D. Federici : "Face au coronavirus, nous assurons les fonctions vitales de l’université"

Amélie Petitdemange
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D. Federici : "Face au coronavirus, nous assurons les fonctions vitales de l’université"
L'université de Corse a été la première à fermer ses portes en France dès le 9 mars. // ©  Raphaël Poletti/Université de Corse
L’université de Corse a été la première à fermer ses portes en France en raison du coronavirus, le lundi 9 mars. Son président, Dominique Federici, revient sur l’adaptation de son établissement à cette situation de crise.

Vous avez pris vos fonctions en février 2020, en pleine épidémie de coronavirus. Comment avez-vous géré cette situation en tant que président fraîchement élu ?

 // © Dominique Grandjean-Université de Corse

J’ai en effet pris mes fonctions le 10 février mais j’étais auparavant vice-président du conseil d’administration. Nous avons essayé de gérer cette situation au mieux avec toute l’équipe. Dès le 8 mars, nous avons pris la décision d’annuler les cours en présentiel à partir du lundi 9 mars.

Le préfet de Corse venait d’annoncer qu’un cluster existait à Ajaccio. Cette décision était en désaccord avec ce qui se faisait au niveau national mais nous étions prêts à l’assumer.

Nous avons pris cette décision pour éviter que des étudiants d’Ajaccio et de Bastia ne se retrouvent à Corte et favorisent l’émergence d’un nouveau cluster. La semaine d’après, toutes les autres universités ont suivi.

Lire aussi : Coronavirus : comment les établissements assurent la continuité pédagogique

Lorsque l’épidémie s’est développée de manière importante, c’est devenu très contraignant. Il fallait traiter des cas particuliers, prendre de nouvelles décisions tous les jours. La présidence est pour cela en contact quotidien avec la rectrice de l’académie.

Quels dispositifs sont mis en place pour assurer la continuité pédagogique et la continuité de l’activité ?

Nous avons défini les fonctions vitales de l’université, les personnes mobilisables et la possibilité de mettre tout le monde en télétravail. Nous avons ensuite déployé un certain nombre de postes de travail mobiles pour mettre le personnel en télétravail dès le lundi 16 mars. Ce n’est pas une activité à 100% mais nous assurons les fonctions vitales : payer les fournisseurs et les salaires, faire les réunions et rassembler le comité de direction deux fois par semaine en visioconférence.

Concernant la continuité pédagogique, une plateforme de cours en ligne préexistait avant la fermeture de l’établissement. Les professeurs peuvent y déposer des cours écrits, des documents vidéo, des visioconférences… Le but était de ne pas créer de rupture et de garder le contact avec les étudiants. Pendant la première semaine de fermeture, l’université était encore ouverte au personnel enseignant et administratif et nous avons travaillé à étoffer l’offre en ligne.

Passer du présentiel au tout distanciel, cela a forcément un impact sur les profs et sur les étudiants.

Mais bien entendu, la situation n’est pas idyllique. Nous avons notamment des craintes concernant le concours de la première année de médecine. Passer du présentiel au tout distanciel, cela a forcément un impact sur les profs et sur les étudiants. Cela va finir par poser problème, les cours à distance ont du sens lorsqu’ils sont associés aux cours en présentiel.

Pour l’instant, tout le monde joue le jeu. Nous avons même des enseignants qui font des cours en visio, des Power Point avec de l’audio associée, et qui utilisent le chat en ligne et les emails pour garder le lien avec leurs étudiants. Le nombre de connexions sur la plateforme a quadruplé depuis la fermeture de l’université.

Quelles ont été les conséquences sur la mobilité étudiante ?

L’épidémie est tombée en période de début de stage pour certaines composantes. Dans un premier temps, nous avons décalé les départs en stage. Dans un second temps, nous les avons annulés et les responsables pédagogiques ont confié un travail de remplacement.

Lire aussi : Covid-19 : comment les établissements du supérieur gèrent leurs étudiants à l'étranger ?

Pour ceux qui avaient déjà commencé, nous avons laissé la possibilité de mettre un terme à leur stage et de pouvoir être rapatrié ou de rester si l’entreprise leur donnait la possibilité de télétravailler. Certains étudiants ont fait le choix de rester, nous avons par exemple un étudiant en Espagne, d’autres au Canada. Ils sont en confinement dans leur pays respectif. Certains ont pris la décision de rentrer mais sont encore en transit. Le responsable des relations internationales est attentif à la situation de chaque étudiant.

Quelles seront les conséquences – positives ou négatives – de cette épidémie sur le fonctionnement de l’université à long terme ?

Je ne pense pas qu’il y aura des conséquences négatives. Les enseignants auront construit de nouvelles ressources, il faudra faire attention à ce que cela serve pour les années futures dans toutes les composantes.

Dans le projet que je porte pour l’université, il y a le développement du numérique et de l’enseignement à distance. C’était très compliqué pour les enseignants de franchir le pas du numérique, mais là tout le monde a dû s’y mettre à marche forcée. J’espère que ça créera un engouement vers plus de dépôt de ressources en ligne et que les professeurs continueront à utiliser ces outils en complément du présentiel.


Amélie Petitdemange | Publié le

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Isabelle.

Bonjour, Merci de me faire savoir si vous avez ou si vous allez publier sur les étudiants confinés en CROUS et leurs loyers à payer malgré leurs difficultés financières pour certains, sans emplois saisonniers pour alimenter leurs trésorerie et donc leur financement d'études à la prochaine rentrée ? Oui il y a des aides sociales, des aides psy mais pourquoi ne pas leur accorder la gratuité de leurs loyers au même titre que ceux qui ont pu rejoindre leurs foyers familiaux (ce qui va de sens)? Merci pour vos témoignages