J-M. Ogier (La Rochelle Université) : "Nous voulons inverser le paradigme pour concevoir des parcours adaptés aux profils des étudiants"

Amélie Petitdemange
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J-M. Ogier (La Rochelle Université) : "Nous voulons inverser le paradigme pour concevoir des parcours adaptés aux profils des étudiants"
La Rochelle Université met en place un nouveau projet d'établissement dès la rentrée 2021. // ©  Université La Rochelle
Réélu à la présidence de La Rochelle Université en janvier dernier, Jean-Marc Ogier dessine les contours de son nouveau projet d’établissement. L'université se restructure vers plus de décloisonnement et d'interdisciplinarité avec en ligne de mire la réussite des étudiants.

Après votre réélection en janvier dernier, vous mettez en place concrètement votre projet d'établissement dès la rentrée 2021. En quoi consiste-t-il ?

Jean-Marc Ogier, président de l'université de La Rochelle // © Université de La Rochelle

Depuis 2018, nous avions en place un système de majeures et de mineures. Mais la réalisation était très compliquée avec une organisation en facultés disciplinaires. Chacune des composantes avait ses propres bâtiments, salles, emploi du temps…

Nous avons décidé de détricoter cette organisation qui ne fonctionnait plus. Depuis la rentrée de septembre 2021, nous avons lancé un Collegium qui regroupe les licences pour rendre opérationnelle notre projet de parcours à la carte.

Nous avons restructuré la gouvernance avec une structure transversale. Il n’y a plus de doyens par faculté mais des directeurs adjoints par thématique : directeur adjoint à l’orientation, à la formation socio-économique, à la pédagogie innovante, etc.

Enfin, en septembre 2022, nous décloisonnerons les masters et les doctorats de la même façon que les licences.

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Pourquoi ce changement radical ?

Regardez comment les universités sont organisées : on prend les étudiants à bac+1 et on les met dans un tube disciplinaire, avec un parcours identique quelles que soient l’origine de l’étudiant et son ambition. L’étudiant doit s’adapter à l’université, ce qui donne du décrochage massif. Au niveau national, le taux de réussite en licence de droit est par exemple de 27%. Vous avez donc 63% d’individus qui se retrouvent dans une spirale de l’échec. Sur le plan social, c’est aussi une catastrophe, car ces jeunes ont investi dans un logement etc. A La Rochelle Université, nous avons 10 points de plus au niveau de l’obtention de la licence en trois ans et nous visons 30 points de plus.

Aujourd'hui, nous voulons inverser le paradigme en discutant avec les étudiants pour concevoir un parcours adapté à leur profil et à leur projet. Les étudiants en première année ont des entretiens individuels avec des enseignants et un test de positionnement. Au bout d’un mois, on fait un bilan : est-ce que ça leur plaît ? Veulent-ils se réorienter ? Là, on part sur un parcours personnalisé avec une majeure et une mineure.

Au niveau national, le taux de réussite en licence de droit est par exemple de 27%. Vous avez donc 63% d’individus qui se retrouvent dans une spirale de l’échec.

A partir de ces échanges, trois options s’offrent à eux : prendre une majeure et une mineure similaires, faire une combinaison disciplinaire, ou prendre une majeure académique et une mineure "métier". Ces mineures "métiers" visent les étudiants décrocheurs en quête de sens. Il s’agit de décliner les métiers de la majeure dans des branches professionnelles. Par exemple, un juriste peut prendre une mineur "Métiers du port" pour voir comment se déclinent les métiers de l’activité portuaire pour un juriste. Enfin, pour les étudiants qui veulent une forte stimulation intellectuelle, il est possible de faire une double licence.

En parallèle de la formation, votre projet comprend aussi un volet sur la recherche ?

Nous sommes une petite université, née en 1993. Nous avons de très bonnes productions scientifiques mais nous ne sommes pas crédibles quantitativement et au niveau multidisciplinaire. Nous ne pouvons pas être dans les classements, d’où l’idée d'une stratégie différenciante. L’idée, c’est d’être compétitif malgré nos caractéristiques. Transformer notre petite taille en force en misant sur l’agilité et le décloisonnement.

En 2016, nous avions dix unités de recherches et peu de coordination. Nous allons désormais nous concentrer sur un seul sujet. Plutôt que de travailler chacun dans son coin, nous travaillerons ensemble sur les problématiques de développement durable. Au 1er septembre 2021, nous avons donc créé un institut unique baptisé LUDI (Littoral urbain durable intelligent).

Là aussi, nous restructurons la gouvernance. Les laboratoires existent encore mais ils sont regroupés. Le patron de cet institut n'est pas élu par ses pairs mais proposé par le président en Conseil académique.

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Vous lancez aussi l'expérimentation d’un Smart Campus à l'horizon 2050. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ?

En tant qu’opérateur public, nous devons être exemplaires en matière de transition écologique. Nous voulons diminuer notre empreinte carbone (gestion des déchets, de l'énergie…), éduquer les jeunes avec des modules de cours, et développer la recherche sur ces questions. Nous avons un vice-président en charge de ces questions qui mène des projets avec les étudiants, comme des jardins partagés. Il sensibilise les étudiants à leur empreinte carbone, les encourage à venir en vélo…

D’autre part, nous devons répondre à la transformation numérique de la société. Par exemple, certains étudiants sont handicapés, sportifs de haut niveau… Nous voulons faciliter l'accès de l'université en tout lieu et toute heure. Nous développons donc une université à la demande, comme la vidéo à la demande. Si le cours a lieu au moment où l’étudiant se connecte, il pourra y assister en direct. Il pourra aussi y accéder après car il sera enregistré. L’étudiant ne devrait pas avoir à attendre septembre pour s’inscrire dans une formation. Il pourra aller sur cet écosystème dès mars pour suivre des cours. C'est de l'hybridation et de la personnalisation.

Nous avons besoin de plus de 100 millions d’euros, nous sommes donc en recherche de financement.

Dans ce smart campus, nous pouvons aussi utiliser l'intelligence artificielle pour aider l'étudiant. Par exemple, lorsque l'étudiant répond mal à une question, on lui envoie automatiquement les ressources pédagogiques dont il a besoin.

Et nous prévoyons aussi d'avoir des community managers pédagogiques qui s'occupent de l’animation pendant que les enseignants se concentrent sur la création de contenu. Leur rôle est de créer une communauté en contactant les étudiants, en organisant des regroupements et des forums. Il faut créer une interactivité à distance. Même si l’étudiant n’est pas présent, il doit bénéficier des mêmes services : lever la main, passer au tableau car les autres peuvent voir quand il écrit sur sa tablette…

Bien sûr, tout ça coûte beaucoup d’argent. Nous avons besoin de plus de 100 millions d’euros, nous sommes donc en recherche de financement. C’est un gros projet qui est en cours d'amorçage.

Retrouvez la biographie EducPros de Jean-Marc Ogier


Amélie Petitdemange | Publié le