Réforme du bac : le ministère de l'Éducation nationale patine

Thibaut Cojean
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Réforme du bac : le ministère de l'Éducation nationale patine
Les derniers ajustements de la réforme du bac n'ont pas réussi à faire taire la contestation. // ©  DEEPOL by plainpicture/Sam Edwards
A la veille des vacances scolaires, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, a annoncé, le 30 juin dernier, les derniers ajustements de la réforme du bac qui seront effectifs dès la rentrée 2020. Des décisions qui ne contentent personne et n’aideront pas à la simplification de l’examen.

Tout ça pour ça ? Après les derniers arbitrages de Jean-Michel Blanquer sur la réforme du baccalauréat, les membres de la communauté éducative restent sur leur faim. Au mieux, ces ajustements ne changeront rien. Au pire, ils rendront le bac encore plus complexe et local.

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Pas de révolution mais un bac de "plus en plus local"

Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’Éducation nationale, a rendu ses décisions mardi 30 juin au soir, dans un communiqué de presse. Attendues après plusieurs mois de comités de suivi de la réforme du bac, celles-ci concernent très majoritairement les épreuves communes de contrôle continu (E3C). Ces dernières changent de nom pour devenir des "évaluations communes" (EC), leur calendrier sera laissé à l’appréciation des chefs d’établissement et leur organisation sera simplifiée. Le format de quelques épreuves sera également modifié.

"On s’est rendu compte qu’on ne remettrait pas en cause la philosophie de la réforme", regrette Jean-Rémi Girard, président du Snalc (Syndicat national des lycées et collèges). "Concrètement, ces annonces ne changent pas grand-chose dans la vie des lycées", abonde Claire Krepper, en charge de l’éducation au SE-Unsa.

Pire, "avec ces ajustements, le bac sera de plus en plus local", redoute Jean-Rémi Girard. Un avis partagé par Claire Guéville, en charge du lycée au Snes-FSU (Syndicat national des enseignements de second degré) : "Pour résoudre tous les problèmes liés à l’organisation locale des examens, le ministre propose encore plus de local. Il fait le choix d’un bac par établissement."

Avec ces ajustements, le bac sera de plus en plus local. (J-R. Girard)

Les syndicats espéraient des décisions plus fortes. "On a passé des mois à travailler de manière constructive, même entre organisations avec des points de vue différents, raconte le président du Snalc. On était parvenus à un compromis, mais les copilotes ont formulé des propositions qui n’engageaient qu’eux. On les a découvertes lors de la séance du 30 juin."

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Un changement de nom cosmétique

Les discussions au sein des comités de suivi ont principalement tourné autour de la question du calendrier. Il a été évoqué de l’inverser – en plaçant deux sessions d’E3C en terminale et une en fin de première – mais aussi de repousser les épreuves terminales de mars à juin de l’année de terminale. Il n’en sera rien. La suppression des E3C était aussi sur la table. Principalement l’abandon de la première session, calée entre janvier et mars de l’année de première, "pour laisser le temps aux élèves de se préparer sans pression évaluative", explique Claire Krepper.

"On a bien vu que les E3C1 s’étaient très mal passées" en 2020, rappelle Jean-Rémi Girard, pour qui "le ministre ne fait pas ce constat d’échec, car il garde presque tout. Tout, sauf le nom. Pour beaucoup, c’est un leurre : une façon de faire croire qu’on s’occupe du problème. Choisir une nouvelle appellation, "c’est se moquer du monde", estime en effet Claire Guéville. "C’est à la limite du ridicule", surenchérit Jean-Rémi Girard.

"Changer le nom officialise le fait qu’on ne changera rien d’autre, craint Héloïse Moreau, présidente de l’UNL (union nationale lycéenne). Ça ne change pas les problématiques qui nous sont flagrantes." Comme le Snes, l’UNL demande un retour aux épreuves terminales nationales et anonymes. De son côté, l’Unsa souhaite "ne plus avoir deux formes de contrôle continu". Les décisions du ministre ne vont donc ni dans un sens ni dans l’autre.

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Pas de vision claire

"C’est la politique des petits pas, observe Claude Lelièvre, historien de l’éducation. Le ministre n’a pas de vision claire et multiplie les ajustements, c’est d’une complète complexité." Alors que le gouvernement vient de démissionner et que le remaniement est en cours, l'historien pense que "ce n’est pas un bon signal envoyé au président de la République, dans une situation où c’était pourtant facile de faire simple".

En 2017, le candidat à la présidentielle dessinait les premiers contours d’un nouveau bac divisé entre une poignée d’épreuves terminales et du contrôle continu. Mais face à la fronde des syndicats, Jean-Michel Blanquer a finalement créé les E3C. "Un compromis qui dans la réalité n’arrangeait personne", balaie l’historien. Selon lui, le ministre aurait dû profiter de l’expérience du bac 2020, passé en contrôle continu en raison de la crise sanitaire, pour supprimer les E3C au profit du contrôle continu ordinaire. "Il y avait un boulevard pour le faire, estime-t-il. Il aurait pu argumenter facilement devant l’opinion et les syndicats, qui l’ont tous réclamé en 2020."

Ce à quoi les syndicats rétorquent tout le contraire. "Le contrôle continu en 2020, c’est la démonstration que ce n’est pas possible sans épreuves terminales : on valide le bac sur la base de statistiques des taux de réussite et de mention des trois dernières années", pointe Claire Guéville.

Même l’Unsa, pourtant favorable au contrôle continu, estime aujourd’hui qu’en l’état, il est source d’inégalités. "Si on n’améliore pas la qualité et la fiabilité de l’évaluation au lycée, c’est difficile de le prendre en compte", admet Claire Krepper. Pourtant, le contrôle continu est aujourd’hui déterminant dans l’orientation des lycéens, à travers Parcoursup.

Pour une vraie simplification du bac, le chantier s’annonce donc plus important que les quelques ajustements proposés par le ministre. Surtout si, comme le pense le président du Snalc, "on n’a pas fini de découvrir les effets de la réforme". L’Unsa n’attendra pas de les connaître. Claire Krepper annonce que son syndicat "déposera des amendements". Les comités de suivi reprendront à la rentrée, mais porteront notamment sur la voie technologique et le grand oral.


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