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Réforme du baccalauréat : les établissements du supérieur se mettent au diapason

Eva Mignot
Publié le
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Les concours d'entrée devront-ils subir un lifting pour s'adapter à la réforme du baccalauréat ?
Les concours d'entrée devront-ils subir un lifting pour s'adapter à la réforme du baccalauréat ? // ©  Jessica Gourdon
Entre les concours à changer et les formations à adapter, les établissements de l’enseignement auront fort à faire avec la réforme du baccalauréat dans les mois et années à venir.

Grands chamboulements à venir pour le lycée. Dès la rentrée 2019, les établissements du secondaire devront abandonner les séries L, ES et S de la voie générale pour mettre en place des spécialités. En plus des cours de tronc commun, les élèves de première suivront, à partir de la rentrée 2019, trois enseignements au choix parmi ceux proposés par leur établissement. Si la réforme du baccalauréat annoncée va profondément bouleverser l’organisation des établissements, ceux de l'enseignement supérieur anticipent déjà l’arrivée des bacheliers 2021.

Des groupes de travail secondaire-supérieur

Un effort de communication a été engagé pour informer les personnes concernées du contenu de la réforme. "Dans le mois de novembre, nous avons organisé une réunion bilan Parcoursup. Nous avons profité de l’occasion pour convier l’inspecteur pédagogique régional et rencontrer nos collègues afin de présenter la réforme du baccalauréat. Pour pouvoir s’adapter à cette dernière, il faut la connaître", souligne Christelle Serée-Chaussinand, vice-présidente déléguée au cycle licence de l’université de Bourgogne.

Sur le terrain, les équipes se mobilisent pour réfléchir aux différents points d’interrogations amenés par la réforme et trouver les réponses nécessaires. "Nous avons décidé de créer un groupe de travail mixte, université et secondaire, pour évaluer tout ce qu'il reste à faire pour que l'enseignement supérieur s’adapte à la réforme du lycée, comme la définition des attendus dans chaque filière", complète Christelle Serée-Chaussinand.

Des lycéens en attente d'informations

Cette anticipation s’avère d’autant plus nécessaire que les lycéens sont à la recherche d’informations. "Sur les derniers salons, nous avons fait face à une grande affluence d’élèves de seconde curieux de nos modalités de recrutement", rappelle Thierry Delecolle, directeur général adjoint académique de l’école de commerce ISC Paris.

À l’heure de choisir leurs spécialités, les élèves veulent connaître les prérequis nécessaires pour entrer dans les établissements qui les intéressent. Et il n’est parfois pas simple pour les établissements d'enseignement supérieur de leur répondre.

Lire aussi : Réforme du bac : ce qu'attend l'enseignement supérieur

Fidèles à l'esprit de la réforme, les établissements du supérieur ne souhaitent pas recréer des filières en imposant un choix précis de disciplines à suivre. "Nous avons signé une charte dans laquelle nous disions que les formations du supérieur, à travers les représentants de la CGE, s’engageaient à respecter les principes de la réforme du baccalauréat : les choix des élèves au lycée ne doivent pas être déterminants pour la suite de leur cursus", déclare Laurent Champaney, directeur général de l’École des arts et métiers, vice-président la CGE (Conférence des grandes écoles) et président de la commission Amont.

Des concours remaniés

En pratique, les établissements réfléchissent tout de même aux consignes à donner pour rester cohérents avec le contenu de leur formation et les attentes des professionnels. "Comme le tronc commun est très tourné vers les humanités, nous proposons aux élèves de seconde de choisir trois enseignements de spécialités scientifiques : mathématiques, physique-chimie et une autre discipline, telle que SVT, numérique et sciences informatiques ou sciences de l’ingénieur", précise Mickaël Prost, président de l’UPS (Union des professeurs de classes préparatoires scientifiques).

Par ailleurs, les écoles d’ingénieurs amorcent une réflexion sur l’évolution nécessaire de leurs concours d’entrée. Objectif ? Trouver la meilleure formule pour intégrer des profils diversifiés, tout en sélectionnant des candidats capables de suivre un cursus scientifique très poussé.

La traditionnelle épreuve de physique-chimie pourrait-elle subsister ? Rien n’est moins sûr. "Nous pouvons imaginer une épreuve avec 10 questions de SVT, de physique et de numérique… Ou alors une épreuve de mathématiques, une de logique, une d’expression-motivation et, éventuellement une d’anglais. Plusieurs choix sont possibles", estime Frédéric Meunier, directeur général de l’Efrei.

Lire aussi : Réforme du bac : vers une orientation (trop) précoce ?

Dans les écoles de commerce, la transition devrait être plus douce car le vivier de recrutement est plus large. "Pendant nos concours, nous ne testons pas des connaissances particulières, mais la mobilisation du cerveau à travers des épreuves de logique et de synthèse", pointe Thomas Lagathu, directeur du concours Sésame. "L’enjeu de notre école est d'accueillir des jeunes avec un potentiel. Aujourd'hui, nous ne recrutons pas sur un bac", ajoute Thierry Delecolle, de l’ISC.

