux écoles s’étaient déjà prononcés en faveur de l’association. Samedi 6 juin 2015, l’École polytechnique et l’Ensta ParisTech ont officialisé leur projet de rapprochement, en signant un protocole d’accord. Celui-ci se transformera en convention d’association à la publication d'un décret, d’ici à quelques mois. L’accord entend rapprocher les écoles en matière de formation, de recherche, mais aussi sur les questions internationales.

Céline Authemayou | Publié le