A. Joyeux (APHEC) : "Nous proposons que les maths reviennent dans le tronc commun, même avec un petit volume horaire"

Agnès Millet
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"Pour recruter en prépa, il faut rencontrer les lycéens, surtout pour les établissements de proximité", estime Alain Joyeux.
"Pour recruter en prépa, il faut rencontrer les lycéens, surtout pour les établissements de proximité", estime Alain Joyeux. // ©  Rido / Adobe Stock
Avec une baisse inédite de 9% des effectifs et la fermeture de quatre classes annoncée pour 2022, les prépa éco se mobilisent. Alain Joyeux, président de l’Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales, propose de réinstaurer les maths dans le tronc commun de terminale.

À la rentrée 2021, quelles sont les tendances des effectifs en classe prépa éco ?

Alain Joyeux, président de l'APHEC. // © Photo fournie par le témoin

Les chiffres officiels devraient être publiés bientôt. Selon une enquête de l’APHEC, on enregistre une baisse de 9% du nombre d’élèves en prépa économique et commerciale, voie générale (ECG), par rapport aux anciennes voies économique et commerciale option scientifique (ECS) et économique (ECE). On n’a jamais connu une telle baisse. Sur les dix dernières années, les effectifs étaient stables.

Cette désaffection peut notamment s’expliquer par la crise sanitaire. Pour recruter en prépa, il faut rencontrer les lycéens, surtout pour les établissements de proximité, qui ne peuvent pas s’appuyer sur leur seule renommée. Or, ce besoin d’information était d’autant plus grand qu’en 2021, la nouvelle prépa ECG remplaçait les anciennes ECS et ECE. Mais la pandémie a empêché la tenue des salons d’orientation et des portes ouvertes des lycées.

Y a-t-il une autre cause, plus structurelle ?

Tout à fait, elle est liée à la réforme du bac. Pour entrer en prépa ECG, il faut avoir conservé la spécialité ou une option en maths en terminale. Or, ce vivier est plus restreint que les effectifs des anciennes S et ES.

Il a fallu aller chercher plus loin pour remplir les classes. Quelques prépas ont même intégré des candidats n’ayant pas suivi de maths. Ce qu’elles ont le droit de faire. Les maths ne sont pas obligatoires, mais seulement conseillées dans les attendus. Mais, cela nécessite d’avoir les moyens de proposer des dispositifs de soutien.

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Quelles sont les conséquences de cette baisse sur les prépa économiques ?

La carte scolaire des classes prépa, basée sur les remontées des rectorats et signée par la ministre récemment, acte la fermeture de quatre classes prépa éco : au lycée Rodin (Paris), au lycée privé sous contrat Mongazon (Angers), au lycée LaSalle (Saint-Étienne) et au lycée Camille Vernet (Valence).

L’APHEC déploie le plus de moyens possibles pour augmenter les effectifs et éviter d’autres fermetures.

Cela illustre la contradiction du ministère, qui met en avant la force de notre maillage territorial et de notre mixité sociale, tout en fermant des classes avancées sur ces points. L’APHEC appelle à un cadrage national pour la carte scolaire des prépas.

Quelles sont les perspectives pour la rentrée 2023 ?

Il est difficile de tracer des perspectives pour 2023 d'autant qu’une élection présidentielle se tiendra. De son côté, l’APHEC déploie le plus de moyens possibles pour augmenter les effectifs et éviter d’autres fermetures.

Il faut informer au maximum. Pour être plus présents sur les réseaux sociaux consultés par les jeunes, comme TikTok, nous sommes en train de choisir une équipe de communication pour nous conseiller. Et, pour la première fois, une journée des ambassadeurs sera organisée, le 24 janvier 2022. Des élèves de grandes écoles, issus de prépa, iront témoigner dans les lycées.

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Nous observons que le nombre d’écoles recrutant des élèves de prépa est en baisse, avec seulement 13 écoles concernées en 2020. Mais c'est un constat à nuancer car les établissements ouvrent, de plus en plus, leur recrutement PGE à d’autres voies d’admission et les bachelors concurrencent les CPGE.

La réforme du bac renforce les discriminations sociales et de genre : ce sont les enfants de CSP+ et les garçons qui choisissent le plus les maths.

Mais nous pensons, en effet, qu’il y a urgence : il faut accroitre notre vivier, pour que nos prépas irriguent le maximum d’écoles et que l’on évite ce scenario.

Boudées par les élèves, les prépas accusent les bachelors

Quelles solutions pourraient être mises en place ?

Il faut noter que la réforme du bac a pour effet de renforcer les discriminations sociales et de genre : ce sont les enfants de CSP+ et les garçons qui choisissent le plus les maths. Ce qui menace d’ailleurs la mixité des prépa éco, un autre de nos atouts.

Il faut une réflexion nationale. Nous proposons que les maths reviennent dans le tronc commun, même avec un petit volume horaire. C’est notre solution privilégiée. Ou bien, il faudrait que les lycéens puissent garder trois spécialités en terminale.

Vos propositions ne s’attaquent-elles pas aux fondamentaux de la réforme du bac ?

Son principal objectif est de remettre à plat les séries du bac général. Nos propositions ne touchent pas à cela. Elles veulent répondre à un problème que pointent beaucoup d’acteurs. Les prépas scientifiques aussi déplorent la contraction du vivier de lycéens ayant suivi les maths et constatent une baisse de niveau. S’il faut réindustrialiser la France, nous avons besoin de jeunes qui ont une base de formation solide en maths.

Mais il est vrai aussi que cette réforme permet de s’adapter à la pénurie de professeurs de mathématiques. Ce qui emmène la réflexion plus loin.


Agnès Millet | Publié le