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Comment l’enseignement supérieur accompagne les étudiants handicapés

Amélie Petitdemange, Dahvia Ouadia
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Comment l’enseignement supérieur accompagne les étudiants handicapés
La conférence des présidents d'université a édité un guide de l'étudiant en situation de handicap pour favoriser leur accueil dans les universités. // ©  Stephane AUDRAS/REA
L’accès à l’enseignement supérieur reste une gageure pour les jeunes en situation de handicap. Les défis à relever sont nombreux pour améliorer leur intégration et leur accompagnement.

Les universités accueillent plus de 26.000 étudiants en situation de handicap sur les 29.989 étudiants handicapés que compte l’enseignement supérieur (chiffres de 2018). La Conférence des Présidents d’Université (CPU) est signataire d’une charte sur le handicap depuis 2007 et a élaboré un guide de l’étudiant en situation de handicap pour améliorer leur accueil au sein des universités.

La loi de juillet 2013 pour l’Enseignement et la Recherche demande à chaque établissement d’enseignement supérieur de mettre en place un schéma directeur pluriannuel du handicap. A ce jour, 80% des universités s’en sont dotées. C’est le cas de l’Université de Haute-Alsace (UHA) qui propose un agenda programmé sur cinq ans pour favoriser l’accessibilité aux étudiants en situation de handicap.

Travailler au cas par cas

Selon Christine Gangloff-Ziegler, présidente de l’UHA et vice-présidente de la CPU, les handicaps physiques ne sont pas les plus nombreux à l’université. "Il y a surtout des troubles du langage et de la parole, comme les DYS, les troubles moteurs, psychiques ou visuels. La variété de handicap suppose que les équipes d’accueil travaillent au cas par cas".

Lire aussi : Handicap : l'université Toulouse 3 fait école

Cette université propose ainsi des systèmes de compensation, des aides de vie financées par l'établissement pour accompagner certains étudiants pratiquement à 100%. Elle recrute aussi des preneurs de notes ou des étudiants pour mettre à disposition leurs notes.

Nous proposons à nos étudiants d’apprendre la langue des signes, de circuler avec un fauteuil roulant pour se mettre en situation. (C. Gangloff-Ziegler)

L’université se fait accompagner dans ses démarches par des associations pour l’aider à mieux comprendre la diversité de situation de handicap et proposer des aménagements personnalisés. "Nous réalisons aussi un travail de sensibilisation auprès de nos étudiants pour l’acceptation des étudiants en situation de handicap. Nous leur proposons d’apprendre la langue des signes, de circuler avec un fauteuil roulant pour se mettre en situation", indique Christine Gangloff-Ziegler.

L'université reçoit des moyens spécifiques pour ces actions, mais qui ne sont pas à la mesure de la croissance du nombre d’étudiants en situation de handicap accueillis, selon la présidente.

Des étudiants majoritairement en licence

Le défi réside notamment dans l’accompagnement des étudiants vers les plus hauts niveaux de diplôme, les étudiants handicapés restant sous-représentés en master et en doctorat, par rapport à la licence.

L’Université de Haute-Alsace compte par exemple 136 étudiants déclarés en situation de handicap dont 111 au niveau licence et 25 au niveau master. "On ne les amène pas encore au niveau du master et du doctorat. L’explication de cette déperdition existe : l’effort pour eux est parfois trop important, alors quand ils ont un diplôme en poche, ils s’arrêtent pour intégrer le marché du travail. Parfois le choix des masters proposés ne leur convient pas ou la mobilité devient compliquée notamment pour les handicaps lourds".

Former les étudiants et les salariés

Parmi les écoles de la Conférence des grandes écoles (CGE), 1,6% des étudiants sont en situation de handicap. Plus de la moitié d’entre eux sont en école d’ingénieurs et plus d’un tiers en école de management, selon un baromètre publié en novembre 2019 par la CGE.

Pour mieux accompagner ces étudiants, la formation des professeurs et des étudiants est cruciale. L’ESSEC a ainsi lancé en 2014–2015 une formation handicap certifiante pour les étudiants, désormais également ouverte aux salariés. Il s’agit d’une semaine dédiée avec des professeurs, des philosophes, des juristes, des entreprises engagées, des étudiants tuteurs… qui partagent leurs travaux de recherche, leur expertise ou leur expérience personnelle.

Ils doivent avoir une expérience d’études tout aussi exaltante que les autres. (V. Esposito Vinzi)

La CGE a également signé une charte "pour une dynamique toujours plus inclusive dans les grandes écoles" en février 2019. "Ce qui a inspiré cette deuxième charte c’est d’offrir aux jeunes handicapés plus de chances d’accéder à des études supérieures sélectives mais aussi d’y réussir", souligne Vincenzo Esposito Vinzi, président de la commission Diversité de la CGE.

"Ils doivent avoir une expérience d’études tout aussi exaltante que les autres. Et le défi est le même pour l’insertion professionnelle : l’objectif n’est pas de trouver n’importe quel travail, mais celui qui correspond à leurs envies et ambitions", affirme-t-il.

Favoriser la mobilité internationale

Ainsi, les défis de l’inclusion ne résident pas seulement dans l’accès aux études supérieures, mais aussi dans la participation à la vie étudiante et sportive et à la mobilité internationale.

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Dans cette optique, la CGE a créé en février dernier un Statut International d’Étudiant en Situation de Handicap (SIESH). Désormais, chaque ambassade devra avoir un référent handicap afin d’accompagner l’étudiant lors d’un échange universitaire ou d’un stage à l’étranger. Une aide financière permettra également de limiter les surcoûts liés au handicap, notamment au niveau des transports.

Concernant l’insertion professionnelle, les établissements doivent travailler main dans la main avec les entreprises. L’ESSEC a par exemple créé l’Open Forum ESSEC-Hanploi, né de l’initiative d’une association d’étudiants qui ont sollicité la mission handicap de l’école. 70% des entreprises sont restées fidèles à cet événement depuis son lancement il y a 10 ans. L’édition 2019 a accueilli des entreprises comme Thales, BNP Paribas, Dassault Systèmes et Natixis et plus de 300 candidats en situation de handicap.

Pour la première fois cette année, la CGE a d’autre part participé au DUO DAY, qui permet à des personnes handicapées de passer une journée en entreprise. "Le bénéfice est mutuel : les étudiants découvrent le monde du travail et les entreprises se familiarisent avec le handicap", souligne Vincenzo Esposito Vinzi. Un dispositif qui devrait être reconduit et élargi à d’autres écoles.


Amélie Petitdemange, Dahvia Ouadia | Publié le

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