Enseignement supérieur: près de 3 millions d'étudiants attendus en 2028

Amélie Petitdemange
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Enseignement supérieur: près de 3 millions d'étudiants attendus en 2028
Les prévisions démographiques anticipent une hausse des effectifs étudiants lors des dix prochaines années. // ©  Rawpixel.com / Adobe Stock
Les effectifs dans l’enseignement supérieur devraient encore augmenter lors des dix prochaines années, selon une note du SIES publiée en avril 2020. Ces prévisions sont basées sur les résultats du baccalauréat, les choix d'orientation observés les années précédentes et des premières informations disponibles sur l'année en cours.

À la rentrée 2020, le nombre d’inscriptions devrait augmenter de 24.000 par rapport à l’année précédente, soit une augmentation de presque 60.000 étudiants entre 2018 et 2020, selon une note du SIES (service statistique du ministère de l'Enseignement supérieur) publiée en avril 2020. Cette croissance serait due aux effets décalés de la progression des effectifs entrant dans l’enseignement supérieur au cours des dernières années, tout particulièrement en 2018, et au repli du nombre de nouveaux bacheliers en 2019.

Si les tendances en termes d'orientation et de poursuite d'études des bacheliers et des étudiants se prolongent, l'enseignement supérieur pourrait rassembler 2,77 millions d'étudiants en 2023. Le Sies table ensuite sur près de 3 millions en 2028, soit une croissance de 5% en dix ans. "À cet horizon 2028, les projections d’effectifs prennent en compte les effets immédiats et décalés des évolutions démographiques, et en particulier les pics de naissances observés en 2000 et en 2006", explique le SIES dans sa note.

Selon le démographe Philippe Cordazzo, cette augmentation constante des effectifs dans l’enseignement supérieur devrait se poursuivre jusqu’en 2034. "Le taux de poursuite d’études après le bac s’est stabilisé il y a quatre ou cinq ans, avec plus de 8 bacheliers généraux sur 10 qui entrent dans l’enseignement supérieur. Le nombre d’étudiants devrait se stabiliser en 2034 puis baisser, car les générations qui entreront dans l’enseignement supérieur seront moins nombreuses, selon les données de l’Insee", explique-t-il. Une prévision qui pourrait cependant fluctuer si les jeunes continuent à faire des études de plus en plus longues.

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Hausse en écoles de commerce

Dans l’ensemble, l'augmentation se ferait surtout dans les écoles de commerce et d’ingénieurs, bien que la majorité des étudiants se dirigent vers les universités, BTS et IUT. Ainsi, entre la rentrée 2018 et la rentrée 2019, la hausse des effectifs serait de 4,6% dans les écoles de commerce, de gestion et de vente, de 3,6% dans les facultés privées et de 2,5% dans les écoles d’ingénieurs, contre seulement 1% dans les universités.

Trois facteurs peuvent expliquer ce phénomène : une multiplication des écoles post-bac, des filières universitaires de plus en plus en tension, et des écoles qui acceptent davantage de candidats.

Des étudiants qui se seraient tournés vers l’université préfèrent donc aller en école, persuadés que leur insertion professionnelle sera meilleure. "Or les diplômés d’écoles d’ingénieurs ont une insertion comparable aux diplômés de master dans des parcours similaires, selon le Cereq (centre d'études et de recherche sur les qualifications). Certaines universités ont même de meilleurs taux", affirme Philippe Cordazzo.

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Part croissante de bacs pros

La hausse du nombre d’étudiants diffère par ailleurs selon le profil des bacheliers. Le SIES prévoit une hausse particulièrement notable parmi les bacheliers professionnels, qui représenteraient près de 33% des étudiants en 2023, contre moins de 29% en 2018.

"C’est l’évolution la plus importante et la plus amorcée. Cela s’explique par le développement des filières en apprentissage, notamment dans les universités. Les bacheliers peuvent aussi faire face à un marché de l’emploi plus saturé, ce qui les pousse à continuer leurs études", souligne Philippe Cordazzo.

Eléments inattendus

Le démographe attire cependant l'attention sur les éléments conjoncturels inattendus qui pourraient modifier les projections du SIES. "Avec le confinement, malgré tous les efforts de poursuite pédagogique, les étudiants les plus défavorisés ont eu plus de difficultés. Cela peut décourager des jeunes à poursuivre dans l’enseignement supérieur". L’obtention du bac sur contrôle continu pourrait également avoir un impact sur le taux de réussite et donc sur la poursuite d’études.

D’autre part, souligne le démographe, le nombre d’étudiants étrangers qui viennent étudier en France est très imprévisible. Un critère encore plus volatile depuis la hausse des frais de scolarité. La fermeture de plusieurs frontières ces derniers mois en raison de la pandémie de coronavirus pourrait également avoir un impact sur la venue d’étudiants étrangers. Dans l’autre sens, cela pourrait aussi contraindre des étudiants français à abandonner le projet d'études à l'étranger.

Enfin, les projections du SIES pourront être bousculées par la réforme des études de santé. "Nous avons cette année une concentration d’événements conjoncturels dont il est difficile de mesure l’impact pour l’instant", met-il en garde.


Amélie Petitdemange | Publié le

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