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Réforme du lycée et du bac : les pistes de la mission Mathiot se précisent

Erwin Canard
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Réforme du lycée et du bac : les pistes de la mission Mathiot se précisent
La mission Mathiot rendra son rapport début février 2018 au plus tard. // ©  Nicolas Tavernier/REA
Suppression des séries, couples de majeures, épreuves ponctuelles, fin des rattrapages oraux... À trois semaines du rendu de son rapport, la mission menée par Pierre Mathiot, chargée de réformer le baccalauréat et le lycée, avance dans le projet qu'elle veut proposer à Jean-Michel Blanquer.

Après une centaine d'auditions et trois déplacements (à Marseille, Lille et dans l'académie de Besançon), la mission Mathiot touche au but. Lancée officiellement le 13 novembre 2017, elle remettra son rapport début février 2018 au plus tard. Les pistes qu'elle entend proposer sont de plus en plus détaillées.

En effet, si des évolutions ne sont pas à exclure d'ici à la remise du rapport et si Jean-Michel Blanquer entend bien garder la main sur la décision finale, certaines propositions sont d'ores et déjà quasi certaines d'y figurer, comme la suppression des séries du baccalauréat.

En fin de seconde, l'élève ne choisirait plus une série (S, ES, L…), mais des "majeures" et des "mineures", qui s'ajouteraient à des enseignements de tronc commun. Ce début de spécialisation interviendrait même dès la seconde, avec un premier choix d'options à effectuer en fin du premier semestre (la mission propose d'organiser l'année en semestres plutôt qu'en trimestres).

Lire aussi : Pierre Mathiot : "Je n'ai pas accepté cette mission sur le bac pour faire des ajustements techniques"

Huit, neuf ou dix combinaisons de "majeures" possibles

L'élève choisira une association de deux majeures, au nombre de huit, neuf ou dix, qui seraient fixées au niveau national, selon l'hypothèse retenue. Parmi elles, il pourrait y avoir des couples tels que mathématiques/physique-chimie, lettres/langues ou sciences économiques et sociales/histoire-géographie. La possibilité de changer de majeure entre la première et la terminale est à l'étude. En outre, l'élève y associera des "mineures" : deux ou trois autres disciplines dont le panorama sera réduit en fonction des majeures choisies.

Un des scenarii envisagé par la mission prévoit la possibilité, pour des établissements, en fonction de leurs spécificités locales, de proposer d'autres "couples de majeures" – en plus, et non à la place – des majeures instituées nationalement.

Ce système de majeure-mineure s'appliquerait également aux enseignements technologiques. Six ou sept combinaisons seraient à l'étude, et la possibilité d'opter pour une majeure d'enseignement général et une autre d'enseignement technologique est évoquée.

Deux à trois heures d'accompagnement orientation par semaine

Quant au tronc commun, son volume horaire – encore indéterminé – serait plus important en première qu'en terminale, pour tendre vers une spécialisation progressive. Les disciplines de ce tronc commun pourraient être, en première, EPS (éducation physique et sportive), histoire-géographie, LV1 (langue vivante), LV2, français et mathématiques, et EPS, histoire-géographie, LV1, LV2, maths et philosophie en terminale. Contrairement aux informations qui ont pu circuler ces derniers jours, la deuxième langue vivante ne serait ainsi pas évincée.

En sus de ces majeures-mineures et du tronc commun, un troisième et dernier bloc d'enseignement aurait pour objet l'accompagnement de l'élève dans son parcours lycéen, puis dans son orientation postbac. Un format de deux heures hebdomadaires en seconde, puis de trois heures en première et terminale, serait retenu, auquel des heures "annuelles" viendraient s'ajouter.

Bac : deux épreuves terminales au printemps, deux en juin

Outre l'organisation du lycée, celle du baccalauréat est, de fait, également remise en question. Dans ce cas, une des certitudes réside logiquement – puisqu'il s'agissait de la commande élyséenne – dans la réduction du nombre d'épreuves terminales du baccalauréat. Cinq sera le chiffre retenu, comme EducPros l'annonçait fin novembre : une épreuve en fin de première (deux, en réalité : l'écrit et l'oral de français), et quatre épreuves l'année de terminale.

Le format et le calendrier de ces dernières ont évolué depuis quelques semaines. Ces quatre-là se tiendraient lors de deux moments distincts. Un premier au retour des vacances de printemps – et non plus en février comme envisagé initialement – et concernerait les "majeures". Les notes obtenues à ces épreuves seraient prises en compte dans Parcoursup, dont le calendrier serait alors rallongé. Les deux autres épreuves auraient lieu en juin. Il s'agirait de l'épreuve de philosophie, ainsi que d'un grand oral de type TPE (travaux personnels encadrés).

