Rentrée 2017 : les universités sous la vague étudiante

Laura Taillandier
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Campus Universitaire de Brive Universite de Limoges
En cette rentrée 2017, son budget étant contraint, l'université de Limoges opte pour une réduction du coût de l'offre de formation et le gel des emplois. // ©  ©Patrick ALLARD/REA
Gérer le flot des étudiants supplémentaires avec un budget contraint et les mêmes locaux. Pour exécuter cette manœuvre délicate, les universités trouvent des solutions au cas par cas en cette rentrée 2017. Au niveau national, les acteurs demandent déjà une hausse du budget pour 2018 afin d'éviter une nouvelle "dégradation des conditions d’encadrement".

Plus de 38.000 : c'est le nombre d'étudiants supplémentaires en 2017 par rapport à 2016, selon les chiffres communiqués par le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation. En cette rentrée, les universités devraient voir 1.569.300 étudiants remplir leurs amphis, un chiffre en augmentation de 1,4 %.

Cette hausse passe mal pour Hervé Christofol, secrétaire général du Snesup-FSU, qui décrit une "rentrée catastrophique". "L'an dernier, nous alertions sur la rentrée la plus difficile depuis 2009. Cette année est malheureusement pire, avec des conditions d'études dramatiques comme des amphis bondés, des dédoublements de cours avec projection de la vidéo dans un autre amphi, des mutualisations de cours, des vacataires recrutés en urgence…" déplore-t-il.

"Je n'irais pas jusqu'à parler de rentrée catastrophique car les universités sont prévoyantes et se sont organisées en amont dans la limite de leurs moyens", souligne pour sa part le président de la CPU (Conférence des présidents d'université), Gilles Roussel. "Elles augmentent les groupes de travaux dirigés par exemple. En revanche, les amphis sont en surcapacité dans beaucoup de filières. Les possibilités de faire réussir les étudiants sont forcément moins bonnes", observe-t-il.

Staps, la filière emblématique des tensions

Sur le terrain, les universités s'adaptent, au cas par cas selon les filières. En Île-de-France, Georges Haddad, le président de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, en appelle à une solidarité interuniversitaire. En clair, il s'agit d'identifier les établissements où il reste des places vacantes pour en désengorger d'autres et permettre de scolariser davantage d'étudiants.

Mais la tension n'est pas à son comble dans toutes les filières. Dans les Paces franciliennes, on souffle. Si les directeurs d'UFR de sciences avaient craint le pire après un premier tirage au sort en juin, la situation est finalement stable en cette rentrée.

En Staps, en revanche, le contexte est emblématique des filières en tension. Avec une progression de 30 % des voeux 1 pour ces licences entre 2014 et 2017, l'intérêt ne cesse de croître. Presque toutes touchées, les universités s'organisent pour faire face à l'afflux des étudiants. Quitte même à en accueillir davantage moyennant une somme allouée par le ministère pour chaque élève supplémentaire.

Il n’est pas besoin d’être Prix Nobel pour comprendre qu’on ne peut réussir dans de bonnes conditions à passer de 43.000 étudiants à 51.000 en huit ans, avec le même budget.
(M. Deneken)

À Strasbourg, la situation est sensible en Staps mais aussi en psychologie. "Il n’est pas besoin d’être Prix Nobel pour comprendre qu’on ne peut réussir dans de bonnes conditions à passer de 43.000 étudiants à 51.000 en huit ans, avec le même budget, le même nombre d’enseignants et les mêmes mètres carrés", résume le président de l'université, Michel Deneken, au journal "Le Monde". L'établissement tente de trouver des solutions : cours en visioconférence, enseignements décalés le soir ou le samedi, amphithéâtres dédoublés, TD (travaux dirigés) supprimés ou surbookés…

Citée en exemple par plusieurs organisations étudiantes, l'université de Grenoble a choisi de miser sur le numérique pour faire face à la hausse des effectifs. Au programme : pédagogie inversée et Mooc en ligne pour accueillir plus de 1.000 nouveaux étudiants en Staps. De son côté, l'université de La Réunion a décidé de supprimer les TD en première année pour la filière scientifique et opte à la place pour un cycle préparatoire à l’enseignement supérieur et à l’insertion professionnelle.

Des moyens insuffisants, selon les acteurs

Moins que la rentrée 2017, c'est désormais la perspective de l'année prochaine qui inquiète les acteurs de l'enseignement supérieur. La majorité d'entre eux est sur la même longueur d'ondes : le budget 2018 ne permettra pas de faire face à une nouvelle hausse des effectifs. "Le projet de loi de finances ne prend pas en compte l’augmentation à venir de 40.000 étudiants", regrette la Fage. "À moyens constants, cela se traduira nécessairement par une dégradation des conditions d’encadrement, déjà très en deçà de la moyenne européenne", prévient la CPU, qui estime que 280 millions d’euros sont nécessaires "pour financer l’accueil des nouveaux étudiants".

Le projet de loi de finances ne prend pas en compte l’augmentation à venir de 40.000 étudiants.
(Fage)

De son côté, Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, a défendu son budget, jeudi 28 septembre, en conférence de presse. "L'an dernier, 100 millions d'euros ont été rajoutés pour répondre à la poussée démographique dans les universités. Cette somme est aujourd'hui basée dans le budget et 175 millions d'euros sont réinjectés en 2018. La façon dont nous allons allouer ces moyens fait toujours l'objet d'un dialogue avec les établissements mais ils serviront à ça."

Faire du prédictif

La ministre se veut également rassurante sur l'évolution des effectifs à moyen terme. "Nous sommes au milieu d'un pic démographique sans précédent qui correspond au baby boom des années 2000. À partir de 2020, on va voir baisser à nouveau la population étudiante dans l'enseignement supérieur", prévient-elle.

"Ce à quoi il va falloir être très attentif, et qui est difficile, c'est d'être capable de faire du prédictif. Comment pouvait-on imaginer il y a trois ans qu'il y aurait 30 % de demandes en plus en Staps ? Personne n'était capable de le dire", relève la ministre. "Il faut analyser sur le long terme comment vont évoluer les choix, les préférences des étudiants, les explications d'un point de vue sociologique…"

Gilles Roussel est, lui, moins confiant sur la variation des effectifs dans les années à venir : "Nous sommes aujourd'hui en difficulté sur la L3. La tension en licence va se déplacer en master…" De nouveaux remous en perspective.


Laura Taillandier | Publié le