Handicap dans l’enseignement supérieur : une prise de conscience et des défis à relever

Malika Butzbach
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Handicap dans l’enseignement supérieur : une prise de conscience et des défis à relever
La CGE propose la création d'un statut d'apprenant en situation de handicap. // ©  Dob's Farm/Adobe Stock
La mise en place du comité national de suivi de l’université inclusive ouvre la réflexion pour une meilleure prise en compte des étudiants handicapés dans le supérieur alors que des acteurs formulent plusieurs propositions. Mais des obstacles perdurent, en premier lieu, celui des moyens financiers alloués.

En à peine quatre ans, le nombre d’étudiants en situation de handicap a augmenté de plus d’un tiers. Passant de 29.989 en 2017 à 39.915 en 2019, ils seront environ 43.000 pour la rentrée 2021 selon les chiffres avancés par Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées. Pourtant, l’enseignement supérieur est vu comme le "parent pauvre" des politiques inclusives qui se focalisent davantage sur le primaire et le secondaire.

Création d’un comité national de suivi de l’université inclusive

Afin de renverser la tendance le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a annoncé le 12 mai dernier le lancement du comité national de suivi de l’université inclusive, présidé par Frédérique Vidal et Sophie Cluzel. L’objectif de ce comité est "de garantir l’accès à l’intégralité du parcours de scolarisation et de formation pour tout jeune en situation de handicap".

Pour cela, deux axes de travail ont été dégagés : l’accessibilité globale et la continuité entre l’enseignement scolaire et supérieur. "Les coopérations entre les professionnels des missions handicap des universités et grandes écoles avec celles des professionnels du secteur médicosocial se sont renforcées afin d'appréhender l'étudiant dans sa globalité", ont annoncé les ministres à la sortie de la première séance.

Comment l'enseignement supérieur accompagne les étudiants handicapés ?

Faciliter l’entrée dans le supérieur

Diverses mesures ont d’ores et déjà été mises en place pour prendre en compte la situation des étudiants et futurs étudiants en situation de handicap, notamment à l’entrée des formations. Depuis 2019 par exemple, sur Parcoursup, une fiche de liaison est disponible pour les candidats qui peuvent, s’ils le souhaitent, "faire part de l’état de [leur] handicap, de préciser les accompagnements dont [ils ont] bénéficié" durant leur parcours. Une fois le candidat admis dans une formation, il pourra transmettre sa fiche au référent handicap de l’établissement.

Après Parcoursup et la licence, place au master. Un arrêté, publié le 11 juin, prévoit un réexamen des candidatures en M1 pour les étudiants porteurs d'un handicap alors que la question des étudiants sans master se pose. Les candidats en situation de handicap peuvent désormais obtenir, par décision du recteur, une affectation dans une formation de master compatible avec leurs besoins. Après avoir été saisi, le recteur doit faire deux propositions au candidat débouté qui dispose d’un délai de huit jours pour accepter celle qui lui convient davantage.

Comment favoriser la mobilité internationale des étudiants handicapés ?

Le budget dédié au handicap dans le supérieur n’a pas évolué depuis 10 ans

"La prise en compte du handicap dans l’enseignement supérieur semble croissant", affirmait le 23 juin dernier Jacqueline Dubois, ancienne présidente de la commission d’enquête sur l’inclusion des élèves handicapés dans l’école et l’université de la République en 2019. La députée En Marche a présenté un rapport d’information sur la mise en œuvre des recommandations de la commission : sur les 17 mesures préconisées, 7 sont en cours et 8 n’ont pas été réalisées.

La question du budget semble encore un obstacle : le rapport regrette la stagnation des moyens financiers dédiés au handicap malgré l’augmentation continue des étudiants concernés. "L’enveloppe historique de 7,5 millions d’euros, qui permettait d’allouer environ 900 euros par étudiant en situation de handicap, n’a pas évolué depuis dix ans, malgré la multiplication du nombre d’étudiants en situation de handicap (soit une division des ressources allouées à chacun, les portant à environ 192 euros par étudiant selon la médiatrice de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur)."

La CGE formule 17 propositions autour du handicap
À l’occasion du lancement du comité national de suivi de l’université inclusive, les grandes écoles se sont aussi mobilisées aussi sur la question du handicap. La CGE a ainsi formulé 17 propositions pour faciliter la vie et les études des jeunes en situation de handicap.
Parmi celles-ci, deux sont notamment novatrices :
– la création d’une commission départementale de l’enseignement supérieur inclusif (CDESI). Composées d’un médecin agréé par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées, de référents handicaps des établissements du territoire et des représentants des services interuniversitaires de médecine prévention et de promotion de la santé, ces commissions traiteraient "l’intégralité des besoins et demandes de l’étudiant en matière d’aménagements au sein de son établissement".
– la création d’un statut d’apprenant en situation de handicap (SASH), dont l’étudiant pourra bénéficier pendant son cursus scolaire et lors des périodes de stage/apprentissage en entreprise. "L’objectif : simplifier les démarches administratives de l’apprenant, qui peuvent parfois être lourdes et complexes (aménagements dans la scolarité, demandes d’allocation d’aides financières…)."


Malika Butzbach | Publié le