Le format de cet oral reste à préciser, même si l'on tendrait vers une présentation personnelle d'un projet interdisciplinaire (lié aux majeures et/ou aux mineures) qui aura pu, lui, être réalisé en groupe au cours de l'année de terminale. Le jury serait composé de deux enseignants et d'une troisième personne extérieure. L'hypothèse retenue pourrait éloigner les craintes de certaines organisations de voir cet oral se transformer en épreuve de culture générale.

Le contrôle continu ne serait plus à l'ordre du jour

Quid, alors, de l'évaluation des autres disciplines ? Rien n'est arrêté. Si, dans un premier temps, la mission penchait pour le contrôle continu, elle semble avoir changé son fusil d'épaule devant les réactions hostiles d'organisations redoutant une augmentation des inégalités.

L'hypothèse actuelle serait d'opter pour des épreuves ponctuelles, en fin de semestre, sur des sujets et des barèmes cadrés nationalement, sur des copies anonymes. La question de l'organisation de ces épreuves reste en suspens. En outre, cette perspective pourrait contrecarrer les objectifs initiaux de la réforme du baccalauréat : réduire son coût, "récupérer" des semaines d'enseignement et faciliter l'organisation de l'examen.

Enfin, les épreuves orales de rattrapage, sous leur forme actuelle, seraient sur la sellette. Elles pourraient être remplacées par l'étude du bulletin scolaire par le jury. Les résultats du bulletin qui, dans l'une des hypothèses de la mission, compteraient même pour 10 % dans l'évaluation finale du baccalauréat.

Des programmes modifiés

Cette nouvelle mouture du baccalauréat devrait voir le jour pour de l'année scolaire 2020–2021. La seconde devrait connaître quelques ajustements dès la rentrée 2018 – notamment la semestrialisation –, la première être réformée à la rentrée 2019 et la terminale à la rentrée suivante. Les programmes seront également modifiés, pour une entrée en vigueur à la rentrée 2019.

D'ici là, après la remise du rapport de la mission, une séquence de concertation avec les organisations syndicales se tiendra en février, avant l'annonce de la réforme par Jean-Michel Blanquer. Des groupes de travail plancheront ensuite sur les différents aspects de celle-ci (formation des personnels, programmes…). La couleur que donnera le ministre à cette réforme résultera, en partie, de l'endroit où il placera le curseur entre un lycée de culture générale et un lycée de spécialisation.

Les membres de la mission Mathiot
Dans sa mission, Pierre Mathiot est accompagné par Christine Szymankiewicz et Stéphane Kesler (IGAENR), Johan Yebou (IGEN-doyen de mathématiques) et Souad Ayada, IGEN et nouvelle présidente du CSP (Conseil supérieur des programmes). Un représentant de la Dgesco (Direction générale de l'enseignement scolaire) épaule également la commission.


Erwin Canard | Publié le

Vos commentaires (6)

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A.

30*2+3*30*2=240h en 3 ans sur l'orientation avec des classes à 35 élèves ....au bout d'un moment ça risque de tourner en rond

profitalien.

Pouvez-vous citer vos sources? SVP Ces derniers jours on entend vraiment tout et son contraire!

Morineau.

Et les sciences de la vie et de la Terre...cela devient mineures ? Ah oui c’est vrai le réchauffement climatique, les OGM, l’environnement, le cancer ect...c’est pas d’actualité ! pff c’est désespérant.

Viviane Micaud.

- Réforme pour les 40% des élèves qui n'ont pas été éliminées pour leur faiblesse en expression. LA matière DISCRIMINANTE de l'enseignement en France est le Français. - Installation de Silos plus tôt alors que la bonne vision pour éviter le Stress et bien s'orienter est l'essais-erreurs, - Un petit coup supplémentaire de discrimination de ceux qui s'appuie sur les maths pour réussir par ceux qui ont éliminés ceux qui n'avaient pas le niveau en Français (Hypocrisie et études pipotées), L'utilisation de consensus de groupes d'intérêt sans analyse fonctionnelle réelle qui a toujours conduits à une catastrophe à encore fait son oeuvre. On fait plaisir à des personnes incompétentes qui prennent plaisir à jouer aux démiurges contre une réduction de la dotation horaire.

Frédéric BOULARD.

Dans cette présentation, rien n'apparaît en ce qui concerne le baccalauréat professionnel. Lors de la précédente réforme du seul baccalauréat professionnel, il avait été négligé qu'il pouvait se préparer par d'autres voies que la voie scolaire et cela avait entraîné en particulier une stagnation puis une diminution - non rattrapées depuis - des entrées en apprentissage visant une qualification de niveau IV car les nouvelles dispositions adoptées étaient peu compatibles avec des voies d'accès différentes de celle du lycée professionnel.

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