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Réforme du bac : après le rapport Mathiot, quelle marge de négociation pour les syndicats ?

Erwin Canard
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Réforme du bac : après le rapport Mathiot, quelle marge de négociation pour les syndicats ?
Pierre Mathiot et le ministre Jean-Michel Blanquer lors de la conférence de presse du mercredi 24 janvier 2018. // ©  Nicolas Tavernier/REA
Partagés sur les propositions du rapport Mathiot, les syndicats du monde de l'éducation se préparent désormais à une nouvelle concertation, cette fois-ci avec le ministre. Avec, en tête, une question partagée : la concertation sera-t-elle réelle ou le tour est-il déjà joué ?

Trois semaines. C'est le temps qu'il reste avant l'annonce par Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale, de ses arbitrages concernant la réforme du baccalauréat et du lycée. Lors de la conférence de presse du mercredi 24 janvier qu'il a tenue en compagnie de Pierre Mathiot pour la remise du rapport de ce dernier, le ministre a annoncé qu'il proposerait sa réforme lors du Conseil des ministres du 14 février 2018.

Entre-temps se tiendra une nouvelle concertation, construite sur la base de réunions bilatérales entre chacune des organisations syndicales et le cabinet du ministre. À l'issue de ces rencontres, que restera-t-il des propositions de Pierre Mathiot ? Telle est la question. "Le rapport a le mérite de poser les bases de la discussion, souligne Alexis Torchet, secrétaire national du Sgen-CFDT. Il établit un diagnostic pertinent sur le lycée et ouvre des pistes en renvoyant les arbitrages au ministre."

Lire aussi. Pierre Mathiot : "Je suis partagé sur la place du contrôle continu au bac"

La prise en compte des notes au bac divise

Des pistes sur lesquelles les organisations professionnelles du monde de l'éducation sont partagées. À l'image de la prise en compte des résultats du baccalauréat au sein de Parcoursup. "C'est le point le plus important de la partie bac. Cela lui redonne du sens dans le parcours des élèves", assure Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN, principal syndicat des chefs d'établissement. "C'est quelque chose de très intéressant", abonde Jean-Rémi Girard, vice-président du Snalc.

En revanche, Stéphane Cochet, secrétaire général du Se-Unsa, alerte : "Nous craignons une hyperspécialisation des élèves devant Parcoursup et une réduction des choix d'orientation." "Comment empêcher les universités d'indiquer parmi leurs attendus l'obligation d'avoir suivi telle ou telle majeure ?", s'inquiète quant à lui Ugo Thomas, président du SGL, syndicat majoritaire chez les lycéens.

La réforme du lycée et ses contraintes d'organisation

Globalement, ce sont les propositions sur la réforme du lycée qui concentrent les inquiétudes. "Il y a là une complexité abominable, regrette Jean-Rémi Girard. Ce projet est irréalisable et dangereux pour les conditions de travail des enseignants et chefs d'établissement". "Les propositions de ce rapport ignorent ce qu'est l'organisation matérielle d'un lycée et le principe de régularité des apprentissages", ajoute Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU, majoritaire.

Les contraintes organisationnelles qu'engendreraient, par exemple, la mise en place de majeures/mineures que les élèves pourraient, en plus, modifier en cours de cursus laissent perplexe. "L'organisation présentée, très complexe, risque de mobiliser beaucoup d'énergie, une énergie qui ne sera pas dédiée aux élèves", prévient Philippe Tournier. Le chef d'établissement estime que tous les scénarios sont possibles : "Le ministre peut décider d'un big bang ou bien mettre en place le bac présenté dans le rapport sans vraiment bouleverser l'organisation des lycées et en ne touchant qu'aux programmes."

Calendrier serré pour la concertation

À quel point le projet de Jean-Michel Blanquer ressemblera-t-il à celui du rapport Mathiot ? Le ministre a en tout cas les cartes en main. "Il a vraisemblablement largement avancé sur son projet et identifié les attentes des uns et des autres", estime Stéphane Crochet, qui s'attend à une concertation "réelle". "Je ne crois pas que les choix soient figés, sauf au niveau des quatre épreuves terminales. Le ministre veut surtout réussir sa réforme, donc cela passe par une réelle concertation", prévient Philippe Tournier. Toutefois, Jean-Rémi Girard ne croit pas que le projet de lycée restera en l'état car celui-ci "ne tient pas debout". D'autant que, selon lui, "ce projet ne paraît pas coller avec ses idées, sur la priorité aux fondamentaux par exemple ou l'interdisciplinarité, qu'il a fait reculer au collège".

Pour Frédérique Rolet, en revanche, cette concertation n'en sera pas vraiment une : "Il n'est prévu que quinze jours de concertation, c'est très court et laisse présupposer qu'il a déjà décidé un certain nombre de choses." Même sentiment chez Alexis Torchet : "Nous sommes reçus le 5 février, pour des décisions le 14. On voit la couleur du dialogue social…" Lors de la conférence de presse, Jean-Michel Blanquer l'a pourtant assuré : tout n'est pas tranché.


Erwin Canard | Publié le

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