Didier Wehrli, délégué général du concours Atout+3, voit même en la réforme du baccalauréat l’occasion d’attirer des profils qui ne candidataient pas jusqu’à présent aux concours des écoles de commerce : "Aujourd’hui, les élèves de L ou de STMG s’auto-censurent ; ils n’osent pas passer les concours. Grâce à cette réforme, les épreuves sélectionneront les bacheliers quelle que soit leur filière."

Des classes prépas à repenser

La réforme du lycée nécessite également de mener une réflexion en profondeur sur le recrutement et la constitution des classes préparatoires, notamment les prépas économiques. Actuellement, les élèves de S qui rejoignaient une CPGE économique allaient en ECS (Économique et commerciale, option scientifique), tandis que les ES intégraient une ECE (Économique et commerciale, option économique) et les STMG une ECT (Économique et commerciale, option technologique).

À l'avenir, il pourrait y avoir des classes prépas économiques et commerciales avec des dominantes en mathématiques, en histoire, etc.
(F. Munier)

"Il ne peut plus y avoir de répartition véritable entre ECS et ECE. À l'avenir, il pourrait y avoir des classes prépas EC avec des dominantes en mathématiques, en histoire, etc. Nous avons remis à la ministre de l’Enseignement supérieur un document plaidant pour une structure prête à accompagner la réforme par une certaine modularité des classes préparatoires", prévient Frédéric Munier, professeur de géopolitique en prépa et membre de l’APHEC (Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales).

Une formation à adapter

Au-delà du recrutement, les établissements de l’enseignement supérieur doivent repenser leurs premières années de formation. Avec la volonté d’une plus grande ouverture, les écoles, les universités et les classes préparatoires accueilleront inévitablement des profils plus diversifiés.

"Dans les écoles, nous ne pourrons plus nous appuyer sur un socle parfaitement identique, admet Pascal Brouaye, directeur de l'ESILV. Le premier semestre comportera donc sans doute moins de cours magistraux et les cursus seront davantage à la carte."

Pas de quoi s'inquiéter pour autant : "Nous avons déjà aujourd’hui affaire à des candidats venant de bacs différents, notamment dans des domaines tels que la psychologie, le droit ou l’histoire. Avec nos systèmes de tutorat et d'accompagnement par les enseignants, nous avons l'habitude de nous adapter aux différents publics", affirme Virginie Laval, vice-présidente formation de l’université de Poitiers, qui n'entrevoit pas de bouleversements majeurs avec l'apparition des spécialités.

Dans une grande partie des écoles de commerce postbac, les étudiants venant de L ou de ES suivent des cours de mathématiques, tandis que les bacheliers scientifiques ont quelques cours de rattrapage en sociologie et en économie. "Aujourd’hui, une de nos prépas intégrées est une prépa renforcée réservée aux ST2D et aux bacs ES spécialité maths. Avec la réforme, nous pourrions imaginer un cursus similaire pour les jeunes qui n’auraient pas fait le choix de spécialités scientifiques", complète Frédéric Meunier, directeur général de l’Efrei. "Ou nous appuyer sur les outils numériques, réputés pour offrir un enseignement davantage individualisé", renchérit Pascal Brouaye, directeur de l’ESILV.

L’absence de spécialités : un enjeu ?

L’absence de certaines spécialités dans plusieurs lycées ne semble pas non plus inquiéter le monde de l'enseignement supérieur, et ce dans la mesure où les établissements devront s’adapter à des profils plus atypiques qu’auparavant. D’autant que les spécialités qui pourraient être décisives pour rejoindre un cursus spécifique (tels que les mathématiques ou la physique-chimie) devraient être présentes dans la quasi-totalité des établissements.

Lire aussi : Réforme du lycée : où trouver les spécialités

Mais, pour le délégué général d’Atout+3, ces disparités entre établissements pourraient créer des effets pervers d’auto-censure auprès des élèves. "Le risque, c’est que les jeunes lycéens pensent qu’ils n’ont pas les mêmes chances de réussite que ceux qui ont suivi tel ou tel enseignement, alors qu’eux-mêmes ne peuvent pas les choisir à cause de l’absence de cette spécialité dans leur établissement, craint-il. Je ne veux pas que nous contribuions à cette auto-censure. Il faudra être vigilants."


Eva Mignot | Publié le

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Simon.

Magnifique langue de bois ! La réalité est que les prépas et autres filières sélectives vont promouvoir des enseignements de spécialité encore plus restreints que ce que l'ont trouvait jusqu'à présent dans les sections S ou ES, enseignements complétés, soit par des enseignements complémentaires dans les lycées qui le permettent, soit par des cours particuliers... La sélection par l'argent est en place !

simon.

...ce que l'on trouvait..